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Intervention de la Présidence française de l'Union Européenne - Nations Unies Conseil Economique et Sociale: Débat consacré aux affaires humanitaires

Sommaire: le 15 juillet 2008, New York - Intervention prononcée par S. E. M. Jean-Maurice RIPERT, Ambassadeur, Représentant permanent de la France , auprès des Nations Unies, CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL: Débat consacré aux affaires humanitaires

Monsieur le Président,

Je l'honneur de prendre la parole au nom de l'Union européenne.

La Turquie, la Croatie et l'ancienne République yougoslave de Macédoine, pays candidats, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, et le Monténégro, pays du processus de stabilisation et d'association et candidats potentiels, ainsi que la République de Moldavie et l'Arménie se rallient à la présente déclaration.

Nous tenons à remercier le Secrétaire Général pour les rapports soumis à cette séance. L'UE par ailleurs souhaiterait rappeler son soutien pour le travail entrepris par le Coordonnateur des secours d'urgence / Secrétaire Général Adjoint John Holmes et l'équipe du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (BCAH). L'UE réaffirme son soutien pour le rôle du BCAH en sa qualité de coordinateur mondial de l'aide internationale humanitaire.

Le segment humanitaire de l'ECOSOC nous donne l'opportunité de réfléchir aux défis opérationnels auxquels les acteurs humanitaires doivent faire face, et une occasion de rechercher les moyens d'améliorer l'action humanitaire, en proposant des lignes directrices pour les activités opérationnelles des Nations Unies.

L'Union européenne souhaite faire partager son avis sur les défis humanitaires actuels et les questions fondamentales sur lesquelles nous devons encore progresser.

Tout en reconnaissant les efforts déployés pour améliorer la réponse humanitaire, l'UE considère que les défis demeurent dans plusieurs domaines, comme dans le renforcement de la coordination et du leadership sur le terrain, l'intégration des questions transversales dans la programmation humanitaire et le renforcement des financements humanitaires fondés sur les besoins. Par ailleurs, l'accès humanitaire reste un défi majeur : il est trop souvent restreint, ce qui empêche tout effort humanitaire.

Monsieur le Président,

Ces dernières années, le nombre et l'ampleur des urgences humanitaires ont augmenté de manière significative. L'année dernière a été marquée par une augmentation de la fréquence et de la sévérité des phénomènes climatiques extrêmes, la plupart d'entre eux liés au changement climatique. Comme le Secrétaire Général l'a souligné dans son rapport, 9 catastrophes sur 10 sont liées au climat, de même que 14 sur 15 Appels éclairs lancés l'année dernière. Avec plus d'inondations, de sécheresses et d'ouragans, nous sommes témoins des conséquences dramatiques du changement climatique. Aujourd'hui, 26 millions de gens ont été déplacés à travers le monde à la suite de catastrophes naturelles, le même nombre de déplacés internes en raison de violence ; auxquels il faut ajouter les 11,4 millions de réfugiés.

Ceci exige non seulement un soutien continu de la communauté humanitaire, mais aussi un renforcement des capacités de tous les acteurs afin de mieux faire face à ces situations, et de réduire les pertes en terme de vie humaine et de moyens de subsistance causés par ces catastrophes. Nous devons améliorer les activités de réduction des risques et la préparation aux catastrophes à tous les niveaux ; il s'agit aussi de continuer à investir pour une meilleure adaptation au changement climatique.

Monsieur le Président,

L'UE est aussi extrêmement préoccupée par la dégradation continue de la situation humanitaire dans les pays en proie aux conflits de longue date. La violence s'accompagne souvent de recrutement forcé d'enfants et de violences sexuelles et sexo-spécifiques. Le prolongement et la recrudescence de la violence dans diverses régions du monde continuent de provoquer des déplacements massifs de populations. De la Somalie au Darfour, qui accueille actuellement la plus importante opération humanitaire au monde, des milliers des gens sont déplacés chaque jour.

