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Le nouvel ordre mondial après le 11 septembre

Sommaire: 23 octobre 2001: Discours du Premier Ministre Verhofstadt à Varsovie: "Le nouvel ordre mondial après le 11 septembre"(Pologne)

Monsieur le Vice-recteur,
Monsieur le Recteur,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un réel plaisir que de pouvoir prendre aujourd'hui la parole en ces lieux, en tant que Président du Conseil européen, dans le cadre de la séance d'ouverture de l'année académique, et ce dans la capitale du plus grand des douze Etats avec lesquels l'Union européenne mène actuellement des négociations en vue de leur adhésion. L'opportunité m'est ainsi offerte de découvrir le projet d'enseignement mis sur pied ici par le Collège de l'Europe en 1992. Tout comme lors de la création du collège à Bruges en 1948, le Collège de l'Europe afficha alors sa foi inébranlable dans la cause européenne.

Je conçois dès lors comme un grand honneur le fait de pouvoir prononcer ce discours d'ouverture dans ce magnifique bâtiment au riche passé historique. D'autres grands noms m'ont précédé - certainement à Bruges - : François Mitterrand, Richard von Weizsäcker, le Roi Juan-Carlos, Mario Soares, Ruud Lubbers, Jacques Delors. Demandez à n'importe quel responsable politique britannique ce que le nom de Bruges évoque pour lui et il citera le fameux discours anti-européen que Margaret Thatcher prononça lors de la séance d'ouverture en 1988. Chacun de ces orateurs, inspirés par la présence d'une assemblée de jeunes auditeurs, présenta une vision élaborée de l'avenir de l'Europe. Je vais essayer de marcher dans leurs pas.

"Le nouvel ordre mondial après le 11 septembre". Tel est le titre que j'ai donné à mon discours. A peine six semaines se sont écoulées depuis les attaques terroristes portées contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington. Aborder dès lors ce thème constitue sans conteste une entreprise périlleuse. Ces attentats furent les premiers massacres de l'histoire que nous avons pu suivre directement et intégralement sur nos écrans de télévision. Des événements bouleversants, que l'on peut difficilement rationaliser et où un élément revient sans cesse: le contraste frappant entre le nombre réduit d'assaillants et l'impact énorme qu'eurent leurs actions.

Les attentats commis le 11 septembre relevaient de véritables attaques militaires. Six voire sept mille personnes - tous des civils - moururent en l'espace d'une heure et demi, à New York et à Washington, le cœur des Etats-Unis. Cela représente un nombre de victimes plus important que lors de l'attaque sur Pearl Harbour. Depuis la fin de la Guerre de Sécession en 1865, les Etats-Unis n'avaient plus connu un nombre aussi élevé de victimes tombées sur le sol américain. Vint ensuite une véritable onde de choc. L'économie américaine - qui connaissait déjà certain ralentissement - encaissa un coup supplémentaire et la croissance enregistra à l'échelle mondiale un ralentissement d'au moins quelques dixièmes de pour-cent. Le gouvernement le plus puissant du monde, la seule superpuissance restante, se vit forcé de revoir radicalement sa politique étrangère durant les jours et les semaines qui suivirent les attentats. Il devait engager une guerre dans une région inconnue et inaccessible. Une opération en faveur de laquelle aucun général ou aucun responsable politique américain n'aurait osé plaider avant le 11 septembre.

Avant cette date, nous pensions que seule une autre superpuissance - L'Union soviétique avant 1989, la Chine peut-être dans quelques générations - était capable de menacer les Etats-Unis. Rien n'est moins vrai. Quarante hommes suffisent, dont une douzaine habités de la ferme volonté de mourir. Des fanatiques - certainement - mais également des hommes qui réussirent simplement pendant un an à se fondre dans la communauté. Seraient-ils présents parmi nous aujourd'hui dans cette salle, sans doute ne se démarqueraient-ils pas du reste de l'assemblée. Quarante hommes et une éminence noire, Osama bin Laden, un extrémiste disposant d'une fortune considérable qui, d'après les services de renseignement américains, put soumettre avec cent millions de dollars le gouvernement d'un des pays les plus pauvres au monde: l'Afghanistan.

