
Sommaire: Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, Louis Michel : Développement Durable (Vienne, 11 mai 2006)
Louis MICHEL, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire ; Développement durable ; Réunion des Ministres des affaires étrangères ; Sommet Union européenne, Amérique latine et Caraïbes
Mesdames et Messieurs,
C'est avec un réel plaisir que j'ouvre notre discussion sur le développement durable. Je suis sûr que ce thème nous donnera l'occasion d'avoir un échange d'idées et d'expériences fructueux.
Lors du Sommet de Guadalajara, nous avons indiqué notre détermination à construire tous ensemble des sociétés plus justes. Nous devons garder à l´esprit les principes de responsabilité globale commune, y compris en matière d'environnement, le renforcement de la gouvernance démocratique et l'importance fondamentale de la création d'emplois pour combattre la pauvreté et accroître la cohésion sociale.
Développement Social
Comme je l'ai rappelé lors de la réunion à haut niveau sur la cohésion sociale qui s'est tenue à Bruxelles les 27 et 28 mars de cette année, la pauvreté et l'exclusion sociale sont non seulement inacceptables en soi, mais sont aussi des vecteurs de déstabilisation des sociétés en Amérique latine et dans les Caraïbes. Elles entraînent une recrudescence des crimes et de la violence, et mettent en péril les efforts de nos économies pour atteindre des taux de croissance qui permettent un
développement durable.
Il est donc important que nous mobilisions nos politiques publiques aux niveaux bilatéral, régional, bi régional et multilatéral afin de réduire les niveaux de pauvreté et les inégalités.
Dans cette lutte pour le développement durable et l'éradication de la pauvreté, l'Union européenne a toujours encouragé la promotion du dialogue et de la protection sociale, y compris les aspects égalité homme femme, la protection des droits des peuples indigènes, la protection des enfants contre les trafics humains, les conflits armés, et les formes de travail les plus avilissantes et les plus pénibles ainsi que la discrimination envers les handicapés.
Mais un tel développement social ne peut se bâtir sans croissance économique.
Développement économique
La diversification économique est, nous le savons, une variable clé qui permet à une économie d'avoir toute la souplesse et la flexibilité pour s'adapter en continu aux changements, réduire ses vulnérabilités et atteindre un développement durable.
Les chocs exogènes, comme certaines conséquences de la réforme de la politique agricole commune, peuvent avoir des effets perturbateurs sur certaines économies et des impacts négatifs à court terme, en matière de croissance et à plus long terme, en terme de développement durable, si rien n'est fait pour amortir ces chocs au niveau national et régional.
Les Caraïbes connaissent cette situation : compte tenu des changements intervenus sur le Protocole banane et les prix de référence du sucre et du riz, ces pays doivent maintenant passer d'une économie plus agraire à une économie davantage diversifiée et fondée notamment sur les services et la connaissance.
Dans ce contexte, l'accès à l'éducation et à la formation pour tous, le renforcement des compétences, sont des facteurs indispensables pour permettre d'atteindre les standards de travail et de productivité nécessaires à la diversification économique. Ils sont les seuls vecteurs pour augmenter la résilience des économies à ce type de chocs.
Mais une croissance économique soutenue ne peut se bâtir à long terme sans le maintien d'un environnement naturel de qualité.
Environnement
La préservation et la gestion de l'environnent, ce n'est pas seulement une question de justice pour les générations futures, c'est aussi une question cruciale pour les générations actuelles et une source de bien-être économique. Le développement économique et social durable est étroitement lié au respect de l'environnement et à la gestion durable des ressources naturelles, parce que celles-ci ont un impact direct sur les personnes économiquement les plus fragiles. Pour assurer leur subsistance,
ceux-ci sont directement tributaires d'un grand nombre de ressources naturelles et de services fournis par les écosystèmes, et donc de la gestion durable de ces ressources, telles que les forêts, l'eau, le sol, les zones humides, la flore et la faune sauvages et les stocks de poisson. Ils sont donc particulièrement vulnérables aux risques environnementaux. De plus, la pollution de l'air et de l'eau affecte la vie des populations, en particulier en milieu urbain.
Pour avoir beaucoup voyagé moi-même en Amérique latine et dans les Caraïbes, j'ai pu me rendre compte de la beauté des paysages de cette région et comprendre en quoi ils contribuent - chez vous - à l'essor de l'industrie du tourisme. Cette industrie, comme beaucoup d'autres qui alimentent votre développement économique actuel, est tributaire d'une gestion correcte des ressources naturelles, par ailleurs souvent fragiles dans les Caraïbes : je citerai comme exemples les récifs coralliens, les
ressources halieutiques, et les forêts.
L'action de l'Union en matière de développement durable
Un mot sur l'action de l'Union européenne en matière de développement durable. L'Union est au premier plan dans les efforts internationaux pour l'éradication de la pauvreté dans le monde. Elle reste non seulement le bailleur le plus important en Amérique latine et dans les Caraïbes, mais aussi l'un des principaux partenaires commerciaux en Amérique latine et dans les Caraïbes.