L'Union européenne appelle au déploiement complet de l'Opération hybride Union Africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), qui renforcera la protection des civils dans cette région. L'UE s'est également directement engagée sur le terrain avec le déploiement de la force européenne au Tchad et en République Centrafricaine (EUFOR), autorisée par le Conseil de Sécurité, afin de protéger les populations civiles, de soutenir la livraison d'aide humanitaire et d'assurer la sécurité du personnel des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte de besoins humanitaires et de protection croissants, il est encore plus important que toutes les parties respectent les principes humanitaires. L'Union européenne s'engage, comme indiqué dans le Consensus européen sur l'aide humanitaire adopté l'année dernière, à maintenir et à promouvoir les principes humanitaires fondamentaux d'humanité, de neutralité, d'impartialité et d'indépendance. Nous nous sommes aussi engagés à promouvoir le respect du droit international et notamment le droit international humanitaire, les droits de l'homme et les droits des réfugiés.

L'UE considère l'accès comme la condition préalable à toute réponse humanitaire. Les populations dans le besoin ont le droit de recevoir de l'aide pour laquelle l'accès des acteurs humanitaires est primordial. Le droit humanitaire international, ainsi que les résolutions de l'Assemblée Générale et du Conseil de Sécurité, soulignent l'obligation de toutes les parties de faciliter un passage sécurisé en temps voulu pour l'approvisionnement en secours et équipements.

Malheureusement, les travailleurs humanitaires se voient trop souvent refusés l'accès aux populations dans le besoin. L'UE est surtout préoccupée par les restrictions continues imposées à l'accès humanitaire, qui vont des attaques délibérées contre des travailleurs des organisations humanitaires jusqu'aux détournements, en passant par le harcèlement, la fermeture des points de passage ou les obstacles administratifs. Les restrictions d'accès, parfois imposées par les gouvernements eux-mêmes, traduisent un mépris des principes humanitaires.

L'UE appelle une nouvelle fois tous les acteurs humanitaires y compris les autorités nationales à prendre des mesures concrètes pour permettre un accès rapide et sans entrave aux populations.

Nous condamnons, dans les termes les plus forts, l'augmentation d'attaques délibérées à l'encontre du personnel humanitaire en violation du droit international humanitaire, et nous demandons une nouvelle fois aux gouvernements de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et la sûreté du personnel humanitaire sur leur territoire. Cela implique non seulement de mettre un terme à l'impunité pour de telles attaques, et de reconnaître publiquement l'impartialité et le rôle positif que jouent les travailleurs humanitaires.

Monsieur le Président,

Dans cet environnement difficile, l'Union européenne se félicite des efforts entrepris par des organismes humanitaires des Nations Unies pour encore renforcer leurs capacités afin d'apporter une aide humanitaire rapide.

L'UE soutient le renforcement de la capacité et de la coordination sur le terrain via l'approche par clusters, qui a déjà aidé à compenser les lacunes dans la réponse humanitaire et à améliorer la planification. Les clusters peuvent aussi jouer un rôle dans l'intégration des questions transversales tel que le genre, le VIH/sida, l'environnement et le « relèvement initial » ; nous appelons au renforcement des capacités et des responsabilités dans ce domaine. L'UE invite également les chefs de file des clusters à coordonner leurs efforts au niveau mondial pour trouver des arrangements en pratique sur le terrain, comme par exemple en renforçant de manière significative les capacités en stand-by (« surge capacities ») et des listes d'attente qui visent à apporter à des populations dans le besoin une aide humanitaire prévisible et efficace en temps voulu.

L'UE soutient une multitude d'organismes humanitaires - les Nations Unies, Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge et divers ONG - pour la livraison de l'aide humanitaire. Nous encourageons le développement des partenariats humanitaires entre les Nations Unies et les autres acteurs, à tous les niveaux, à travers des initiatives telles que celles entreprises par le Dispositif mondial d'aide humanitaire (GHP) qui peut contribuer à renforcer la capacité des ONG locales. L'UE note aussi le rôle que joue le secteur privé en soutien des secours humanitaires avec des apports financiers, du matériel et de l'expertise.