Combien de personnes de par le monde disposent de cent millions de dollars? Assurément quelques milliers. Viennent s'ajouter à cela des commerçants, des banques, des barons de la drogue, des sectes, tout ceux qui peuvent mobiliser de pareils montants. Nous devons continuer à espérer que le genre d'Osama bin Laden - avec sa richesse, son fanatisme et cette disposition à la violence irrationnelle - ne constituera qu'un cas exceptionnel. Mais nous n'en aurons jamais plus la certitude absolue.

Nous avançons en territoire inconnu. Examinez la stratégie appliquée dans le cadre de la guerre actuellement menée en Afghanistan. Les jours du régime des Taliban sont comptés. Aucun gouvernement au monde ne peut ignorer le message: celui qui emploie l'arme du terrorisme met son propre régime hors-la-loi. Mais pourrons-nous également capturer les terroristes? Ne serons-nous pas obligés de les pourchasser encore pendant de longues années? Devrons-nous vivre encore pendant plusieurs années dans un climat de vigilance accrue? Ou l'indignation s'estompera-t-elle après la chute des Talibans, et reprendrons-nous alors progressivement le cours de notre vie, dans l'espoir naïf que les événements du 11 septembre ne se reproduiront plus?

Quelle que soit l'issue du conflit, nous devons affronter les conséquences des attentats perpétrés à New York et à Washington. Les frontières étatiques perdent encore un peu plus de leur pertinence. Certes, les Etats demeurent responsables pour ce qui se passe sur leur territoire. Mais des Etats faibles ou en proie à la pauvreté peuvent facilement devenir la base de départ ou tomber aux mains d'extrémistes et d'organisations terroristes. Il en résulte que nous devons mettre sur pied un réseau policier et de renseignement qui, dans certains Etats, sera mieux informé de ce qui s'y trame que les autorités locales. Les événements survenus le 11 septembre ont fait de la police et de la sécurité une question de politique intérieure du monde entier.

Le même raisonnement s'applique également pour l'aspect militaire. Des Etats qui veulent conquérir ou déclarer la guerre au pays voisin sont devenus rares. Mais cela n'en diminue pas pour autant la violence. Après la dernière guerre classique, contre Saddam Hussein, le monde fut confronté à des conflits intra-nationaux excessivement complexes, en Somalie, au Rwanda, au Congo, en Sierra Leone et en Yougoslavie. A présent un ennemi a frappé avec une violence extrême, dans le centre de deux villes occidentales. Un ennemi qui ne connaît pas de frontières, qui ne crée pas de front et qui ne revendique même pas son action. Il s'agit ici de conflits qui requièrent de plus en plus l'engagement d'unités militaires de taille réduite, alliant flexibilité et grande mobilité. Les armées elles aussi deviendront des instruments de missions intérieures à l'échelle mondiale. Tout cela ressemble déplaisamment à une nouvelle Guerre froide mais alors une Guerre froide menée contre un ennemi rarement visible et souvent insaisissable.

Osama bin Laden n'est ni le porte-parole des pays pauvres, ni le porte-voix du monde arabe. Il n'est ni pauvre, ni opprimé. Il est ce qu'il est: un assassin. Mais les manifestations de soutien apportées ici et là doivent nous inciter à la réflexion. Nous partons trop facilement du principe que nos civilisations occidentales font partout office de modèle, que nos valeurs sont universelles et admises universellement. Mais il est clair que nous ne sommes pas autant appréciés que nous le pensons. Et nous devrons y travailler.

Le premier grand enseignement que nous pouvons tirer dans ce cadre est que personne ne peut se dérober à ce qui passe dans le monde. C'est assurément le cas pour les Etats-Unis qui, depuis peu, affichaient une tendance à vouloir obstinément suivre leur propre chemin et se refermer sur eux-mêmes. Ce fut pourtant George Bush senior qui, en 1991, deux années après la chute du Mur de Berlin et peu de temps après la victoire sur Saddam Hussein, lança un appel pour créer un nouvel ordre mondial. L'engagement américain en Somalie, dans le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, en Bosnie et au Kosovo a dépassé ce qu'exigeaient les seuls intérêts des Etats-Unis. Mais il faut le dire, l'aide extérieure demeura restreinte. C'était trop, même pour une superpuissance. Un nouvel ordre mondial uniquement établi ou protégé par les Etats-Unis s'est avéré une illusion. En Afghanistan et au Cachemire, à Gaza et en Cisjordanie, au Congo et maintenant aussi, à New York et à Washington.

