
Sommaire: «Accès à l'eau: nous n'avons aucune excuse» - discours de Louis Michel (le 22 mars 2007: Bruxelles/Rome)
Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, «Accès à l'eau: nous n'avons aucune excuse», "Journée Mondiale de l'eau", Bruxelles/Rome
J'ai tenu à vous adresser ce message à l'occasion de la Journée mondiale de l'Eau pour deux raisons principales.
Tout d'abord, parce que la problématique de l'eau est la meilleure illustration des défis du développement: la pauvreté, le dénuement, l'injustice.
Comment peut-on accepter qu'au début du 21éme siècle,
plus d'un milliard d'habitants de notre planète n'aient pas accès l'eau potable
plus de deux milliards d'entre eux ne disposent pas d'un assainissement de base
des millions d'enfants meurent chaque année à cause de maladies liées à l'eau.
Ces chiffres sont pour moi une source d'indignation. Nous n'avons aucune excuse.
C'est pourquoi je me félicite de l'organisation d'une Journée mondiale de l'eau et de l'attention que la Communauté internationale porte à ce problème.
L'Europe, elle, a assumé sa responsabilité de solidarité.
Déjà, en 2002, à l'occasion du sommet de Johannesburg, l'Union Européenne avait fait preuve de son engagement politique fort avec le lancement de l'Initiative Européenne sur l'Eau, impliquant l'ensemble des acteurs concernés (publics, privés, et société civile).
Depuis, l'Europe y a mis les moyens.
Environ 400 millions d'euros ont été consacrés à l'amélioration de l'accès à l'eau et de l'assainissement dans le cadre des crises humanitaires. Pour des besoins à plus long terme, 475 millions d'euros ont été mobilisés au cours des six dernières années dans le cadre du 9ème Fonds Européen de Développement pour les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Et, au-delà de ces efforts plus que substantiels, l'Union européenne a mobilisé 500 millions d'euros. Grâce à ces moyens énormes nous sommes capables de catalyser des ressources additionnelles en complément des aides bilatérales. Cela permet de travailler avec une large gamme d'intervenants, de soutenir des actions mises en œuvre par des municipalités et par des acteurs locaux. Cela permet également de travailler sur le long terme en contribuant à une meilleure gouvernance et à une meilleure
gestion des ressources, en particulier au niveau des bassins transfrontaliers. Le résultat de deux appels à propositions devrait donner accès à l'eau potable à vingt millions de personnes. De plus, 9 millions de personnes, en milieu rural ou urbain, disposeront d'un assainissement digne de ce nom.
Je vous donne l'exemple de Njombe, un district rural dans le sud de la Tanzanie où seulement 54% de la population a accès à une source d'eau saine. Avec un montant relativement limité de 1.6 million d'euro -ou 65% du financement total du projet- la Commission améliorera l'accès à l'eau potable et à l'assainissement de 40,000 habitants. L'action vise tout particulièrement les femmes, qui ont la charge de la collecte quotidienne de l'eau. De plus, les écoles bénéficieront d'une partie des futures
infrastructures. Et 3000 constructions de latrines sont prévues.
Mais l'eau m'interpelle aussi pour une deuxième raison: elle est une source d'énergie et d'espoir économique.
L'eau ne connaît pas les frontières. Une bonne gouvernance régionale des bassins hydrauliques, est donc -dans une optique de prévention des conflits et des catastrophes naturelles- d'une importance capitale. En Afrique, les pays riverains de fleuves comme le Nil ou le Niger montrent la voie en partageant une vision commune pour répartir les bénéfices d'une meilleure gestion collective de cette précieuse ressource dans toutes ses utilisations (irrigation, hydroélectricité, etc). Ceci constitue
une base essentielle pour assurer la durabilité des investissements nécessaires, pour garantir la maîtrise de l'eau dans ces bassins, réduire la vulnérabilité aux sécheresses et mieux contrôler les inondations. C'est urgent parce que le changement climatique va exacerber ces risques de catastrophes.
L'année dernière, nous avons lancé le Partenariat Euro-Africain pour les Infrastructures, afin de favoriser le développement de réseaux transafricains. L'eau, et notamment le développement des bassins transfrontaliers, en est une composante essentielle. Ce défi concerne quelque 60 bassins transfrontaliers, du plus petit au plus grand, tel que le Congo, source de vie du cœur de l'Afrique, où il est nécessaire d'améliorer de façon durable la vie quotidienne des populations, de prévenir et
d'atténuer toute source de tension. Là aussi, nous avons prévu de mettre les moyens.
Mesdames, Messieurs,
A l'occasion de cette Journée mondiale de l'eau, je renouvelle mon engagement à travailler avec les partenaires du Sud pour assurer à leurs populations ces services de base que sont l'eau et l'assainissement. Mais cette Journée devrait aussi nous rappeler à tous que nous devons conserver durablement une ressource qui est limitée. Chaque fois que nous ouvrons un robinet, surtout dans nos pays riches, nous devons être conscients de ce privilège. L'accès à une eau de qualité doit devenir une
réalité définitive, pour tous.
Nous n'avons plus aucune excuse. Nous pouvons ensemble réaliser cet objectif vital. Si nous le voulons vraiment, nous pouvons réussir.
Je vous remercie
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