Une fonction de coordination humanitaire importante des Nations Unies est essentielle pour améliorer l'action humanitaire et les stratégies de réduction des risques et de préparation aux désastres. L'UE salue les efforts à l'échelle du système des Nations Unies pour renforcer cette fonction, surtout dans les endroits où le rôle de coordonnateur résident et de coordonnateur de l'action humanitaire est assumé par une seule et même personne ; et l'UE appuie aussi les initiatives pour identifier les personnes les plus à même de jouer un rôle efficace et de leader responsable sur le terrain.

Monsieur le Président,

En ce qui concerne le financement de l'aide humanitaire, permettez-moi de rappeler que l'UE est le principal pourvoyeur d'aide humanitaire au monde (la moitié), acheminée à travers les organismes humanitaires des Nations Unies et les autres partenaires. Nous reconnaissons la nécessité d'un financement plus équitable, souple et rapide pour répondre aux crises humanitaires, basé sur les besoins.

A cet égard, nous appuyons les divers mécanismes financiers, à la fois bilatéraux et multilatéraux, y compris les appels consolidés et les appels éclair, les fonds d'urgence des organismes, ainsi que les 'fonds communs' humanitaires et le Fonds central d'intervention d'urgence (CERF), chacun avec ses avantages comparatifs. L'UE salue toutes les contributions faites au CERF, additionnels aux engagements actuels conformément à la résolution 60/124 de l'Assemblée Générale de l'ONU. Collectivement, nous espérons atteindre l'objectif des 500 millions dollars américains.

Cependant, le CERF ne peut pas à lui seul résoudre la problématique du financement humanitaire dans son ensemble, dans le contexte d'une augmentation des besoins humanitaires croissants, en particulier du fait de la crise alimentaire et des répercussions du changement climatique.

Le renforcement d'une réponse basée sur les besoins est essentiel, ce qui nécessite une meilleure identification de ces besoins et une réponse plus efficace. L'UE appuie les efforts du BCAH pour faire le point des initiatives actuelles d'évaluation des besoins, afin de développer un cadre commun d'évaluation fiable et global pour une compréhension partagée des besoins et une réponse humanitaire plus efficace.

La coopération civile et militaire peut aussi contribuer à une réponse humanitaire plus efficace. Un manque de coordination pour la mise à disposition des ressources militaires peut compromettre la capacité du pays affecté à les utiliser de façon efficace. A cet égard, nous avons aussi remarqué des cas de restriction d'autonomie et de liberté de mouvement pour l'assistance humanitaire lorsque militaires et humanitaires travaillent ensemble sans coordination adéquate. En conséquence, l'impartialité des agents humanitaires, ainsi que leur sécurité sur le terrain, sont fréquemment mises en danger. Le BCAH peut jouer un rôle vital de coordination dans ce domaine, notamment en renforçant la capacité des coordonnateurs résidents et les coordonnateurs humanitaires à assister les gouvernements à déterminer la nécessité et l'utilisation de telles ressources. L'UE est attachée au plein respect des Directives d'Oslo, ainsi que les Directives sur l'utilisation des ressources militaires et de la protection civile dans les situations d'urgence. L'Union européenne est elle-même engagée à promouvoir ces directives.

Bien que des efforts importants aient été déployés pour assurer l'intégration d'une perspective sexo-specifique dans les opérations de secours, des progrès restent à faire dans ce domaine, en matière de coordination accrue parmi les acteurs humanitaires, et pour la mise en place de dispositifs de responsabilisation. A cet égard, nous saluons la révision récente de la politique du Comité permanent interorganisations (IASC) sur l'égalité des sexes dans l'action humanitaire. Il faut aussi fournir aux femmes et aux filles des opportunités égales dans le renforcement des capacités et les programmes de reconstruction.

L'augmentation de la violence sexuelle et sexo-spécifique dans les urgences humanitaires constitue également une préoccupation majeure pour l'UE, et nous accueillons La Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle dans les conflits pour fournir une réponse plus forte à l'échelle du système des Nations Unies à cet égard. Des mesures d'urgence doivent être prises pour empêcher une telle violence sexuelle, renforcer le soutien aux victimes et lutter contre l'impunité. L'UE souligne la mise en oeuvre effective de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité et salue l'adoption de la résolution 1820.