Cependant, nous avons plus que jamais besoin d'un nouvel ordre mondial. Un ordre mondial dans le cadre duquel la position de leadership des Etats-Unis resterait bien évidemment un élément essentiel, ne serait-ce que parce que les Etats-Unis demeurent le seul Etat disposant d'une force militaire à l'échelle mondiale, dans l'attente d'un développement de la défense européenne. Mais l'apport des autres continents dans le cadre de la mise en place d'un tel ordre, et plus particulièrement l'apport de l'Europe, devra être plus grand. Leur responsabilité devra également être plus grande, leur engagement plus fort. Personne, et certainement pas l'Union européenne, n'a intérêt à ce que - comme ce fut le cas durant les dernières années - les pays les plus pauvres d'Afrique, d'Amérique latine et des Balkans se désintègrent pour devenir ensuite le repaire de criminels et de pirates modernes capables de frapper de la manière qu'ils choisissent, où et quand ils le veulent.

L'ancien monde organisé par la Guerre froide le long des lignes de front séparant l'Est et l'Ouest s'est effondré en 1989. Depuis lors se dessine de nouvelles lignes de front entre le Nord et le Sud; des lignes de front porteuses de nombreux conflits. Se pose dès lors la question centrale de savoir comment nous pouvons supprimer ces fractures. Comment créer un nouvel ordre mondial qui ne soit pas unidimensionnel ou qui ne repose pas uniquement sur une opposition bipolaire? Comment trouver une alternative à un système dans lequel les Etats-Unis décident seuls et agissent en en conséquence? Comment trouver une option plus forte et plus efficace que l'organisation basée sur les Nations Unies avec leurs 189 Etats formellement souverains? Nous avons besoin d'une nouvelle voie, une voie médiane.

Les flux commerciaux et migratoires, les conflits diplomatiques, les échanges culturels présentent principalement une dimension régionale et continentale. Pourquoi dès lors ne pas utiliser cette dimension comme point de départ? Pourquoi ne pas ordonner le monde sur la base des organisations de coopération régionaux existantes: l'Union européenne, l'ANASE en Asie, le Mercosur, l'AELE en Amerique du Nord, l'Union africaine, la Ligue arabe et l'ACRAS sud-asiatique. Dans ce cadre, nous devrions également incorporer des Etats comme la Chine, la Russie ou le Japon ainsi que toute l'Océanie. Nous avons besoin d'un premier pas sur la voie d'un fédéralisme mondial, sur la voie d'une structure où la réalité d'un monde sans cesse plus interactif est enfin traduite politiquement. En fait, une telle structure était déjà prévue lors de la création des Nations Unies en 1945. Suite à la guerre froide, elle n'a jamais été établit.

Le nouvel ordre mondial pourrait devenir un nouveau G8, G9 ou G10, avec des rencontres régulières de délégués mandatés par les régions continentales de ce monde. Je ne nie pas l'existence de risques. Dans le pire des cas, cela pourrait conduire à un choc entre les civilisations, comme le décrivit Samuel Huntington. Si nous institutionnalisons les relations entre le monde arabe et l'Occident, ne renforçons-nous pas ce qui les oppose? Je ne le pense pas. Dans les heures critiques de la Guerre froide, la découverte d'un interlocuteur s'avéra chaque fois un atout majeur pour prévenir l'escalade. Je suis convaincu que l'institutionnalisation de relations conduit à la canalisation des oppositions et par conséquent à un danger moindre pour la paix mondiale.

Un tel ordre mondial multipolaire ne constitue-t-il pas par ailleurs la réponse aux nombreuses questions que se posent les anti-mondialistes? En réalité, je n'aime guère le terme "anti-mondialiste". Il implique que la mondialisation découle d'un choix politique et qu'il existerait par conséquent une solution "anti-mondialiste" pour les problèmes du monde. Ce n'est pas le cas. La mondialisation est le produit du renouveau technologique, de la communication, du libre échange. Les anti-mondialistes critiquent à juste titre la pauvreté, les injustices et les dommages causés à l'environnement. Mais la question n'est pas de savoir comment on arrête la mondialisation. La question est de savoir comment on la corrige. Comment éviter que la mondialisation ne conduise à la pauvreté, à l'injustice et à des dommages environnementaux. Nous avons besoin d'une vision politique à l'échelle mondiale, un contrepoids politique capable de modeler les forces incontrôlées, qu'il s'agisse des forces du marché ou de la force des idées.

