
Sumario: 24 September 2008, New York - Introduction par Louis Michel, Commissaire européen en charge du Développement et de l'Aide humanitaire, at the European Commission Side Event at the United Nations on "The Food Prices Crisis: An Opportunity for Agriculture and World Food Security?"
Face à la crise alimentaire et aux risques de déstabilisation politique, économique et sociale que la crise alimentaire véhicule, la Communauté internationale s'est mobilisée pour réagir.
Lors de la Conférence FAO de juin dernier, 11 milliards de dollars ont été promis par les différents donateurs.
Or un premier problème se pose déjà, qui est de mon point de vue - et je sais que cela va choquer mais je le dis quand même - un problème d'éthique politique. Comme le dit Diouf est-ce que ces politiques pourront encore tenues quand on sait que sur 1,17 milliards promis, Diouf n'a reçu jusqu'à présent qu'un petit 200 millions de dollars !
Nouvelles sources financières :
1. Cela vaut aussi pour l'Europe : Si l'argent n'est pas additionnel, cela ne sera qu'une requalification de l'aide publique au développement. Cela ne sert évidemment pas.
2. Le Conseil européen avait accueilli favorablement dans ses conclusions du la proposition de la Commission de mettre en place une facilité européenne d'un montant d'un milliard d'euros. Cet argent était destiné aux agriculteurs européens au cas où ils auraient eu à pâtir d'une diminution des prix. C'est le contraire qui s'est produit d'où la disponibilité de cet argent
3. Un effet, si j'ose dire positif qu'aura généré cette crise des prix alimentaires, c'est de refocaliser massivement sur le caractère fondamental du secteur agricole dans la politique de développement.
Les années 90 qui avaient véhiculé le mythe illusoire d'une industrialisation rapide et massive pour faire réussir le développement, avaient conduit, d'une certaine manière, à un désintérêt pour l'agriculture. On vient d'en redécouvrir les vertus (9ème FED : 4 pays ; 10ème FED : 25 pays)
4. Il me paraît donc que la Communauté internationale, mais aussi les pays en voie de développement, nous devons ensemble rapidement, de manière soutenue et articulée refaire de ce secteur une priorité des politiques de développement. L'idée suggérée par plusieurs ministres européens de s'engager à consacrer d'ici 5 ans au moins 10% des budgets de l'Aide publique au développement et des budgets des pays bénéficiaires, me paraît une proposition extrêmement prometteuse. Ceci me parait
d'autant plus pertinent que nous savons déjà aujourd'hui que nous devons doubler la production agricole mondiale d'ici 2050 afin de permettre à chacun des 9 milliards d'hommes et de femmes qui peupleront notre planète de se nourrir décemment.
5. A court terme, il est bien évidement nécessaire de répondre aux besoins alimentaires des populations qui se trouvent dans une véritable détresse humanitaire. Et c'est ce que la Commission européenne fait et continuera de faire.
6. Notre réponse doit aussi reposer sur des formes d'assistance alimentaire plus articulées, destinées par exemple à prévenir les effets négatifs sur la malnutrition infantile, et à soutenir le pouvoir d'achat des foyers les plus vulnérables.
Compte tenu de l'ampleur de la crise et de sa persistance prévisible, il est absolument crucial de s'engager à moyen terme dans des politiques de protection sociale.
7. Si l'aide alimentaire d'urgence a sa finalité propre elle a également ses limites.
Elle fait bien évidement partie de la stratégie globale de lutte contre la faim et l'insécurité alimentaire.
Mais c'est un outil d'urgence, à vocation temporaire. Cette politique ne peut répondre durablement aux objectifs de sécurité alimentaire. Pour une raison simple que cette politique n'apporte aucune réponse aux causes structurelles et chroniques de ce problème.
Par ailleurs, l'aide alimentaire génère souvent des phénomènes pervers de dépendance ou de perturbation des marchés, avec pour effet d'annihiler les incitations au développement agricole dans les pays bénéficiaires de l'aide.
8. Je suis donc convaincu que cette aide d'urgence doit être limitée dans le temps, et qu'il faut engager des dynamiques volontaristes pour assurer une transition rapide vers des mécanismes de sécurité alimentaire de nature structurelle.
Traiter de la sécurité alimentaire sur le long terme revient prioritairement à traiter de la question de l'agriculture.
Ce retour de l'agriculture sur le devant de la scène n'est pas quelque chose de nouveau pour la Commission européenne.
En effet, avant d'autres, nous avons été proactifs dans ce domaine, tant quantitativement que qualitativement.
9. Quantitativement, lors de la programmation du 10ème Fonds européen de développement, nous avons fait en sorte que le secteur du développement rural dans son ensemble bénéficie d'un doublement des montants (650 M€ sous le 9ème FED - 1,2 milliard d'euros sous le 10ème FED).
Et cela n'a pas toujours été facile ; nous avons dû plaider auprès de nos partenaires.
Il faut ajouter à ceci l'assistance apportée dans le cadre de notre programme thématique "sécurité alimentaire" et des mesures d'accompagnement sucre, ces deux instruments permettant d'allouer un milliard et demi d'euros supplémentaires en faveur de l'agriculture et de la sécurité alimentaire dans des pays africains d'ici 2013.
• Qualitativement, nous avons revu nos propres programmes en fonction de ceux de l'Union africaine, en proposant d'aligner l'assistance européenne sur le "Programme Détaillé pour le Développement de l'Agriculture en Afrique" piloté par le NEPAD et l'Union africaine.
1/ Mais attention…
Quand on parle d'agriculture, il ne faut pas faire l'erreur de se limiter à la question de la production "brute".
10. Il faut évidemment renforcer la production agricole.
L'Afrique est la seule région du monde où la production alimentaire moyenne par habitant ne cesse de décliner depuis 40 ans.
Il faut évidemment mettre fin à la dépendance de l'Afrique vis-à-vis des importations de denrées alimentaires de base.
Il y a à peine 50 ans, l'Afrique était un continent agricole en situation excédentaire.
Pour se préserver de crises alimentaires endémiques, l'Afrique devra compter sur son propre potentiel agricole. Non seulement parce que les prix seront durablement élevés, mais aussi parce que la disponibilité des produits sur le marché international n'est plus assurée si les pays exportateurs réduisent leurs exportations pour garantir leur propre sécurité alimentaire.
Mais… le secteur agricole ne se réformera pas du jour au lendemain; la production ne doublera pas en un ou deux ans.
De plus, l'agriculture est un secteur très compliqué.
De nombreux acteurs (souvent peu ou mal organisés) interagissent tant bien que mal au sein d'environnements économiques ou politiques complexes et fragiles - et avec souvent une répartition des rôles peu claire entre les gouvernements et les acteurs du secteur privé.
L'accroissement de la production agricole africaine ne pourra se faire qu'au prix d'ajustements sérieux que la communauté internationale doit accompagner.
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