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Discours de Louis MICHEL - Le Plan d'Action Humanitaire, un outil pour redonner de la dignité à des millions de Congolais

Sommaire: Discours de Louis MICHEL - Le Plan d'Action Humanitaire, un outil pour redonner de la dignité à des millions de Congolais (le 13 février 2006: Bruxelles)

Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, Conférence ministérielle de lancement du Plan d'Action Humanitaire 2006 pour la RDC, Palais d'Egmont, Bruxelles

Le Plan d'Action Humanitaire, un outil pour redonner de la dignité à des millions de Congolais

Mesdames, Messieurs,

Nous assistons aujourd'hui à un moment historique. En effet le Congo et la Région des Grands Lacs dans son ensemble sortent progressivement de l'une des crises les plus longue et les plus destructrices que le continent africain ait connu.

Jusqu'il y a quelques années, le Congo était une crise oubliée. Depuis, la Belgique a joué un rôle majeur dans la mobilisation de la Communauté internationale face à la situation congolaise et la Commission européenne que je représente aujourd'hui, n'a pas ménagé ses efforts pour aider la population congolaise à retrouver le chemin de la paix. Aujourd'hui, nous devons faire face à un énorme défi humanitaire et de développement. Tout doit être reconstruit pour rendre à la région la stabilité durable et que se recréent les conditions du redéploiement économique.

Je ne suis pas de ceux qui croient que l'action humanitaire doit être menée indépendamment du processus politique. Au contraire, je suis convaincu que ces deux processus sont intimement liés et interdépendants. La Commission Européenne continuera à promouvoir cette approche.

Le plan d'action pour le Congo que nous présentons aujourd'hui propose un programme précis. Il cible les problèmes humanitaires les plus urgents. Il permettra de sauver des vies et d'alléger nombre de souffrances en redonnant un peu d'autonomie et surtout de la dignité à une population congolaise qui n'a que trop souffert. Depuis de trop longues années, l'humiliation et la violence sont le lot quotidien de la population.

La mise en œuvre de ce plan est urgente. En effet, l'Etat congolais n'est pas encore capable de remplir ses grandes fonctions régaliennes qui seules peuvent assurer à tous les citoyens des droits aussi fondamentaux que l'accès à l'enseignement, à la santé, à la justice, à l'administration ou encore à la culture. Le capital humain du Congo est sa richesse la plus précieuse Il est urgent d'aider les citoyens congolais pour leur redonner la capacité et la volonté de saisir l'opportunité qui se présente enfin à eux. Tout indique que le potentiel est intact. L'engouement dont nous fûmes tous témoins pour l'enregistrement des électeurs et la réussite du référendum ont montré qu'ils avaient parfaitement conscience du caractère historique du moment.

Le plan d'action humanitaire pour le Congo est un bon outil pour les aider à saisir cette chance à bras le corps. Pour que cet outil soit opérationnel, nous avons un urgent besoin de fonds.

Mesdames, Messieurs,

J'apporte mon soutien le plus total à ce plan qui permettra de mettre rapidement un terme à tant de frustrations de toutes sortes.

Tout d'abord, il est le fruit d'une stratégie commune, élaborée par les Nations Unies, l'ensemble des bailleurs de fonds internationaux, les ONG internationales et locales, avec le concours de divers experts, dont ceux de l'Union Européenne. Je suis heureux de ce travail collectif, car il constitue un grand pas en avant pour améliorer l'efficacité et l'impact des programmes mis en œuvre au Congo. Il permettra d'éviter les duplications inutiles, et de réduire les coûts de transaction des interventions.

Deuxièmement, au-delà d'une gestion optimale des fonds, ce plan d'action répond aux besoins des populations. Son élaboration n'est pas le produit d'une programmation bureaucratique détachée de toutes réalités mais est le fruit d'un travail de terrain, réalisé au niveau local, permettant de répondre de la manière la plus appropriée qui soit aux besoins des populations.

Le plan couvre l'ensemble du pays et ne se limite pas aux régions les plus à même d'attirer l'attention de la Communauté internationale.

Enfin, je me réjouis de l'effort particulier en faveur des femmes et des enfants. Premières victimes de la guerre et de la violence, les femmes sont les derniers repères du tissu social dont dépend l'avenir d'une société toute entière. Nous devons à tout prix leur accorder une attention particulière et une aide adaptée. Les femmes congolaises ont particulièrement souffert pendant la guerre. Aujourd'hui encore, elles paient le prix fort dû à l'absence d'un état de droit. Les femmes et les enfants sont trop souvent les souffres douleurs impuissants de la barbarie, des guerres et des conflits. Le viol, les pillages multiples et le recrutement forcé des femmes et enfants sont des crimes odieux. Jamais, nous ne serons assez engagés et assez fermes pour y mettre fin.

Mesdames, Messieurs,

La réussite de ce plan d'aide humanitaire est une phase capitale et essentielle pour l'avenir du pays. Sa mise en œuvre permet d'offrir à l'ensemble des congolais des conditions de vie plus sures et plus décentes. C'est le seul moyen pour rendre à la population la maîtrise de son destin.

