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Discours du Ministre des Affaires Etrangères [1/3]

Sommaire: 12 septembre 2000: Discours de S.E. M. Hubert Vedrine, Ministre des Affaires Etrangeres de la Republique francaise, President du Conseil de l'Union europeenne.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Délégués,

J'ai l'honneur de m'exprimer cette année au nom de l'Union européenne, que la France préside jusqu'à la fin décembre.

J'ai à ce titre, Monsieur le Président, un plaisir tout particulier à vous féliciter pour votre élection. Elle témoigne de l'estime que la communauté internationale porte à votre pays et à votre personne.

Je souhaiterais remercier aussi votre prédécesseur, M. Theo-Ben Gurirab, pour le talent avec lequel il a conduit les travaux de la 54ème session de l'Assemblée générale, M. Sam Nujoma et Mme Tarja Halonen pour leur action, à vos côtés, comme coprésidents du Sommet du Millénaire. Je voudrais associer à cet hommage le Secrétaire général de l'Organisation, M. Kofi Annan. Son action internationale, son indépendance et sa vision contribuent, de façon déterminante, à affirmer le rôle central que l'ONU joue, et doit continuer à jouer. L'Union européenne souhaite l'assurer du soutien qu'elle apporte, aussi bien à son action personnelle qu'à l'Organisation et à ses agents.

(Sommet du millénaire)

Le Sommet du millénaire, réunion sans précédent de 155 chefs d'État et de gouvernement, a permis d'aborder les grands défis auxquels est confrontée la communauté mondiale, et de débattre du rôle des Nations Unies au XXIe siècle qui commencera le 1er janvier 2001.

L'Union note avec une grande satisfaction que le sommet a débouché sur un document politique qui détermine le cap à suivre par l'Organisation pour les années qui viennent. Ces orientations s'inspirent des idées esquissées dans le rapport du Secrétaire général. Il appartient désormais à l'Assemblée générale de les mettre en oeuvre. L'Union y contribuera activement.

(L'Union européenne, l'ONU et le maintien de la paix)

Monsieur le Président,

La préservation de la paix, le renforcement de la sécurité internationale et la défense des droits de l'homme sont au coeur des principes qui fondent la politique étrangère de l'Union européenne. Aux portes-mêmes de l'Europe, des crises récentes nous ont convaincus que nous ne pouvions rester inactifs quand ces principes fondamentaux sont violés. A cet égard, l'Union européenne approuve la priorité donnée au maintien de la paix lors des rencontres de la semaine écoulée. Sur ce sujet, le rapport de M. Brahimi constitue une analyse approfondie. Il fait des recommandations utiles en matière de mandats des opérations de paix, de planification opérationnelle à New York et de déploiement. Il offre une occasion unique de renforcer la capacité des Nations Unies pour les opérations de paix. L'Union européenne participera activement à l'examen de ces recommandations.

L'Union européenne a décidé de se doter des moyens d'être un acteur politique majeur et de jouer pleinement son rôle sur la scène internationale. A cette fin, en un laps de temps très court, elle a pris des mesures décisives. De nouveaux organes, politiques et militaires, de décision et d'action, ont été mis en place : un comité politique et de sécurité, un comité militaire, un état- major, un centre de situation, un comité pour les aspects civils. Ces organes permettront à l'Union européenne d'intervenir de manière rapide et crédible dans la gestion des crises internationales. L'Union européenne a parallèlement annoncé sa détermination à disposer d'ici 2003 d'une force de 60 000 hommes, pour des missions internationales couvrant l'ensemble des opérations de prévention des conflits et de gestion des crises, avec l'appui aérien et naval nécessaire. Cette force pourra être déployée sur un théâtre de crise dans un délai de 60 jours et pour une période d'au moins un an. Cette détermination trouvera une première traduction concrète dès cet automne avec la réunion d'une conférence d'engagement de capacités, où chacun des Etats membres annoncera sa contribution à l'entreprise commune. L'Union s'est en outre fixé des objectifs à la fois ambitieux et réalistes pour le développement de capacités collectives. A ces moyens militaires, elle joindra également des moyens d'intervention civils, notamment un contingent de policiers dont la contribution à une opération de maintien de la paix est très précieuse. A cet égard, les Etats membres se sont fixé pour objectif, à l'échéance 2003, la capacité de fournir jusqu'à 5000 policiers, 1000 pouvant être déployés dans un délai de 30 jours.

L'Union européenne, qui agissait déjà à travers des programmes économiques et humanitaires considérables, disposera ainsi de toute la gamme des moyens pour la gestion d'une crise. Cette action s'inscrit naturellement dans le plein respect des principes de la Charte des Nations unies. Il est plus que jamais indispensable d'établir des liens de travail avec l'ONU. Afin de lancer cette coopération, la troïka de l'Union européenne va s'entretenir pour la première fois sur ce thème avec le Secrétaire général des Nations unies. Au nom de l'Union européenne, j'invite M. Kofi Annan à se rendre à Bruxelles pour une séance de travail avec les instances de l'Union.

(Questions régionales)
( Proche-Orient)


Monsieur le Président,

L'Union Européenne salue les efforts considérables et la détermination dont ont fait preuve, au cours des dernières négociations, le Président de l'Autorité palestinienne et le Premier Ministre israélien en vue de parvenir à un accord définitif entre les peuples israélien et palestinien. Elle se réjouit en particulier de l'énergie nouvelle avec laquelle ont été abordées cette fois les questions les plus délicates.

