
Sommaire: 1 octobre 2001: Intervention au nom de l'Union européenne prononcée par S.E.M. Jean de Ruyt, Représentant permanent de la Belgique auprès des Nations Unies. Débat general (New York)
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de m'exprimer au nom de l'Union européenne. Les pays d'Europe Centrale et Orientale associés à l'Union européenne (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), les autres pays associés (Chypre, Malte, Turquie) se rallient à cette déclaration.
Les valeurs fondamentales de notre organisation, les Nations Unies, ont été lâchement frappées, ici même à New York. En l'espace de quelques secondes, nous sommes entrés dans l'horreur . « La Mondialisation à visage humain » telle que nous la défendons dans son acceptation première, celle d'une communauté de valeurs, celle de la tolérance et du respect de la vie, a subi une atteinte inacceptable. L'indignation est globale. La peine, le dégoût l'horreur ressenties depuis le 11 septembre, sont
désormais partagées par une communauté de pays démocratiques et je puis vous assurer, Monsieur le Président, que l'UE se sent entièrement solidaire. Ces actes effroyables constituent une attaque non seulement contre les Etats Unis, mais contre l'humanité toute entière et les valeurs et libertés qui nous sont communes à tous. Nous exprimons notre solidarité sans borne pour ce pays meurtri. Notre action contre le fléau du terrorisme et du fanatisme sera commune.
Monsieur le Président,
1. Nous ouvrons dans des conditions particulières, les travaux de la Deuxième Commission de l'Assemblée générale. Au nom de l'Union européenne, permettez-moi avant tout de vous féliciter pour votre élection comme Président de cette Grande Commission de l'Assemblée générale des Nations Unies. Vous avez déjà fait preuve d'une grande maîtrise des dossiers en tant que Vice-Président du Conseil Economique et Social . Nous saluons vos talents diplomatiques et vos qualités personnelles comme gage de
succès de cette 56ième session. Nos félicitations s'adressent également à l'ensemble des membres du bureau, auxquels nous présentons aussi tous nos voeux de réussite.
Monsieur le Président,
2. Toutes les organisations internationales, en particulier les Nations Unies, doivent participer au combat contre cette nouvelle forme de terrorisme. La Deuxième Commission, lieu du débat sur le développement « durable »,peut contribuer utilement aux défis qui ont été lancés ce 11 septembre dernier. Le sous développement chronique et la pauvreté sont en effet parfois un terrain propice pour l'éclosion de l'extrèmisme. Une pauvreté au quotidien, un système d'éducation déficient, un
environnement politique oppressant, peuvent être la source d'un engagement fanatique. En poursuivant nos travaux sur le développement durable, nous contribuerons de manière indirecte au redressement des valeurs de liberté et de tolérance qui sont l'âme d'une globalisation à visage humain.
Monsieur le Président,
3 Il y a exactement une année, les Chefs d'Etat se ralliaient à un même projet de long terme : humaniser cette globalisation à l'échéance 2015. A l'occasion du Sommet du millénaire, la communauté internationale réaffirmait sans équivoque son engagement aux missions universelles des Nations Unies et aux objectifs de développement en général. Dans son chapitre consacré au développement et à la pauvreté, les Etats Membres approuvaient un plan d'action et des objectifs précis. Cette Déclaration
doit servir de guide pour notre action au sein de la 2ème Commission cette année et dans les années à venir. Pour les mêmes raisons, j'articulerai mon intervention aujourd'hui en fonction des engagements pris lors du Millénaire.
(Extreme pauvreté §11, environnement favorable §12, Bonne Gouvernance §13)
4. Le message essentiel du Millénaire aura été la prise de conscience au plus haut niveau du caractère intolérable de la pauvreté extrême. Nous serons amenés à traduire cette préoccupation fondamentale tout au long de nos travaux cette année. Nous formulerons une résolution précisément sur ce thème de l'éradication de la pauvreté. Le phénomène de la pauvreté ne se définit pas uniquement par l'absence de revenus et de ressources financières, mais inclut les notions de vulnérabilité et
dimpuissance. Les pauvres payent un lourd tribu à la mauvaise Gouvernance, à la corruption, à la dilapidation des ressources. Les populations sont vulnérables aux catastrophes naturelles, à l'insuffisance d'accès à l'éducation de base, à la santé, au déficit d'emploi…. Les stratégies de réduction de la pauvreté doivent donc intégrer l'ensemble de ces dimensions et viser prioritairement la consolidation des processus démocratiques, la paix et la prévention des conflits et le renforcement des
structures institutionnelles de bonne gouvernance, notamment des infrastructures économiques, financières, juridiques et d'administration publique. Les préoccupations à caractère horizontal telles que le respect des droits de l'homme ou l'égalité entre les hommes et les femmes contribuent puissamment à l'émergence d'un environnement stabilisé, propice à la promotion du développement humain. L'UE traduira cette vision « transversale » et intégrée de la lutte contre la pauvreté lorsque nous
serons amenés à réfléchir sur la Mondialisation et les interdépendances. Pour l'UE, la Bonne Gouvernance est avant tout nationale. Ceci n'exclut bien entendu pas un débat ouvert sur ses implications internationales.