Le modèle qu'est l'Union européenne démontre que cela est possible. Je sais que l'utilisation du terme "modèle" semble présomptueux lorsqu'on suit les informations quotidiennes relatives à l'Union européenne. Nous lisons et entendons parler de règles bureaucratiques, de négociations qui se traînent, de milliers de détails, de réunions nocturnes, de rivalités entre le Parlement européen, les gouvernements nationaux et la Commission européenne et, toujours, du repli sur les intérêts nationaux lorsque les choses se gâtent réellement. L'Union européenne fait parfois penser à l'Empire des Habsbourg sur son déclin.

Mais considérons également les succès. L'Union européenne a créé la paix entre deux ennemis ancestraux qu'étaient l'Allemagne et la France. Elle a modernisé et stabilisé l'agriculture. Elle a libéralisé les marchés, supprimé les douanes aux frontières, créé une monnaie commune: l'euro. Elle s'attelle à la mise en place d'une armée commune et d'une politique commune en matière de justice. Elle aide les jeunes à étudier dans des universités étrangères. Bref, l'Europe détruite et ravagée en 1945 a trouvé dans l'Union européenne une nouvelle jeunesse, un nouvel avenir.

Vous pouvez bien évidemment ne vouloir qu'accentuer les différences avec les Etats-Unis. On trouve à Washington une administration claire, une constitution, un président, un congrès. Bruxelles en revanche tient encore souvent de la Cour de Byzance. Mais les Etats Unis ont été construits comme une pays neuf, sans le poids du passé et de l'histoire. L'Europe quant à elle a été construite sur les ruines de siècles de haine, de rivalités, de malentendus, de méfiance, de diversités linguistiques, culturelles et religieuses. Une institution appelée à devoir tenir compte de tous ces facteurs ne peut conduire qu'à une structure quelque peu complexe. C'est une donnée que nos impatients amis anglo-saxons ne comprennent parfois pas suffisamment.

L'ANASE, le Mercosur, l'Union africaine, tous déclarent s'inspirer de l'Europe. En effet, eux aussi veulent construire la paix et la coopération sur des siècles de guerre et d'inimitié. L'Union européenne devient ainsi un modèle pour tous les accords de coopération régionaux dans le monde; une source d'inspiration pour les structures d'un nouvel monde encore à créer.

Mais la paralysie peut frapper des structures. Et si nous élevons l'Europe au rang de modèle, nous devons aussi nous demander si l'Union européenne n'est pas en train de s'enliser. Les discussions institutionnelles quasiment ininterrompues menées ces dix dernières années - Maastricht, Amsterdam, Nice - suscitent parfois le sentiment que l'Europe perd son sens de l'essentiel, et surtout sa capacité à aller à l'essentiel. L'imminente "Déclaration de Laeken" consacrée à l'avenir de l'Europe a pour ambition de mettre à nouveau cet objectif clairement en avant.

Ne perdons pas de vue que le projet central de l'Union européenne est actuellement un projet d'une dimension sans précédent. Une organisation regroupant quinze Etats membres envisage durant la prochaine décennie d'accueillir en son sein treize nouveaux membres. La signification de cette décision est lourdement sous-estimée, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Union européenne. C'est un risque majeur. L'arrivée d'autant de nouveaux Etats membres peut orienter l'Union européenne dans une toute autre direction. Certains estiment que l'ampleur de l'opération pourrait même entraîner la paralysie de l'Union. Mais nous devons prendre le risque. L'effondrement de l'Albanie post-communiste en 1997, l'immigration de dizaines de milliers de Roms quittant la Slovaquie de Vladimir Meciar ou la politique de guerre de la nomenklatura serbe nous ont appris les risques que représentaient une Europe centrale et orientale instable, appauvrie et laissée à son sort.

Les intérêts propres constituent une impulsion majeure. Mais l'élargissement de l'Union européenne est également, et de loin, le projet politique le plus grandiose et le plus ambitieux de notre génération. Quelle ambition politique peut être plus forte que la volonté d'accueillir dans une même maison et de faire cohabiter dans dix ans les Roumains défavorisés avec les Allemands, les Danois ou les Néerlandais? Le revenu moyen de ces derniers est six à sept fois plus élevé que celui des Roumains. Et le revenu moyen des Roumains est à peu près aussi élevé que celui d'un habitant des Philippines, d'Indonésie ou du Paraguay et légèrement supérieur à celui d'un Egyptien ou d'un Bolivien. Ainsi, cet élargissement de l'Union européenne devient un projet ambitieux visant - à tout le moins à l'échelle de ce continent - à combler le fossé séparant un Nord vivant dans la richesse et un Sud en proie à la pauvreté.

