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L'indépendance du Kosovo fait débat

Sommaire: le 20 février, Strasbourg- Les députés ont débattu en présence du Conseil et de la Commission de la situation au Kosovo. Les conséquences de la proclamation d'indépendance, les relations avec la Serbie et le rôle de l'UE ont été particulièrement discutés.

Conseil

Dix Etats membres ont rejoint l'UE mais pour le Kosovo "le temps s'est arrêté", a déclaré le représentant du Conseil, Dimitrij Rupel. "La crise yougoslave doit prendre fin", a-t-il ajouté et le Conseil a la tâche de préparer l'adhésion de l'Albanie et des anciennes Républiques yougoslaves - Macédoine, Monténégro, Serbie, Bosnie et Herzégovine-.

Le Conseil et la Commission organiseront une conférence spéciale sur le Kosovo et la coopération dans différents domaines. Aussi, la Commission étudiera-t-elle la question de l'exemption des visas pour les pays de la région, a annoncé le représentant du Conseil.

"La proclamation d'indépendance n'est pas tombée du ciel, un retour en arrière était inenvisageable et les négociations étaient dans l'impasse", a estimé Dimitrij Rupel. Il a rappelé que les Etats membres, lors du Conseil du mois de décembre, étaient parvenus à une position commune. Le Kosovo "comporte un héritage et une culture serbe, l'UE constate que le Kosovo s'est prononcé en faveur de la minorité serbe".

Commission

Olli Rehn a estimé que l'indépendance avait été proclamée "en toute dignité", et a souligné l'engagement pris de "respecter les droits des kosovars serbes, en conformité avec le rapport Ahtisaari". Il a rappelé que l'"unité de l'UE est essentielle pour permettre de gérer la stabilisation des Balkans occidentaux". Le Commissaire à l'élargissement a déclaré que des "décisions essentielles avaient été prises" au Conseil, et que c'est à chaque Etat membre individuellement de reconnaître le Kosovo. Il a ensuite évoqué l'intention du Kosovo d'adhérer à la Charte de l'ONU et à l'acte final d'Helsinki, et a insisté sur le fait que l'indépendance du Kosovo était "un cas sui generis qui ne remet pas en cause les principes du droit international". Il a rappelé que la Commission allait soutenir les efforts de l'UE dans la région, et qu'une conférence des donateurs allait être mise en place avant l'été pour "aider le Kosovo à tenir debout tout seul". Le Commissaire a enfin dit être "conscient de l'importance historique du Kosovo pour la Serbie", mais selon lui, "il est temps de tourner la page, l'avenir de la Serbie, comme de tous les Balkans occidentaux, c'est l'UE".

Groupes politiques

Pour Doris Pack (PPE-DE, DE), qui s'exprimait au nom de son groupe, "il était déjà clair en 1999 que le Kosovo allait devenir un Etat". Elle a regretté qu'il n'y ait pas eu de solution négociée, mais citant Churchill, elle a estimé que c'était "la moins mauvaise des possibilités à l'exclusion de toutes les autres". La députée a fait savoir son tiraillement entre "le sourire, car c'était la seule solution", et "les larmes, car des problèmes sont à venir". Elle a toutefois affirmé que "le plan Ahtisaari qui garantit des droits aux Serbes et aux autres minorités sera mis en œuvre". Elle a enfin assuré que "ce cas ne constitue pas un précédent, mais un cas unique, conséquence du mouvement de destruction de la Yougoslavie initié par Milosevic".

Selon Jan Marinus Wiersma (NL), qui s'exprimait au nom du groupe PSE, "nous devons accepter la réalité d'une situation très complexe". De longues négociations pourraient s'avérer nécessaires en vue d'assurer la stabilité dans la région. "Nous exigeons des autorités kosovares qu'elles mettent en œuvre les propositions faites par M. Ahtisaari, qu'elles investissent dans un Etat multi-ethnique et qu'il existe des garanties suffisantes pour les Serbes qui vivent au Kosovo". Certaines mesures, comme la facilitation des visas, devraient permettre de prévenir l'isolement de la Serbie. Le député a salué l'attitude du gouvernement serbe qui, malgré son intransigeance, s'est engagé à ne pas utiliser la violence. "L'important est d'inscrire le Kosovo mais aussi la Serbie dans une perspective européenne", a conclu le député.

Annemie Neyts-Uyttebroeck (BE), au nom du groupe ADLE, a affirmé tout d'abord que "toute entité qui veut suivre sa propre voie nuit à l'intégrité territoriale du pays auquel il appartient". Elle a cité l'exemple de l'indépendance belge : "les Pays-Bas, ont attendu neuf ans avant de reconnaître la Belgique" et a encouragé le Ministre des Affaires étrangères de la Serbie à l'analyser, déplorant qu'il ait réitéré la position traditionnelle de son pays, "sans aucun espoir d'accord". La députée a mentionné les 3 milliards d'euros investis au Kosovo par l'UE, estimant qu'une aide supplémentaire sera nécessaire. Elle a conclu en exprimant l'espoir que les citoyens de cette région puissent bientôt "jouir de relations normales avec ceux de nos pays".