(Bonne Gouvernance au niveau international dans le domaine financier, monétaire, et commercial (MD §13) )
5. L'Union Européenne réaffirme ainsi dans la Déclaration du Millénaire son engagement à oeuvrer pour un système commercial multilatéral ouvert, équitable, reposant sur l'Etat de droit, prévisible et non discriminatoire. Cette préoccupation sera traduite tant au sein du processus préparatoire de la Conférence sur le financement du Développement, qu'à travers les résolutions spécifiques relatives au Commerce et à l'architecture financière. Dans ce contexte de Gouvernance internationale, l'UE
souligne l'importance qu'elle attache à la nécessaire cohérence du système, en particulier entre les Nations Unies et les Institutions de Bretton Woods, aussi bien qu'avec les organisations régionales et les Commissions régionales de l'ONU. L'UE espère par ailleurs que la Quatrième réunion Ministérielle de l'OMC au Qatar sera l'occasion de lancer un nouveau cycle de négociations multilatérales dans lequel la dimension du développement sera pleinement prise en compte.
(Mobilisation des resources et Financement du développement MD §14)
6. L'UE est consciente de l'impérieuse nécessité de financer les engagements pris à l'occasion du Millénaire. Pour l'UE, ce financement sera en premier lieu d'origine interne, publique et privée. Mais nous reconnaissons pleinement le caractère irremplaçable de l'aide publique au développement (APD), en particulier pour les pays les moins avancés. L'Union européenne, dont le produit intérieur brut représente un peu moins de 30% du PIB mondial, fournit plus de la moitié de l'aide publique au
développement mondiale, et assume la moitié du financement des activités opérationnelles de développement des Nations Unies. Nous souhaitons répéter que les efforts devront être intensifiés pour atteindre l'objectif d'APD de 0,7 % du PNB pour tous les pays donateurs, et nous reconnaissons que cela implique un renversement de la tendance à la baisse de l'APD globale. Nous exhortons les partenaires qui sont à même de participer à un effort mondial de solidarité de s'inscrire dans la même
logique.
7. Dans ce contexte de mobilisation des ressources, je puis vous assurer, Monsieur le Président, que l'UE oeuvrera de toute ses forces à la réussite des travaux préparatoires à la Conférence consacrée au financement du développement. Le Comité préparatoire se réunira à partir du 15 octobre, interrompant ainsi nos travaux pour une semaine. Cette interruption ne sera que formelle pour l'UE. Les thèmes discutés au Comité Préparatoire se retrouvent également à l'ordre du jour de la Deuxième
Commission. Pour l'UE, il est évident que nous devrons assurer la meilleure cohérence entre ces deux processus, ceci afin d'éviter les possibles doublons, ou contradictions. De notre point de vue, la Conférence de Monterrey devra permettre une meilleure mobilisation des ressources nationales et internationales et une plus grande cohérence des politiques pour atteindre les objectifs du développement durable. Elle devra aussi assurer une coopération plus efficace entre tous les acteurs du
développement sous la forme d'un véritable partenariat entre les gouvernements, les Nations Unies, les institutions de Bretton Woods, d'autres organisations internationales, le secteur privé et la société civile dans son ensemble.
Dans ce contexte, il faudra également lancer le débat sur les Biens Publics Globaux. L'UE est prête à en examiner l'importance et le rôle à l'occasion de cette Conférence.
(PMA (MD15), accès au marché, Dette PPTE et pays à bas et moyen revenus (MD16):
8. L'UE réaffirme, comme dans la Déclaration du Millénaire, que la priorité première doit être accordée aux problèmes spécifiques de l'Afrique, et des pays les moins avancés. L'UE est le premier partenaire commercial des PMA, elle s'est engagée, comme vous le savez, à ouvrir Totalement son marché à tous les produits de ces pays, sauf les armes. Elle est le premier donateur d'APD pour ces pays, avec une aide annuelle de près de 7 MIA d'Euro. L'UE s'efforcera d'augmenter l'efficacité de l'aide,
notamment via son déliement en faveur des PMA.