Nous avons déjà acquis une certaine expérience en la matière, certes à une échelle plus réduite. A peine libérés de dictatures demeurées trop longtemps en place, l'Espagne, la Grèce et le Portugal accusaient dans les années septante un retard sur le plan économique. Le fossé avec l'Europe occidentale était à ce point important que des dizaines de milliers de personnes quittèrent ces pays à la recherche d'un emploi en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne ou dans les pays du Benelux. Lorsque les populations chassèrent les dictateurs, l'Union européenne s'empressa d'accueillir ces pays en son sein. A cette époque, le monde démocratique s'arrêtait devant les barbelés du Rideau de fer et aux pieds des Pyrénées. Vingt-cinq ans plus tard, l'Espagne, la Grèce et le Portugal ont comblé une grande partie de leur retard sur le plan économique. De pays d'émigration, ils sont devenus pays d'immigration.

Nous pouvons répéter cette réussite. En Roumanie, en Hongrie, en République tchèque, en Pologne, dans tous les Etats candidats à l'adhésion. Quand bien même le retard accumulé par la Roumanie est plus important que celui qu'accusait jadis l'Espagne. Les pessimistes prétendent que nous voyons trop grand. Peut-être. Mais on peut tout autant prévoir que l'ouverture des frontières, l'élargissement de la zone européenne de libre échange, l'intensification accélérée de la coopération et la stabilisation des gouvernements en Europe centrale et orientale pourraient avoir un effet économique positif inattendu. N'est-ce pas cela que l'Union européenne a chaque fois démontré? L'organisation du libre échange et de la coopération libère des forces économiques qui dépassent toutes les attentes.

Nulle part la coopération entre Etats nationaux n'est aussi importante qu'en Europe. Nulle part ailleurs ne sont déployés autant d'efforts pour combler le fossé entre les régions riches et les régions pauvres. Ne vaudrait-il dès lors pas mieux déclarer d'emblée que si nous avons besoin d'un nouvel ordre mondial, l'Union européenne peut faire office de modèle?

Mesdames et Messieurs,

C'est dans ce projet que votre pays, la Pologne, s'est engagée. Je sais que vous éprouvez des difficultés dans le cadre de vos négociations d'adhésion. Mais considérez également la dimension plus large. Parmi les treize Etats candidats à l'adhésion, votre pays est un des mieux placés pour entrer dans la maison européenne évoquée plus haut et y cohabiter avec les Allemands, les Danois et les Hollandais. Les Polonais réussirent par le passé à faire renaître 120 ans plus tard leur pays de sous la botte allemande et russe. Durant la Guerre froide, les Polonais firent comprendre plus obstinément que n'importe qui qu'ils ne cadraient pas dans le schéma Est - Ouest. Je ne vois pas comment un peuple ayant hérité d'un tel passé ne trouverait pas sa place au sein de l'Union européenne. Je m'attends au contraire à rencontrer un partenaire alliant confiance en soi et volontarisme, disposé dans une très large mesure à coopérer mais également à faire respecter et reconnaître sa spécificité.

Monsieur le Recteur,
Monsieur le Vice-recteur,

Il me semble inutile de vouloir apprendre aux personnes du Collège de l'Europe ce qu'est l'ambition européenne. Longtemps avant que la Pologne ne devienne un membre formel de l'Union européenne, vous avez déjà ouvert ici un campus visant à former des gens pour l'Europe. L'Union européenne n'existerait pas s'il n'y avait pas de personnes habitées de la foi en l'Europe. J'ai aujourd'hui voulu démontrer que l'Union européenne est le projet politique le plus généreux sur ce continent, un projet qui peut faire office de modèle pour un nouvel ordre mondial dans lequel on commencerait réellement à combler le fossé entre riches et pauvres. En ce début du 21ème siècle, je peux difficilement m'imaginer plus grande ambition politique. Vous qui vous préparez à une carrière européenne, j'espère que nous la réaliserons un jour ensemble.

  • Ref: CL01-067EN
  • Source UE: Conseil
  • UN forum: 
  • Date: 17/10/2001


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