L'année 2005 a constitué un tournant dans une période d'action et de réflexion qui a placé le développement au cœur de l'action extérieure de l'Union européenne. Le Consensus européen apporte des réponses et des solutions durables aux défis de la globalisation. La conscience du long terme a prévalu puisque qu'il fait du développement durable la meilleure réponse structurelle aux questions de croissance, de cohésion sociale, d'environnement, de migration et de sécurité.
Ceci s'est traduit pour l'Union par des engagements ambitieux pour accroître son aide au développement, tant en qualité qu'en quantité lors de la revue des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) au Sommet mondial en septembre 2005.
De plus, la stratégie de développement durable de l'UE, qui fait actuellement l'objet d'un réexamen, vise à instaurer un niveau élevé de prospérité économique, d'équité et de cohésion sociale, et de protection de l'environnement, et fixe des objectifs internationaux importants qui lient les trois piliers du développement durable. Ces objectifs sont: éradiquer la pauvreté, lutter contre l'exclusion sociale, promouvoir la santé, mettre la mondialisation au service du développement durable,
trouver des modes de production et de consommation durables, gérer de manière durable les ressources naturelles et environnementales et renforcer la gouvernance en matière de développement durable.
S'il est vrai que les progrès vers les OMD nécessitent davantage d'aide au développement, une aide plus efficace et une plus grande cohérence des autres politiques avec les objectifs du développement, le développement des capacités dans ses différentes dimensions et les progrès vers la bonne gouvernance seront tout aussi critiques et décisifs.
Le Consensus européen engage l'Union européenne vers une meilleure coordination et harmonisation entre donateurs afin de soutenir les efforts des pays partenaires de manière plus efficace. Je ne dois pas vous rappeler que la Commission n'est pas une agence de développement au sens classique, mais une institution qui a notamment des responsabilités politiques, économiques et commerciales. Nous devons donc utiliser notre potentiel en prenant des initiatives à l'échelle européenne pour faire
avancer l'harmonisation et améliorer l'efficacité de l'aide.
A titre d'exemple, le recours accru à l'appui budgétaire qui est la modalité la plus efficace et la plus conforme au principe d'appropriation, constitue une des priorités de la Commission et de l'Union.
Il est clair que nous ne pouvons pas parler du développement en dehors d'un cadre de partenariat. En effet, c'est vous, nos partenaires, qui avez la responsabilité première de créer un environnement national et régional favorable au niveau politique, économique et social. Le Consensus européen réaffirme l'attachement de l'Union au principe d'appropriation par les pays des stratégies de développement. Ceci se traduit par une approche différenciée selon les contextes et les besoins. La
différenciation est une nécessité, compte tenu de la diversité des partenaires et des défis.
Il est essentiel que le partenariat bi régional renforcé que nous appelons de nos vœux tienne pleinement compte des aspirations légitimes de chacun de nos partenaires d'Amérique latine et des Caraïbes à un développement durable dans la triple dimension de ce terme, économique, social et environnemental.
L'Union européenne appuie aussi de façon décidée les processus d'intégration et de coopération régionale et sous régionale, dont nous percevons les potentialités comme les difficultés. Cela vaut également pour les efforts en vue de rapprocher davantage l'Amérique latine et ses voisins des Caraïbes et les initiatives visant à assurer une adaptation dynamique aux défis et aux opportunités de la mondialisation. De cette façon, nous nous efforçons d'aider nos partenaires à réussir des transitions
souhaitables, parfois inévitables vers de nouvelles structures productives, tout en sauvegardant ou en améliorant les équilibres sociaux et environnementaux.
Nous essayons aussi de contribuer à réduire les asymétries existantes entre les deux ensembles. Il faut rappeler qu'entre l'Europe, d'une part, et l'Amérique latine et les Caraïbes, d'autre part, il existe de nombreuses valeurs communes, notamment l'attachement à la démocratie, aux droits de l'homme et au multilatéralisme, et des intérêts concrets qui coïncident, en particulier des complémentarités économiques importantes. Nous avons tous beaucoup à gagner si nous arrivons à en tirer le
meilleur parti, tout en veillant à ce que les bénéfices soient mutuels.
Enfin, le processus de développement et la coopération bi régionale doivent être ouverts à une large gamme d'acteurs. La société civile, notamment les acteurs économiques et sociaux[1], joue un rôle essentiel en tant que promoteur de la démocratie, de la justice sociale et des droits de l'homme.
La société civile est également de plus en plus active dans le domaine de l'environnement. Les thèmes de la cohésion sociale et de l'emploi décent, respectant les droits sociaux fondamentaux, la protection de l'environnement et la bonne gestion des ressources naturelles sont des thèmes essentiels pour la région, auxquels l'Union attache une grande importance et qui contribuent à renforcer la dimension sociale et environnementale de la globalisation. Ces thèmes sont au cœur de notre politique et
constituent la pierre angulaire des Communications de la Commission sur l'Amérique latine et sur les Caraïbes qu'il nous faut maintenant mettre en œuvre ensemble.
Je vous remercie de votre attention.
[1] tels que les organisations syndicales, les organisations d'employeurs et le secteur privé, les ONG et d'autres acteurs non étatiques des pays partenaires
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