9. Dans ce contexte, Nous serons amenés à débattre du suivi de la Conférence PMA tenue à Bruxelles à l'invitation de l'UE. Nous réaffirmons l'importance que nous attachons à la mise en oeuvre du Programme d'action au niveau national, et régional. Nous comptons sur la participation effective de l'ensemble des organisations du système des NU à la mise en oeuvre des engagements pris en mai dernier. Il est essentiel, pour l'UE, de préserver la continuité du débat engagé à Bruxelles sur les
modalités de suivi de la Conférence. Nous restons en faveur d'un suivi qui permette de rehausser la visibilité politique de la cause des PMA. L'UE est prête à endosser la demande des PMA pour la désignation d'un haut représentant du Secrétaire Général. Par ailleurs, le suivi de la Conférence PMA devra être inscrit à l'ordre du jour du Conseil Economique et Social de manière régulière.
Monsieur le Président,
10 Les Chefs d'Etat ont réaffirmé au Millénaire que l' initiative PPTE/HIPC renforcée reste un élément essentiel de lutte contre la pauvreté. Cette année, la mise en oeuvre accélérée de cette initiative a permis à 23 pays bénéficiaires d'engager ces nouvelles ressources libérées au financement de secteurs sociaux tels que l'éducation et la santé. L'Union européenne appelle une nouvelle fois les pays éligibles à prendre les mesures politiques et économiques nécessaires pour entrer pleinement
dans ce processus. Elle appelle aussi les pays créanciers à partager de manière équitable le fardeau de son financement. Cette mobilisation de ressources additionnelles ne devra pas se faire au détriment des autres canaux de l'aide au développement.
( Les objectifs quantifiés du Millénaire (§19):
11. La Deuxième Commission, Monsieur le Président, devrait contribuer à la réalisation à terme des objectifs quantifiés mis en évidence au Sommet du Millénaire. Outre la réduction de la pauvreté, la communauté internationale à pris des engagements précis pour assurer dès 2015 un accès égal à l'enseignement primaire, garçons et filles, nous sommes également résolus à réduire les décès liés à la maternité de ¾, diminuer la mortalité infantile de 2/3, renverser la tendance aux infections HIV/AIDS,
la malaria et autres maladies, et améliorer pour 2020 les conditions de 100 millions de pauvres des villes. Nous considérons la problématique de l'égalité des sexes comme une dimension essentielle du développement durable. Une série de résolutions relatives à ces questions seront prises dans notre enceinte.
L'UE souhaite exprimer ici sa détermination à maintenir le momentum politique autour de la cause des enfants, dans le cadre des négociations du document final de la Session Extraordinaire consacrée au Sommet des enfants. Cette Session a été reportée, pour les raisons que l'on connaît. L'UE maintiendra ses priorités sur les questions fondamentales posées dans ce document à savoir l'approche conforme aux Droits de l'enfant, et le maintien de l'acquis des Conférences en matière de santé
reproductive.
(Make the UN a more effective instrument for pursuing all of these priorities) (MD 29)
Monsieur le Président
Les activités opérationnelles des Nations Unies ont un rôle important à jouer dans la réalisation des objectifs de développement. Nous travaillerons au réexamen triennal des activités opérationnelles , ensemble avec les Gouvernements récipiendaires et les autres partenaires de développement. Les échanges de vue lors du dernier segment opérationnel de l''ECOSOC ont mis en évidence un large consensus sur les concepts clés de ces activités. Nous sommes confiants que ce consensus nous permettra de
franchir lors de ce réexamen une nouvelle étape vers un système opérationnel des NU plus efficace et plus performant dans sa contribution à la réalisation des dits objectifs, e.a. par une plus grande synergie des Fonds et Programmes. Ces derniers, ainsi que les Organisations spécialisées des Nations - Unies et les institutions financières internationales devront jouer un rôle primordial. Leur coopération déjà étroite, dans le cadre des CCA, UNDAF et PRSP, doit être intensifiée et leurs
procédures harmonisées lorsqu'il y a lieu de le faire. L' UE salue le lancement de la Nouvelle Initiative Africaine (NIA), qui est basée, tout comme les PRSP's, sur les principes d'appropriation (ownership) des pays - programmes concernés, et de cohérence entre bailleurs de fonds et organisations internationales.
