
Sommaire: le 18 juillet 2008, New York - Intervention prononcée au nom de l'Union Européenne par S. E. M. Jean-Maurice RIPERT, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, Assemblée générale, Soixante-deuxième session, Réunion sur la crise alimentaire et énergétique mondiale: Examen de la question de la crise alimentaire et énergétique mondiale
Monsieur le Président,
J'ai l' honneur de prendre la parole au nom de l'Union Européenne.
La Turquie, la Croatie* et l'ancienne République yougoslave de Macédoine*, pays candidats, l'Albanie et le Monténégro, pays du processus de stabilisation et d'association et candidats potentiels, ainsi que l'Ukraine, la République de Moldavie et l'Arménie se rallient à la présente déclaration.
La communauté internationale s'est réunie il y a un peu plus d'un mois à Rome, sous l'égide de la FAO, pour chercher des moyens de faire face à la crise alimentaire et de parvenir à la sécurité alimentaire mondiale.
Le constat est inquiétant : aujourd'hui, 862 millions de personnes souffrent chroniquement de la faim et la récente augmentation des prix des denrées alimentaires met particulièrement à rude épreuve les pays en développement. Demain, en 2050, nous serons 9 milliards et il est estimé que la demande alimentaire sera multipliée par deux pour répondre aux besoins des villes comme des campagnes. Cette demande supplémentaire imposée à nos ressources mondiales en terres et en eau est considérable, et
il est impératif que nos politiques respectent le caractère vital et limité de ces ressources.
Il faut donc créer dès aujourd'hui les conditions d'un véritable équilibre alimentaire et agricole international. En effet, la réponse ne peut être que mondiale. Toutes les agricultures du monde dans leur diversité et avec leur multiples fonctions doivent être mobilisées si l'on veut doubler la production agricole à l'horizon 2050 pour nourrir ces 9 milliards de personnes.
Nous sommes tous concernés, à tous les échelons et dans tous les domaines : pays en développement et pays développés, organisations internationales, secteur privé et société civile. Cette volonté de promouvoir une meilleure gouvernance mondiale en matière agricole afin de mieux répondre à la crise a été à l'origine de la création de l'Equipe spéciale de haut niveau, de l'organisation de la conférence internationale de Rome en juin dernier et de l'adoption lors de cette conférence de la
Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale. L'Union Européenne se félicite que l'Espagne prolonge ce processus et se prépare à l'organisation d'une conférence de suivi de la Déclaration de Rome. Cette volonté d'agir fonde enfin la proposition de partenariat mondial, formulée récemment par le G8 et qui comporterait un volet politique: le renforcement de la coordination internationale entre tous les acteurs pertinents ; un volet scientifique : la création d'un groupe international
et indépendant de scientifiques qui devront identifier les besoins et les risques futurs; et un volet financier, avec un changement d'échelle en matière financière dans la lutte contre l'insécurité alimentaire.
Monsieur le Président,
Dans cette dynamique, nous saluons l'initiative prise par le Secrétaire général des Nations Unies de créer une Équipe spéciale de haut niveau, présidée par M. John Holmes, chargée de définir un Cadre d'Action Global (CAG).
Ce Cadre d'action, qui repose sur une analyse des avantages comparatifs de chacune des institutions parties prenantes, fournit un programme d'action particulièrement utile. Il offre une analyse pertinente du contexte de la crise alimentaire actuelle, et présente un ensemble d'objectifs et d'actions ambitieux et constructifs. Il appartient maintenant aux instances de gouvernance des institutions participant à l'Equipe spéciale d'entériner les actions proposées dans le CAG, dans la perspective
d'élaborer une ''stratégie mondiale pour la sécurité alimentaire''.
Monsieur le Président,
L'Union Européenne accueille favorablement la proposition du Secrétaire général de mettre en place un partenariat au niveau mondial, autour de l'Equipe spéciale de haut-niveau, qui permettra d'ouvrir un espace de dialogue, de coordination et de mobilisation pour la sécurité alimentaire. En effet, au delà de l'aide et des politiques et stratégies nationales et régionales, il faut améliorer la cohérence des politiques sectorielles (commerciale, environnementale, monétaire, fiscale, juridique)
pour la sécurité alimentaire mondiale. L'Union Européenne estime également nécessaire d'associer tous les acteurs concernés : les institutions internationales, mais également les organisations professionnelles agricoles, les entreprises, la société civile, les investisseurs institutionnels, les fondations et les acteurs du secteur financier (banques, fonds d'investissement…).
Il nous faut maintenant définir ensemble le rôle et le fonctionnement futurs de l'Equipe spéciale, et apporter des précisions sur les modalités de mise en place du partenariat mondial et sur l'organisme de recherche indépendant mentionné dans le rapport qui serait amené à évaluer la mise en œuvre du CAG. Enfin, le rapport propose la tenue d'évènements ministériels au niveau régional et international. L'Union Européenne considère qu'il est certes important d'assurer la mobilisation continue de
la communauté internationale, mais qu'il est surtout nécessaire de consacrer les ressources mobilisées à des actions concrètes répondant au plus près aux besoins des populations vulnérables à la crise alimentaire.
