
Sommaire: le 30 octobre 2008, New York - Intervention prononcée au nom de l'Union Européenne par S. E. M. Jean-Maurice RIPERT, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, 63ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies, Table ronde interactive sur la crise financière mondiale
La crise financière actuelle est la plus grave qu'ait connu le monde depuis la crise des années 1930. Ses effets politiques et sociaux risquent d'être profonds. Elle est le révélateur de déséquilibres dans le fonctionnement de l'économie internationale et des défaillances de la régulation et de la supervision internationales, qui ont conduit à la dissimulation des risques et à leur dissémination incontrôlée dans le système financier international. Elle est plus généralement le révélateur
des défaillances de la gouvernance économique et financière internationale : la stabilité financière est véritablement aujourd'hui un « bien public mondial », qui requiert une action coordonnée et responsable de la part des autorités de contrôle, de supervision et de régulation.
L'Europe s'est engagée depuis plusieurs mois en faveur de progrès dans la régulation financière internationale. Notre approche consiste à consolider le secteur financier européen et à renforcer la transparence, la responsabilité et la supervision des acteurs. C'est l'une des priorités de la Présidence française de l'Union européenne.
L'Europe est aussi attentive aux conséquences de cette crise sur la stabilité et le développement durable des pays les plus pauvres et les plus vulnérables, qui sont souvent simultanément affectés par les fluctuations des prix de l'énergie et des produits alimentaires, et qui risquent de remettre en cause les acquis de ces dernières années en matière de développement. L'Union Européenne reste attachée à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement et réaffirme avec
fermeté son engagement en matière d'Aide Pour le Développement, alors que les pays en développement en ont le plus besoin. Les débats lors de la dernière assemblée générale des Nations Unies ont montré à quel point la crise actuelle est devenue un sujet politique et de gouvernance. Elle appelle de ce fait un travail étroit de coordination au niveau multilatéral pour affronter les défis auxquels nous sommes confrontés, ainsi qu'une réforme ambitieuse de la gouvernance économique
internationale.
Nous ne pouvons pas traiter cette crise comme une simple parenthèse. Nous avons besoin d'inventer un nouveau modèle de gouvernance économique au niveau mondial: on ne peut pas aborder les défis du monde globalisé du XXIème siècle avec les institutions et les instruments du XXème siècle. Nous devons aussi revenir aux valeurs de l'économie de marché, qui doit être inclusive, au service d'une logique d'entrepreneuriat et d'épargne, et au service de l'économie réelle et du développement
humain. La responsabilisation de tous les acteurs financiers doit être accrue, en particulier dans la chaîne de distribution du crédit. La transparence de tous les segments des marchés financiers doit être assurée, qu'il s'agisse des institutions financières, des produits financiers ou des juridictions financières, y compris les centres off-shore. La cohérence des normes et systèmes de contrôle doit aussi être assurée afin de servir la stabilité financière. L'anticipation des risques et leur
gestion coordonnée au niveau national, régional et mondial doivent être promues. Les institutions de Bretton Woods auront un rôle essentiel à jouer dans le nouveau système.
L'Union Européenne souhaite travailler étroitement avec tous ses partenaires pour contribuer à une réforme réelle et complète du système financier international, sur les principes de transparence, de solidité bancaire, d'intégrité et d'amélioration de la gouvernance économique. Mais il faut le faire dans un esprit de coopération et d'ouverture : nous devons tout faire, dans les circonstances actuelles, pour prévenir les replis protectionnistes ou les crispations nationalistes.
Le sommet prévu le 15 novembre à Washington auquel participera le Secrétaire général des Nations Unies sera à cet égard une première étape importante qui marque la volonté d'ouvrir une discussion de fond sur des thèmes centraux de l'économie et de la gouvernance mondiales.
Ce sommet marque en effet le début d'un processus, et sera immédiatement suivi de la Conférence de Doha, qui nous offrira une occasion de veiller à ce que les difficultés financières actuelles ne compromettent pas les engagements de la communauté internationale et le financement du développement dans son ensemble. Les grands bouleversements que nous connaissons aujourd'hui dépassent la seule sphère de la finance. Ils concernent les relations entre Etats, régions, entre pays développés
et en développement et vont entraîner une modification des flux financiers et commerciaux. Ils touchent à la compréhension et à la vision même du monde et aux valeurs. C'est un de ces moments de fusion que connaît l'histoire qui libèrent l'énergie nécessaire pour repenser l'organisation du monde, pour réformer les institutions actuelles et les adapter à ces nouveaux enjeux.
Mais il faut le faire d'une manière nouvelle, en prenant en compte les interactions entre les questions financières et les autres enjeux globaux tels que la démographie, le financement du développement, la sécurité alimentaire, ou encore les questions climatiques et énergétiques. L'Union Européenne appelle à cet égard à une amélioration significative de la gouvernance mondiale, aujourd'hui trop dispersée, à une plus grande cohérence des objectifs et à une plus grande coordination des
programmes. Les Nations Unies, par leur composition universelle et leur légitimité, ont vocation à être pleinement associées à cette refondation.
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