Monsieur le Président,

Avant de conclure, je voudrais aborder rapidement les problèmes spécifiques abordés lors des deux tables rondes dans ce segment :

Répercussions humanitaires du changement climatique

Les conséquences humanitaires du changement climatique, qui se traduisent par une augmentation du nombre de catastrophes et de leur intensité, sont une source de préoccupation. Ceci appelle à des efforts collectifs et plus coordonnés pour renforcer les capacités d'intervention d'urgence, et pour améliorer les stratégies de réduction des risques et de préparation aux désastres.

Lorsque les communautés et les autorités sont bien préparées, elles sont plus aptes à répondre rapidement et avec plus d'efficacité aux catastrophes, et donc à réduire le nombre de victimes. D'un autre côté, le manque de stratégies de réduction des risques et de planification contribue à un taux de victimes et de dégâts matériels plus élevé comme l'a malheureusement illustré la récente crise humanitaire en Birmanie/ Myanmar.

L'UE salue les initiatives en cours par les organismes humanitaires de l'ONU et leurs partenaires pour améliorer les efforts de renforcement de capacités et la planification en prévision des catastrophes. Nous appuyons le pré positionnement des produits de premier secours et les activités de préparation au niveau des communautés locales. Le rôle du Mouvement international de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, et notamment celui de la Fédération internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, est fondamental dans la réponse aux catastrophes. L'Union européenne s'associe donc pleinement aux « lignes directrices relatives à la facilitation et à la réglementation nationale des opérations internationales de secours et d'assistance au relèvement initial en cas de catastrophe » (dites lignes « IDRL »), adoptées en novembre 2007 lors de la XXXème Conférence internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge.

L'Union européenne rappelle par ailleurs son attachement aux principes du "Cadre d'action de Hyogo", visant à prévenir les risques de catastrophe, notamment par la mise en place de systèmes d'alerte précoce mais aussi par la mise en place d'une culture de sûreté et de résilience. Il est vital qu'il y ait une coopération étroite entre les Etats Membres et les Nations Unies, notamment le PNUD et la Stratégie Internationale de Prévention des Catastrophes (SIPC) afin d'assurer l'efficacité du processus de prévention de risques.

Répercussions humanitaires de la crise alimentaire mondiale

L'UE est également très préoccupée par les conséquences humanitaires de la flambée des prix des carburants et alimentaires, alors que 800 millions de personnes souffrent déjà de la faim partout dans le monde.

A cet égard, l'Union européenne salue la mise en place de l'Équipe spéciale de haut niveau du Secrétaire Général sur la crise mondiale de sécurité alimentaire, qui aidera à répondre les défis actuels. Nous demandons aussi la mise en oeuvre de la déclaration de Rome du 5 juin 2008. L'impact des tendances actuelles sur les opérations humanitaires est immense : les organismes de l'ONU ont été confrontés à des augmentations du coût des denrées alimentaires (jusqu'à 130 pour cent en un an) ainsi que des coûts logistiques. Ces six dernières années, le coût total des opérations du Programme Alimentaire Mondial a augmenté de 43% : étant donné les responsabilités particulières du PAM en tant que chef de file du cluster « Logistique », son appui financier et sa capacité doivent être renforcés.

Nous voudrions enfin souligner que l'UE est particulièrement attentive aux situations en Corée du Nord, au Zimbabwe, en Somalie, en Ethiopie et en Birmanie/Myanmar, qui sont actuellement parmi les crises alimentaires les plus graves au monde, et où la responsabilité première des Etats devrait être soulignée, notamment en termes d'accès des populations à l'aide humanitaire.

Conclusion

En conclusion, je voudrais réaffirmer notre plein appui au Coordonnateur des secours d'urgence. De nombreux défis restent à relever et nous continuerons à travailler avec lui et d'autres pour améliorer la réponse humanitaire et réduire la souffrance humaine.

Je vous remercie.

  • Ref: PRES08-202EN
  • Source UE: Présidence UE
  • UN forum: ECOSOC (Conseil économique et social), (y compris Commissions fonctionnelles)
  • Date: 15/7/2008


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