Elle rend hommage à l'action inlassable du Président Clinton et de la Secrétaire d'Etat, en vue de faciliter ces négociations. Les circonstances favorables en vue d'une conciliation des positions continuent d'exister. Nous appelons instamment les parties à saisir cette occasion historique, à faire preuve de courage dans les choix décisifs, à prendre pleinement en compte les réalités humaines et les droits reconnus aux uns et aux autres et à parvenir ainsi à la conclusion d'un accord définitif.

L'Union européenne se réjouit du retrait d'Israël de la zone qu'il occupait au Sud-Liban. Elle salue le redéploiement de la FINUL ainsi que l'envoi, par le gouvernement libanais, d'une force mixte de sécurité dans cette zone. Elle appelle toutes les parties à assumer leurs responsabilités, afin de prévenir les tensions. Pour autant, l'Union européenne considère que seul un règlement global, portant sur l'ensemble des volets du processus de paix, y compris le volet israélo-syrien, est de nature à garantir durablement la stabilité de la région. Elle entend continuer à appuyer les efforts des parties en ce sens, et contribuer à la mise en oeuvre des accords qui viendraient à être conclus.

( Europe)

La situation dans les Balkans occidentaux reste, pour l'ensemble de la communauté internationale, un sujet de très grande préoccupation. Les dix années de conflits qui ont ravagé cette région ont engendré des situations humainement dramatiques, politiquement instables, et donc dangereuses. Mais, au-delà des énormes difficultés ainsi accumulées et du retard du développement économique et social de beaucoup de ces pays, tous les peuples et presque tous les responsables de cette région ont pris conscience que celle-ci a un avenir et que cet avenir s'appelle l'Europe. Et c'est aujourd'hui une conviction partagée par tous les Européens que ces pays n'ont pas d'autre destin que de venir un jour rejoindre l'Union européenne.

C'est pourquoi, le Conseil européen a réaffirmé que l'objectif reste l'arrimage des pays de la région à l'Europe. Ce qui signifie la plus grande intégration possible dans le courant dominant politique, économique et social de l'Europe, à travers le processus de stabilisation et d'association, le dialogue politique, la libéralisation des échanges, le rapprochement de leurs législations avec celle de l'Union européenne et la coopération dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.

L'aide que les Européens ont apportée depuis dix ans aux pays de la région - près de 8 milliards d'Euros - est considérable. L'Union européenne continuera à soutenir ce processus de stabilisation et d'association en apportant aux pays des Balkans occidentaux une assistance technique, économique et financière massive et en leur accordant rapidement des avantages commerciaux asymétriques dans les domaines industriel et agricole, étape qui préparera l'établissement d'une zone de libre-échange avec l'Union européenne. Simultanément, dans le contexte d'échéances électorales qui concernent presque toute la région, elle continuera à encourager ces pays à développer leur coopération régionale et à poursuivre résolument leurs efforts dans la voie des réformes politiques, économiques et sociales pour consolider chez eux la démocratie et les droits de l'homme, construire un Etat de droit et jeter les bases d'un développement durable. Dans ce contexte, l'Union européenne a réaffirmé sa détermination de continuer à jouer le rôle moteur dans le pacte de stabilité, qui représente une vision nouvelle de coopération entre les pays de la région et la communauté internationale.

Le sommet que, sur proposition de la France, l'Union européenne et les pays des Balkans occidentaux ont décidé de tenir à l'automne prochain en Croatie, marquera notre commune détermination à surmonter les division du passé.

La RFY ne pourra évidemment pas participer à ce rendez-vous. La nature de son régime actuel ne le permet pas. Mais les Serbes savent qu'ils ont leur place dans la famille européenne et que l'Union attend le jour où il sera possible à la RFY de participer pleinement au processus de stabilisation et d'association et de retrouver sa place en Europe. Les élections du 24 septembre pourraient être à cet égard décisives.

Au Kossovo, l'action de la communauté internationale, fondée sur la résolution 1244 du Conseil de sécurité, a donné des résultats qu'il est juste de saluer. Il faut remercier tous ceux qui, en dépit d'extrêmes difficultés, ont permis ces progrès, en particulier le représentant spécial du Secrétaire général, les personnels des Nations Unies et les soldats de la KFOR, les nombreuses organisations internationales présentes sur le terrain et les ONG. La tenue, d'ici quelques semaines, des premières élections démocratiques au Kossovo pour désigner les autorités municipales, marquera une étape importante de la mise en oeuvre de la résolution 1244. Je redis avec force que la communauté internationale ne permettra pas que des actes de violence inacceptables, quelles qu'en soient les motivations, fassent échouer le processus électoral démocratique en cours. Nous ne laisserons pas des extrémistes de tous bords saboter le travail accompli depuis plus d'un an sous l'égide des Nations Unies.

( Chypre)

L'Union européenne considère que le statu quo à Chypre est inacceptable et soutient les efforts déployés par le Secrétaire Général en vue de parvenir à un règlement négocié, global, juste et durable, qui soit conforme aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité. Elle réaffirme son engagement en faveur de la stabilité et de la prospérité dans la région méditerranéenne. Au moment où s'ouvrent ici même des pourparlers sous les auspices du Secrétaire général, elle appelle les parties concernées à engager des discussions substantielles.

  • Ref: PRES00-230EN
  • Source UE: Présidence UE
  • UN forum: Assemblée Générale (y compris Sessions spéciales)
  • Date: 12/9/2000


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