La Commission européenne est très active dans le domaine humanitaire. Notre action vise principalement à répondre aux urgences médicales et aux problèmes liés au déplacement de populations. Au Congo, notre aide humanitaire a permis de rétablir les services de santé publique de base desservant plus de 8 millions de congolais dans les zones les plus directement touchées par le conflit. Avec nos partenaires, nous avons mis en place un programme d'assistance intégré dont plus d'1 million de personnes déplacées ont pu bénéficier. Ce programme incluait un volet sécurité alimentaire ciblant les groupes les plus vulnérables ainsi qu'une aide à la réinstallation. L'UE fait également partie des principaux bailleurs de fonds du Haut Commissariat pour les Réfugiés qui a apporté un soutien majeur aux nombreux pays limitrophes de la RDC ayant généreusement accepté d'accueillir des centaines de milliers de réfugiés congolais et burundais. Permettez moi également de souligner que la Commission a mis en place un système aérien humanitaire plus connu sous le nom d'ECHO flight, qui nous permet d'intervenir aussi rapidement que possible dans toutes les situations d'urgence.

Pour vraiment réussir cet effort humanitaire, que j'appelle de mes vœux, devra être complété par diverses activités dans les domaines du désarmement, la réintégration, le rétablissement de l'état de droit et la relance économique. C'est pour cette raison qu'au-delà de son action humanitaire l'Union Européenne s'est engagée à soutenir le pays dans des secteurs d'activité aussi diverses et complémentaires que : le soutien au processus électoral, la réforme du secteur de sécurité (dont un programme pour assurer le paiement des militaires), la démobilisation des ex-combattants, la justice, ou encore la réhabilitation des infrastructures de base.

Cette approche n'est pas le fruit d'une décision unilatérale de l'Union Européenne. Les autorités congolaises reconnaissent également la nécessité de travailler simultanément sur plusieurs chantiers tout en promouvant le développement de programmes d'ordre plus structurel et ce, de façon à capitaliser sur les acquis du pays et à éviter le retour à la précarité.

Je pense surtout ici aux centaines de milliers de déplacés et de réfugiés qui devront reconstruire leurs vies dans un contexte de dénuement total. Ce plan d'action permettra de les accompagner sur le chemin de la stabilisation en se substituant à l'aide d'urgence. Une telle approche est promue depuis quelques années et commence à porter ses fruits à l'Est du Congo.

Pour continuer sur cette lancée constructive, la Commission prépare actuellement un programme multisectoriel de réhabilitation d'envergure pour les zones les plus sinistrées. La majeure partie des propositions et initiatives contenues dans ce programme provient des ONG et associations locales qui sont les plus à même de développer projets pertinents quant au développement de leur région. Cette attitude démontre la volonté claire des Congolais de reconstruire eux-mêmes leur pays. Je profite de la tribune qui m'est accordée pour exhorter l'ensemble des partenaires internationaux à privilégier un travail en collaboration avec les entités locales. Seule une telle collaboration favorisera une appropriation réelle du processus en cours par les société congolaise. Sans cette appropriation, il ne peut y avoir de réussite.

Pour la Commission, le Congo est en tête de liste des priorités. Depuis le début de la transition, la Commission a alloué 750M€ pour le Congo. Ces fonds visent quatre secteur principaux : la lutte contre la pauvreté ; le soutien au processus de transition ; l'aide macro-économique ; et l'aide humanitaire.

L'aide d'urgence humanitaire cette année est de l'ordre de 38 million €. Ceci représente 8% du budget total de la DG ECHO. Avec le Soudan et le Tsunami, la RDC est ainsi notre domaine d'action le plus important. Et nous y sommes de loin le premier donateur.

Mesdames, Messieurs,

Nul n'ignore le débat qui a cours actuellement sur le financement de l'action humanitaire.

Récemment, les Etats membres des Nations Unies ont décidé d'augmenter les fonds d'urgences mis à la disposition du Sous Secrétaire Général aux affaires humanitaires et à la coordination de l'aide d'urgence. La situation au Congo indique l'utilité d'un fond d'urgence à la disposition du Coordinateur Humanitaire pour des interventions de petite échelle. Cependant, étant donné les activités diverses et multiples d'un Coordinateur Humanitaire, je pense qu'il serait judicieux de lui permettre de se concentrer sur sa fonction première qui est celle de coordonner l'aide, sans l'encombrer avec le rôle et les nombreuses tâches d'un bailleur.

Je comprends la décision de certains Etats de mettre leurs fonds en commun afin de les mettre à la disposition du Coordinateur Humanitaire. Cependant, la Commission dispose de nombreux experts présents sur le terrain. Nous disposons ainsi d'une capacité suffisante pour procéder à une programmation de notre aide humanitaire. Il va de soi que notre action s'inscrit dans la stratégie définie par le présent plan d'action pour le Congo. Et nous attachons une importance majeure au rôle de coordination du Coordinateur Humanitaire. Je m'en voudrais de ne pas saluer le travail réalisé par Ross Mountain.

Enfin, j'aimerais également souligner notre soutien continu aux principes du Good Humanitarian Donorship. A cet égard, je tiens à remercier, au nom de l'Union Européenne, la Belgique et les Etats-Unis pour leur excellente co-présidence de l'initiative pilote au Congo.

Mesdames et Messieurs,

Quelle que soit la façon dont nous déciderons de le financer, le plan d'action humanitaire pour le Congo est d'une importance capitale pour améliorer le sort de centaines de milliers de Congolais. Il vient au bon moment pour consolider définitivement la chance unique que nous avons d'accompagner le Congo vers la paix, la démocratie et la prospérité. Le chemin de la transition fut si long. Nous sommes si près d'un aboutissement heureux. Dans quelques mois, la RDC peut redevenir la force d'entraînement non seulement de la région des Grands Lacs mais de toute l'Afrique subsaharienne.

  • Ref: SP06-214FR
  • Source UE: Commission Européenne
  • UN forum: 
  • Date: 13/2/2006


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