
Sommaire: 5 novembre 2001: La situation au Liberia. Intervention au nom de l'Union européenne prononcée par M. Stéphane De Loecker, Représentant permanent adjoint de la Belgique auprès des Nations Unies.
Madame la Présidente,
J'ai l'honneur de prendre la parole au nom de l'Union européenne (l'UE). Les pays d'Europe Centrale et Orientale associés à l'Union européenne, la Bulgarie, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie, et les pays associés Chypre, Malte et la Turquie se rallient à cette déclaration.
Madame la Présidente,
Je voudrais d'abord remercier les membres du Groupe d'experts pour le travail remarquable qu'ils ont accompli. Le rapport sur les sanctions que le Conseil de sécurité a promulgué à l'encontre du Liberia est en effet un document détaillé et révélateur. Nous félicitons le Groupe d'experts de leur approche méthodique et minutieuse ainsi que des informations précises qu'ils nous ont fournies et que nous avons examinées avec la plus grande attention.
Permettez-moi de rappeler, Madame la Présidente, que ces sanctions ont été imposées dans une perspective claire: celle de créer un environnement propice à la résolution pacifique de la crise en Sierra Leone. Cette résolution pacifique implique la rupture des liens entre le Liberia et les rebelles du Revolutionary United Front (RUF), ces derniers ayant trop longtemps profité de ce soutien externe pour mener une guerre impitoyable contre la population sierra-léonaise. L'Union européenne rappelle
qu'il incombe au gouvernement libérien de respecter les dispositions de la résolution 1343 et qu'il relève aussi de sa responsabilité que ces sanctions soient levées.
Par ailleurs, l'imposition de sanctions s'inscrit dans une stratégie plus globale qui vise à rétablir la stabilité dans la sous-région. La communauté internationale ne peut en effet pas permettre que ses efforts, ainsi que les ressources considérables qu'elle a investies dans la paix en Sierra Leone, continuent d'être sabotés par des manœuvres effectuées au niveau régional.
Malheureusement, Madame la Présidente, force nous est de constater que, six mois après l'établissement du régime de sanctions, le Groupe d'experts rapporte de graves violations de ce régime. Concrètement, des diamants bruts sortent et des armes entrent en territoire libérien et, malgré l'efficacité générale de l'application des restrictions de voyage, 27 violations ont été constatées par le groupe d'experts. De plus, des revenus provenant de l'exploitation forestière et du registre maritime ont
vraisemblablement été utilisés pour l'achat d'armes en violation de l'embargo sur les armes des Nations Unies. Il est évident que ces violations ne sont possibles que grâce à la complicité d'individus sans scrupules et à celle de certains pays. L'Union estime qu'il est indispensable que ces acteurs soient mis devant leurs responsabilités afin qu'ils s'acquittent des obligations qui leur incombent en vertu de la Charte des Nations Unies. Les sanctions, Madame la Présidente, ne doivent pas
connaître d'exceptions dans leur mise en oeuvre.
Le rapport du Groupe est un outil précieux qui va, nous l'espérons de tout cœur, permettre d'accroître l'efficacité du contrôle du régime des sanctions. Mais nous n'ignorons pas qu'il ne constitue qu'un élément de l'équation. En effet, rien ne pourra être réalisé sans la coopération d'une multitude d'acteurs, tant au sein des Nations Unies qu'en dehors. A cet égard, nous pensons que mettre en lumière les violations des sanctions est loin d'être suffisant. Il faut que le Conseil de sécurité
envoie un message ferme et clair à tous les acteurs concernés pour les enjoindre à mettre intégralement et immédiatement ses décisions en oeuvre. En outre, quelques améliorations techniques au régime de sanction pourraient être apportées, notamment par l'examen, par d'autres organes, de certains de ses aspects, tels que les certificats d'utilisateur final pour les armes, par exemple. Enfin, l'Union européenne est favorable à la suggestion faite au Conseil de Sécurité de demander la publication,
pour l'année prochaine, d'un rapport de suivi du Groupe d'experts.
Madame la Présidente,
Une autre initiative importante est actuellement en cours: celle du processus de Kimberley qui vise à instaurer un système global de certification pour les diamants. L'Union européenne soutient fermement cette initiative et espère que le Processus présentera des résultats fructueux lors de cette Assemblée générale. Ce système global de certification devrait permettre d'éviter toute possibilité de détournement de trafic des diamants des conflits. En outre, nous pensons que plus de transparence
dans le commerce de diamants s'impose, notamment par la publication régulière de statistiques détaillées sur l'importation et l'exportation de diamants.
Parallèlement au problème des ressources, il est urgent de s'attaquer au problème des armes dont les sources semblent être intarissables. A cet égard, une fois encore, une collaboration plus étroite des Etats membres s'impose, en particulier dans la région de l'Afrique de l'Ouest.. Le trafic d'armes doit être endigué par des mécanismes de contrôle plus performants et systématiques mais ils doivent être doublés d'une volonté réelle de les mettre scrupuleusement en œuvre. Dans ce contexte,
l'Union européenne soutient la mise en œuvre effective du Moratoire de la CEDEAO sur les armes légères.
Madame la Présidente,
L'impact humanitaire de ces mesures ne peut être ni ignoré, ni minimisé. En considérant le suivi des sanctions, il faut tenir compte du rapport du Secrétaire général qui contient une évaluation préliminaire des incidences économiques, humanitaires et sociales que pourraient avoir des sanctions supplémentaires sur la population libérienne. L'Union européenne se félicite que cet aspect soit sérieusement pris en compte. Elle appuie la proposition faite par le Secrétaire général d'envisager la
création d'un mécanisme chargé d'évaluer régulièrement les incidences humanitaires et économiques des sanctions imposées au Libéria, dans l'éventualité où votre Conseil adopterait des sanctions supplémentaires. Il souligne à juste titre qu'il convient d'éviter des retombées négatives non intentionnelles sur la population civile et d'aider à réfuter certaines conceptions erronées du régime des sanctions et de ses objectifs.
Madame la Présidente,
Nous sommes tous conscient de l'importance d'un dialogue effectif au niveau régional dans le cadre du processus de paix. L'Union européenne œuvre, notamment à travers le Représentant Spécial de la Présidence pour les pays de la rivière Mano, Mr Hans Dahlgren, en faveur d'une rencontre des Chefs d'Etat de la Guinée, du Libéria et du Sierra Leone en janvier 2002 tel que proposé par les ministres des affaires étrangères en septembre dernier. Il est clair que les résultats des efforts réalisés
seront renforcés par une approche plus large au niveau régional. L'Union européenne maintiendra son dialogue avec la CEDEAO et exprime son soutien pour ses efforts visant à promouvoir la paix dans la sous-région.
En conclusion, Madame la Présidente, nous tenons à réaffirmer l'importance que nous attachons à l'amélioration du respect des sanctions. Nous soutiendrons toutes démarches ou mesures qui permettront d'endiguer le flux de ressources et d'armes qui attise la guerre et la violence au détriment de toute initiative de paix et surtout au détriment d'une population qui en subit invariablement les effets dévastateurs.
Je vous remercie, Madame la Présidente.
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