
Sommaire: Le 6 novembre 2002 : RÉSUMÉ DE L'INTERVENTION DE M. JAVIER SOLANA, HAUT REPRÉSENTANT DE L'UNION EUROPÉENNE POUR LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE ET SÉCURITÉ COMMUNE, DEVANT LE PARLEMENT EUROPÉEN (Brussels)
Permettez-moi de commencer par une anecdote. Lors de ma dernière visite dans la région, un responsable palestinien rencontré à Ramallah m'a expliqué que pour venir de Hébron, là où il lui fallait avant 45 minutes, il lui faut maintenant au moins 6 heures et changer 8 fois de véhicules. Je ne voudrais pas que ce soit la même chose avec les efforts pour ranimer un processus de paix. Mais nous devons être conscients des difficultés.
1. Depuis septembre dernier, nous avons activement poursuivi nos efforts dans 4 directions :
Nous avons travaillé à l'élaboration d'une feuille de route pour une paix définitive en 2005 sur la base de nos principes. Le principe a été agréé à la réunion Ministérielle du Quartet à New York le 17 septembre. Nous continuons à travailler, au sein du Quartet à son élaboration. Ce projet est conforme à la vue européenne constante selon laquelle le processus doit être clair et avoir un objectif clair. Nous aurions souhaité aller plus vite, et nous souhaitons aller au plus vite.
Nous avons continué d'encourager les Palestiniens à réformer leurs institutions et à reprendre en main la situation sécuritaire, malgré toutes les difficultés que nous connaissons. La Task Force sur les Réformes s'est réunie en septembre à Paris et se réunira une nouvelle fois la semaine prochaine. Les Palestiniens peuvent et doivent agir sans attendre. Il y a des choses qui n'ont pas besoin de feuille de route pour commencer. J'ai souligné le 7 octobre au Président Arafat que le
changement et les réformes étaient une urgence dans l'intérêt même des Palestiniens. Il doit donner une chance au nouveau Ministre de l'Intérieur palestinien de reprendre en main la situation sécuritaire, même s'il n'y aura pas de retour à une sécurité durable s'il n'y a pas rétablissement d'une coopération sécuritaire entre les deux parties. Le gouvernement palestinien doit gagner en crédibilité. Non pas tant vis-à-vis de nous ou même vis-à-vis d'Israël que vis-à-vis de sa
population. J'ai pu vérifier que c'est l'attente de la population. J'ai rencontré à Gaza et à Ramallah les chefs locaux du Fatah des territoires. Ils ont tous souligné qu'il ne renonçait pas à leur combat nationaliste, mais qu'ils voulaient que leur résistance à l'occupation soit d'abord un combat politique. Il nous faut les encourager dans cette voie.
Nous continuons aussi à demander à Israël de faire des gestes qui contribuent à améliorer la situation catastrophique humanitaire palestinienne qui est sans précédent. Israël peut et doit faire des gestes. Il faut dès maintenant mettre en oeuvre toutes les recommandations du rapport Bertini. L'Autorité Palestinienne a probablement le meilleur ministre des Finances possible, reconnu internationalement. Il peine à payer les fonctionnaires du fait du gel des taxes
palestiniennes par Israël. C'est absurde : nous sommes pour la bonne gestion de l'économie palestinienne et c'est dans l'intérêt d'Israël d'avoir une population qui ne sombre pas plus dans la pauvreté. Donnons dès aujourd'hui une chance à ce nouveau Ministre des Finances.
Bref, nous souhaitons poursuivre nos efforts dans toutes les directions pour une bonne et simple raison. Nous ne pouvons pas nous résigner à un statu-quo, qui d'ailleurs n'en est pas un, quand on voit chaque jour la liste des victimes innocentes du terrorisme et de la violence, israéliennes ou palestiniennes, s'allonger. Ce statu-quo n'en est pas un quand on voit que, malgré des déclarations officielles, les expropriations de terres palestiniennes se poursuivre en Cisjordanie, dans la
bande de Gaza ou à Jérusalem. Ce statu quo n'en est pas un quand on voit la dégradation dramatique des conditions humanitaires de vie des Palestiniens.