Pour Konrad Szymanski (UEN, PL), "la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo fait porter à l'UE une lourde responsabilité : l'UE doit s'assurer que le Kosovo se dote d'institution sûres et fiables et le risque de conflit ethnique est toujours présent". Selon le député, cette étape est néanmoins nécessaire pour parvenir à une stabilité de la région.

Au nom du groupe des Verts/ALE, Joost Lagendijk (NL) a estimé que l'indépendance était la "suite incontournable de ce qui s'est passé en 1998-1999". Il aurait préféré "un compromis et l'approbation du Conseil de sécurité de l'ONU, mais ça n'a pas été possible, essentiellement à cause de la Russie". Il a ensuite prévenu qu'une fois que l'OTAN quittera le pays "ce sera au Kosovo de respecter ses engagements". Le député a enfin rappelé que l'avenir de la Serbie était dans l'UE, "mais que les progrès des négociations dépendront de l'attitude serbe", avant de conclure que, s'ils cohabitent en bonne intelligence, "la Serbie et le Kosovo en sortiront renforcés".

Francis Wurtz (FR), au nom du groupe GUE/NGL, a fait part "d'un grand malaise", la proclamation unilatérale de l'indépendance d'une province d'un Etat souverain, membre de l'ONU, risquant d'affaiblir dangereusement la crédibilité future du droit international (...) et de placer les rapports de force au dessus du droit. Ce faisant, elles ouvrent la boîte de Pandore. C'est grave". De plus, cette reconnaissance unilatérale risque d'aller à l'encontre des objectifs affichés par l'Union dans les Balkans et de nourrir les nationalismes. En outre, l'Union vient de s'aliéner profondément le peuple serbe, sans lequel il n'y a pas de politique régionale possible dans cette partie de l'Europe. Quant aux Kosovars albanais eux-mêmes, il a émis des doutes sur la capacité de l'Union à satisfaire leurs aspirations rappelant que "le PIB au Kosovo est équivalent à celui du Rwanda; la moitié de la population active est au chômage; plus de 200 000 réfugiés et personnes sont déplacées; les violences contre les minorités se multiplient et ce, malgré une aide internationale de 2 milliards d'euros et la présence de 17 000 soldats de l'OTAN". Estimant qu'"Eulex ne pouvait régler tous ces problèmes", le président du groupe GUE a conclu : "non, décidément, mon groupe ne peut pas s'associer à l'autosatisfaction à courte vue des principaux dirigeants européens".

"Il s'agit d'une lourde tâche pour l'Union européenne", a déclaré Bastiaan Belder (IND/DEM, NL) et "les responsabilités restent floues". Le parlementaire a mis l'accent sur la nécessité de trouver une solution à la criminalité organisée au Kosovo.

S'exprimant au nom des Non-inscrits, Slavi Binev (BG) s'est "opposé catégoriquement" à ce "précédent inacceptable". Reconnaître l'indépendance "reviendrait à reconnaître la purification ethnique et la destruction de centaines d'églises orthodoxes", a-t-il estimé, refusant la "création d'un Etat musulman indépendant dont le seul but sera de favoriser les trafics".

Conseil

Dimitrij Rupel a rappelé que le Conseil avait pris une position il y a quelques jours et que Javier Solana s'était rendu hier à Pristina. Le Haut Représentant à la PESC y a déclaré que "le sentiment d'allégresse devait désormais se traduire en énergie positive et en actions concrètes". Le Ministre a insisté sur la nécessité de garantir un avenir européen à la fois au Kosovo et à la Serbie : "nous pourrions d'ici quelques années entendre ici même le serbe ou l'albanais".

Il a convenu que le texte du Conseil n'avait pas été pas facile à mettre en place mais "il a pu finalement bénéficier de l'accord de l'Espagne et de Chypre".

Se félicitant de "ce débat très encourageant", Dimitrij Rupel a conclu en insistant sur le fait qu'il fallait bien comprendre que les Serbes du Kosovo considéraient que ce pays est leur partie".

Commission

"L'Union européenne a tenté de trouvé une solution négociée mais en vain", a indiqué le Commissaire à l'élargissement Olli Rehn. Il a souligné la nécessité de ne pas isoler la Serbie. A cet égard, l'UE négocie un accord pour la facilitation des visas avec les Balkans occidentaux, dont la Serbie, a-t-il ajouté. Il a également félicité la présidence slovène pour cette réalisation et la présidence française qui s'est engagée à soutenir les efforts de l'UE dans les Balkans occidentaux, "2008 est une année très importante pour cette région".

  • Ref: EP08-004EN
  • Source UE: Parlement Européen
  • UN forum: 
  • Date: 20/2/2008


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