Monsieur le Président,
L'Union Européenne reconnaît également la nécessité, évoquée dans le Cadre d'Action Global, d'une approche coordonnée au niveau national entre tous les partenaires, qui doit impérativement se faire en fonction des besoins et priorités des pays en développement. Le CAG pourra effectivement faire office de cadre d'organisation pour la coordination, et nous invitons les pays bénéficiaires potentiels à inscrire dans leur PRSP, dans leur UNDAF et/ou dans une stratégie ad hoc les priorités énoncées
dans le CAG et qui serviraient de point d'appui à la mise en oeuvre nationale de celui-ci. Comme le souligne avec justesse le CAG, le coopération ainsi mise en place devra être conforme avec les principes de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, principes qui seront réactualisés en septembre à Accra.
L'Union Européenne considère que la réponse d'urgence qui est apportée aux situations humanitaires les plus préoccupantes doit aussi s'inscrire dans une logique de développement à plus long terme. L'aide alimentaire ne doit en effet pas se faire au détriment des tissus économiques locaux et il est donc nécessaire de recourir lorsque cela est possible aux achats locaux ou régionaux, qui peuvent de surcroît limiter l'impact de la volatilité des prix alimentaires mondiaux. L'Union Européenne
entend ainsi promouvoir une aide alimentaire déliée, fournie sous forme financière. A ce titre, l'Union Européenne est favorable à la poursuite d'une réflexion sur la rénovation de la convention de Londres sur l'aide alimentaire. L'Union Européenne rappelle de plus la responsabilité première des Etats, auxquels il appartient en particulier de garantir l'accès humanitaire aux populations les plus affectées.
Comme le rappelle le CAG, le niveau régional constitue souvent une voie pertinente pour répondre à de tels défis. L'histoire de la construction européenne en témoigne, tout comme plus récemment des initiatives en Afrique de l'Ouest et dans le sous-continent indien. Le niveau régional permet par exemple de développer des échanges commerciaux d'une manière plus équitable, car il se font entre économies comparables en termes de taille et de niveau de développement. La collaboration de l'Equipe
spéciale avec les Banques régionales de développement est donc essentielle. L'Union Européenne encourage également la définition d'approches communes entre les pays d'une même région pour la mise en œuvre de leurs politiques pour la sécurité alimentaire.
Monsieur le Président,
L'Union Européenne apporte une aide alimentaire et humanitaire importante à un grand nombre des régions les plus touchées. Elle a la ferme intention de se mobiliser pour apporter des solutions durables à cette crise : par de l'aide d'urgence et la mise en œuvre de protection sociale, par la création d'un fonds de soutien à l'agriculture dans les PED, et par l'accroissement de l'aide à la production agricole afin d'atténuer les effets des hausses des prix. S'agissant de la Politique agricole
commune, la réforme mise en œuvre par l'UE l'a rendue davantage axée sur le marché, et de nombreuses mesures de régulation de l'offre ont été supprimées. L'Union Européenne est récemment intervenue pour faire baisser les prix sur les marchés mondiaux en vendant ses stocks d'intervention et en supprimant la mise en jachère des terres. Ces mesures commencent à produire leurs effets. L'Union Européenne met également l'accent sur la durabilité de ses politiques agricoles, puisqu'elle reconnaît que,
sans une véritable protection des ressources en eau, de la biodiversité et des capacités de séquestration en carbone des terres et des forêts, les gains à court terme en matière de productivité seront contrebalancés par les dégâts importants et permanents qui affecteront la production et les ressources alimentaires.
En parallèle, l'Union Européenne s'efforce de créer un environnement international commercial favorable pour soutenir les petits producteurs des pays en développement. A cette fin, l'Union Européenne s'est fixée pour objectif de parvenir à un résultat ambitieux, équilibré et global du Cycle de Doha, qui pourra contribuer à l'élimination des distorsions sur les marchés agricoles mondiaux. Elle souhaite de même favoriser une réforme efficace de la FAO, considérant que les synergies attendues
entre les trois agences romaines doivent leur permettre de jouer un rôle essentiel dans l'aide apportée aux pays dans leur lutte contre la crise alimentaire.
L'Union Européenne rappelle qu'elle est également en première ligne dans la lutte contre le changement climatique, dont les effets risquent d'aggraver la crise alimentaire dans un nombre important de pays de plus en plus affectés par la sécheresse et la rareté de leurs ressources en eau, ainsi que ceux touché par des inondations récurrentes. La ressource en eau est essentielle afin de garantir les productions locales, et elle doit être protégée par des politiques de développement durable qui
s'inscrivent dans une stratégie d'adaptation au changement climatique.
La hausse des prix énergétiques affecte directement les prix agricoles, en augmentant le prix des intrants et les prix de transports, ce qui aura un impact considérable sur le coût de l'aide alimentaire. Les politiques relatives aux biocarburants sont également susceptibles d'affecter la production et les prix des produits agricoles destinés à l'alimentation. Il conviendra de faire en sorte que ces politiques s'inscrivent dans la durée, en fixant des critères de durabilité pour la production
des biocarburants de première génération et en encourageant le développement de biocarburants de deuxième génération fabriqués à partir de sous-produits.
Pour conclure, l'Union Européenne s'engage à travailler avec ses partenaires de manière ambitieuse et constructive afin de réduire les impacts négatifs de la crise alimentaire et de tirer profit des opportunités identifiées par l'Équipe spéciale de haut niveau.
Je vous remercie.
* La Croatie et l'ancienne République yougoslave de Macédoine continuent à participer au processus de stabilisation et d'association
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