2. Mais nous sommes conscients des obstacles. Il nous faut lutter contre un climat d'attentisme régional et local.
J'entends trop de voix qui estime que le contexte régional, la tension qui règne sur le dossier irakien, empêche tout progrès à court-terme au Moyen-Orient.
Le dossier irakien est grave. Nous le traitons de manière responsable. Nous nous sommes faits l'avocat d'un recours aux instances des Nations-Unies : cette institution demeure la garante de l'ordre et du droit international. Pour le moment, ce choix est suivi.
Notre message est à la fois simple et ambitieux : Bagdad doit respecter les résolutions du conseil de sécurité, toutes les résolutions, rien que les résolutions. C'est un choix clair, auquel l'Irak ne peut se soustraire. Et en tant que Haut Représentant, en tant qu'ancien Secrétaire Général de l'OTAN, je fais mienne la récente déclaration de Colin Powell : "je ne crois jamais que la guerre est inévitable". Notre objectif est clair : le désarmement effectif de l'Irak. Nous ne parlons pas
de changement de régime comme d'un objectif dans le cas irakien
Mais je souhaiterais dire un mot sur cette notion de changement de régime. Je ne suis pas partisan de cette expression, mais je pense en effet que le Moyen-Orient doit changer. Il est confronté à des défis structurels qui n'ont pas été réglé depuis sa recomposition en États modernes indépendants au XXème siècle. Nous pouvons aider dans cette direction. Nous devons le faire. Il nous faut reconstruire avec le monde arabo-islamique une relation non faite de préjugés et de méfiance, mais
d'ouverture, de tolérance réciproque, dans le respect des droits universels dont l'Union Européenne se fait l'avocat dans le monde entier. Comment le faire? Nous avons plusieurs enceintes pour cela : un dialogue régulier avec l'Organisation de la Conférence Islamique, la Ligue Arabe, le processus euro-méditerranéen, le soutien à de projets de dialogue interculturel. C'est au-delà de la problématique irakienne, le véritable enjeu qui se pose devant nous.
Pour revenir au Moyen-Orient, je crois que la crise irakienne doit au contraire encourager les parties israélienne et palestinienne, et la communauté internationale, donc l'Union Européenne, non pas à attendre, mais au contraire à sortir encore plus vite du cycle actuel. C'est notre souhait sincère depuis des mois et des mois.
Nous devons combattre aussi l'attentisme de certains Israéliens et Palestiniens.
Trop de dirigeants israéliens mettent trop de préconditions à toute reprise d'une esquisse de dialogue politique et à tout allégement de l'occupation militaire actuelle.
Trop de Palestiniens mêlent leurs voix à celles de dirigeants arabes de la région en disant qu'ils n'attendent rien de positif tant que la scène politique israélienne n'aura pas profondément changé. Nous allons maintenant vers des élections israéliennes. Elles ne me surprennent pas. J'ai dit depuis des mois que nous verrions plus probablement les élections israéliennes avant les élections palestiniennes.
Je n'ai pas à commenter les récents événements de politique intérieure israélienne. Il est évident que la campagne électorale qui s'ouvre dans les partis politiques et dans le pays ne facilitera pas une percée diplomatique à court terme. Mais à terme, une nouvelle dynamique pourrait apparaître. Quel que soit le gouvernement israélien, le message de l'Union Européenne reste et restera le même. Nous nous faisons l'avocat d'une paix viable, juste et durable, avec deux États, Israël et
Palestine, et deux vainqueurs : les peuples israélien et palestinien. Nous continuerons de tenter de ranimer l'espoir.
Il faut donc avancer. Soit nous pouvons, au sein du Quartet, définir un processus et dans ce cas, il faudra avancer vite. Un élément essentiel du dispositif que le Quartet envisage est un mécanisme de vérification de mise en oeuvre des engagements par les parties. Soit nous nous retrouvons à nouveau face à un blocage, et alors, nous devrons en tirer les conséquences. Malgré toutes les difficultés, toutes les incertitudes, nous devons chercher à enclencher un cercle vertueux au lieu de continuer
dans ce cycle infernal.
| Haut |