
Sommaire: le 23 Avril 2008, Strasbourg - Dans un rapport sur les effets de la présence croissante de la Chine en Afrique, les députés dénoncent les investissements réalisés sans condition dans des pays africains soumis à des régimes oppressifs, contribuant ainsi à perpétuer les violations des droits de l'homme. Ils attirent également l'attention sur le rôle de Pékin dans la circulation d'armes et les conditions d'exploitation des ressources naturelles.
Avec une croissance moyenne de 10% depuis 1990, la Chine est devenue la quatrième puissance économique mondiale. Pour répondre à ses besoins, elle a accéléré ses investissements en Afrique. Une politique qui n'est pas sans risques, selon les députés, qui craignent que la Chine exporte "certaines de ses pires pratiques nationales, notamment la corruption, des mauvaises conditions de prêt, l'absence de droits des travailleurs et de normes environnementales".
Selon Ana Gomes (PSE, PT), dont le rapport a été adopté ce mercredi par 618 voix pour, 16 voix contre et 17 abstentions, "la présence croissante de la Chine en Afrique constitue un défi pour les relations UE-Afrique". Les députés demandent dès lors que l'UE adopte une stratégie cohérente, et l'appellent, ainsi que la Chine, "à suspendre tout accord commercial dans le secteur de l'armement avec les gouvernements coupables de violations de droits de l'homme, ceux engagés dans des conflits ou ceux
en passe de faire la guerre". Parmi les pays concernés figurent l'Érythrée, l'Éthiopie, le Kenya, la République démocratique du Congo, le Soudan, la Somalie, le Tchad et le Zimbabwe.
La Chine devrait également rendre plus transparent son régime national de contrôle des exportations d'armes, en notifiant ses exportations au registre des Nations unies sur les exportations d'armes conventionnelles, souligne le rapport.
De son côté, l'UE devrait maintenir son embargo sur les ventes d'armes à la Chine aussi longtemps que ce pays continuera de fournir des armes à des forces et des groupes armés qui alimentent et perpétuent des conflits et commettent des violations graves des droits de l'homme.
Politique d'investissement en Afrique
Contrairement à l'UE, qui conditionne ses investissements au respect des droits de l'homme et à la bonne gouvernance, la Chine réalise la plupart de ses investissements sans poser de conditions particulières. Ces investissements dans les pays africains soumis à des régimes oppressifs contribuent à perpétuer les violations des droits de l'homme, selon les députés.
L'UE devrait encourager les organismes chinois de crédits à l'exportation, notamment la Banque Exim Bank, à évaluer l'impact sur l'environnement des projets d'infrastructures qu'ils contribuent à financer, tels les barrages, les routes et les mines en Afrique.
Le rapport demande enfin que l'UE soit le promoteur d'une politique de "transparence des revenus générés par les ressources naturelles". Selon les députés, une clause relative à l'investissement d'un "pourcentage des bénéfices dans le développement de la communauté locale" devrait être incluse dans les conventions internationales sur l'exploration et l'extraction des ressources énergétiques.
Maintien de la paix et non-ingérence
Les députés demandent à l'UE d'encourager la Chine à accroître sa participation aux missions de maintien de la paix de l'ONU et de l'Union africaine (UA) en Afrique, "en envoyant, le cas échéant et conformément aux mandats de l'ONU, des troupes de combat". L'UE devrait aussi demander que la Chine s'engage à assumer ses responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment celle de "protéger" les populations civiles.
Mettant en garde contre toute généralisation et toute simplification du rôle de la Chine en Afrique, les députés préconisent à l'UE d'adopter une "attitude ouverte et constructive" et de ne pas tenter "d'imposer des modèles et des points de vue européens".
Il est selon eux essentiel de renforcer le dialogue entre l'UE, l'Afrique et la Chine afin d'élaborer des approches communes pour combattre les problèmes environnementaux tels que la déforestation, la désertification ou encore la pollution. Ils souhaitent également une coopération active en matière de politique énergétique entre l'Afrique et l'UE.
L'UE devrait par ailleurs définir une stratégie pour répondre aux défis suscités par de nouveaux donateurs en Afrique, tels que la Chine, notamment grâce à une approche coordonnée entre l'UE et ses États membres et entamer un dialogue politique avec la Chine sur les finalités des politiques de développement respectives.
Rôle des Parlements
Les députés souhaitent engager un dialogue avec le Congrès national du peuple chinois, le Parlement panafricain et les Parlements nationaux africains en vue d'encourager le développement durable et de renforcer leurs capacités de contrôle sur les exécutifs.
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