(Ecosoc § MD 30)
Monsieur le Président,
12. La Deuxième Commission sera amenée à examiner le rapport du Conseil Economique et Social. L'UE souhaite à cette occasion mettre en évidence les conclusions de la Session d'été du Conseil, pour autant qu'elles aient un lien cohérent avec les débats qui seront engagés au niveau de la Deuxième Commission. En particulier, l'UE souhaite réaffirmer ici l'importance qu 'elle attache au processus de suivi des Conférences. Le Conseil économique et social a la responsabilité d'évaluer et de
coordonner régulièrement l'application et le suivi des programmes d'action des grandes Conférences des Nations Unies. La résolution adoptée cette année dans ce contexte, est une première étape vers une consolidation plus poussée de la réflexion sur le suivi des Conférences, et du Millénaire. L'Union européenne souhaite répéter sa conviction, déjà exprimée en détail au Conseil cette année, que les grandes Conférences ne doivent plus donner lieu à des exercices de suivi mécaniques ou rituels. Les
résultats négociés devront de préférence être plus concis et opérationnels. L'UE se félicite de la décision du Conseil d'entreprendre une réflexion sérieuse sur ses méthodes de travail lors du segment de coordination en été 2002. Cette réforme répond au voeu exprimé par les Etats Membres au Millénaire : renforcer le Conseil afin qu'il soit en mesure de remplir son mandat de coordination du système dans le domaine économique et social.
(Sommet Mondial du Développement Durable MD Chap IV )
Monsieur le Président,
13. La Déclaration du Millénaire rappelle également que nous devons changer les modes de consommation et de production non durables qui prévalent, dans l'intérêt de notre bien-être futur et de celui de nos descendants. Elle souscrit à une série d'engagements en ce qui concerne notamment la mise en oeuvre des Conventions sur la biodiversité et contre la désertification, la gestion, la conservation et la mise en valeur durable des forêts, l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, la cessation de
l'exploitation non durable des ressources hydriques et l'intensification de la coopération en vue de réduire le nombre et les effets des catastrophes naturelles et provoquées par l'homme.
14. L'Union européenne attache un intérêt prioritaire au succès du Sommet de Johannesbourg sur le développement durable, au renforcement de la gouvernance environnementale mondiale, à l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto et à l'action du Forum des Nations Unies sur les Forêts.
Le Sommet de Johannesbourg en particulier devrait prendre des engagements concrets. Il pourrait réaffirmer les objectifs internationaux de développement et les objectifs fixés par la Déclaration du Millénaire et prendre des mesures pour en assurer une mise en oeuvre cohérente et intégrée. Il est important que le Sommet traite des dimensions économique, sociale et environnementale du développement durable d'une manière équilibrée et mutuellement bénéfique. Le Sommet pourrait se fixer comme
objectifs principaux l'éradication de la pauvreté et la promotion de modes de production et de consommation durables. Le souci d'égalité entre les sexes devrait être pris en compte dans l'ensemble des préparatifs. Des initiatives spécifiques pourraient aussi être prises dans des domaines tels que l'eau douce, l'énergie, la dégradation des sols et la biodiversité
Concernant les principaux thèmes possibles pour le Sommet, l'Union a identifié les éléments suivants, qui pourront servir d'apport préliminaire en vue du dialogue à venir avec nos partenaires :
1) protéger les ressources naturelles qui sont à la base du développement économique et social
2) intégrer l'environnement et l'éradication de la pauvreté
3) mettre la mondialisation au service du développement durable
4) améliorer la gouvernance et la participation.
En matière d'environnement, l'Assemblée générale a un rôle d'encouragement et d'incitation à la coordination et à la cohérence, mais ne devrait pas préjuger des divers processus en cours. Il sera néanmoins essentiel que l'Assemblée générale soit maintenue en permanence informée des processus préparatoires régionaux du Sommet de Johannesbourg ainsi que du processus lancé par le Forum ministériel mondial sur la gouvernance environnementale.
(partenariats avec la société civile MD 30)
Monsieur le Président,
15. Le Secrétaire général des Nations Unies se profile depuis quelques années comme l'apôtre des partenariats avec la société civile, en particulier le secteur privé.. L'Union européenne est également persuadée que l'appui du monde des affaires peut servir utilement le développement et les valeurs défendues par les NU. Il peut également être une source d'efficacité et de progrès sur la voie d'un partage plus équitable des fruits de la mondialisation. La résolution sur les partenariats mondiaux
qui sera abordée en plénière aura un impact direct sur nos travaux.
16. Avant de conclure, je souhaite ici réitérer notre attachement à une organisation des travaux transparente, efficace et respectueuse des règles de procédure. Nous sommes conscients du caractère tout à fait particulier des travaux de cette année. Il sera nécessaire de faire preuve d'une certaine souplesse, mais l'UE insistera pour que les procédure liées au dépôt de projets de résolution soient respectées, notamment en ce qui concerne les dates-limites.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
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