
Sumario: le 10 décembre 2007, Bruxelles- Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire- "Le Consensus Humanitaire Européen: une réalité pour les partenaires de la Commission", Conférence des Partenaires humanitaires non-gouvernementaux
Cher(e)s partenaires, cher(e)s collègues,
Il y a un an j'ai lancé avec vous la consultation portant sur un Consensus sur l'aide humanitaire européenne.
C'est donc avec une grande satisfaction, et même une certaine fierté qu'un an plus tard, je puisse devant vous affirmer :
• que la consultation a été un grand succès;
• que la Commission a publié une Communication sur la base de cette consultation;
• que le Consensus a été adopté par le Conseil et le Parlement Européen;
• que les Présidents de la Commission, du Parlement et du Conseil vont signer ce Consensus le 18 décembre prochain.
Permettez-moi de souligner l'importance politique majeure de ce document. Notre objectif commun était de formaliser en un document politique notre vision et notre approche commune de la politique d'aide humanitaire.
Pour la première fois il y a un document politique sur l'action humanitaire de l'UE.
Pour la première fois il y a un engagement volontaire des Etats membres à renforcer la complémentarité et la coordination et une souscription collective à des principes guidant l'aide humanitaire de l'UE.
Pour la première fois également qu'il y a un cadre général précisant l'articulation de l'aide humanitaire avec d'autres politiques extérieures notamment relations avec le Développement et relations avec militaires et protection civiles.
La cohérence et l'efficacité de l'action humanitaire de l'UE s'en trouve renforcée. Et c'est une puissante contribution au renforcement du système international sous l'égide des Nations-Unies.
Notre aide humanitaire européenne continuera à s'améliorer et à être reconnue comme exemplaire sur le plan international, seulement si nous trouvons de meilleurs moyens de coordination. C'est donc cela que j'ai voulu proposer - des valeurs, des principes et des modes de faire européens.
Ce Consensus est la réponse de l'UE aux défis et évolutions majeures qui ont modifié le contexte humanitaire.
Il faut nous adapter aux nouvelles réalités de l'humanitaire:
• que ce soit dans le contexte des guerres et conflits (impact sur les civils, obstruction/pillage de l'aide; violations du Droit international humanitaire; sécurité du personnel humanitaire; interaction avec les actions des militaires etc.);
• que ce soit dans le contexte des désastres naturels en augmentation forte et aux conséquences plus ravageuse et destructrices que jamais sous l'effet du changement climatique.
Le Consensus est également notre réponse aux attentes internationales à l'égard de l'UE.
En tant que premier donateur mondial (40% de l'aide humanitaire mondiale),
En tant que pilier politique du droit international et du multilatéralisme,
• l'Europe a une responsabilité particulière pour assurer une aide humanitaire efficace et adéquate;
• l'Europe se doit d'être une force d'impulsion politique et d'évolution.
Cette Déclaration du Consensus représente bien sûr le début d'un processus et non la fin. Des efforts considérables devront être faits pour assurer que nos mots se traduisent en actions.
Je vais présenter au début de l'année prochaine un plan d'action pour la mise en œuvre du futur Consensus humanitaire.
Mais revenons un court instant au contenu du Consensus.
Est-il satisfaisant ?
En comparant vos attentes formulées au travers de vos réponses au questionnaire et le Consensus auquel nous sommes arrivés aujourd'hui, je constate une très large convergence.
Le Consensus souligne la nécessité d'un soutien fort et continu vis-à-vis du droit humanitaire international. L'espace humanitaire est primordial - là où cet espace est menacé - je continuerai à élever ma voix politique (exemple du Tchad).
J'ai d'ailleurs l'idée (encore juste à son tout premier stade et en discussion avec le Parlement Européen) d'organiser l'année prochaine une grande conférence internationale regroupant tous les acteurs de l'humanitaire pour attirer l'attention et élever le profil du Droit Humanitaire International.
Le Consensus fait référence au devoir humanitaire qui inclus la "responsabilité de protéger" (y compris par des moyens militaires) mais sans confusion possible entre ce concept et nos activités traditionnelles de protection dans le cadre de projets humanitaires.
L'humanitaire ce n'est pas seulement panser les blessures et soigner les malades - une vraie action humanitaire va bien au-delà. La réduction et la prévention des risques de catastrophes font partie intégrante d'une aide humanitaire consciencieuse. Cette idée se retrouve de façon très explicite dans le Consensus. Je propose d'augmenter le budget pour cela, et les perspectives sont bonnes pour un accord du Parlement Européen pour augmenter en 2008 le budget DIPECHO prévu pour la réduction des
risques liés aux catastrophes.
Sur la question du financement de l'aide humanitaire; je me réjouis que pour la première fois, notre autorité budgétaire - c'est-à-dire les Etats membres et le Parlement européen - reconnaisse la nécessité d'étudier si le budget communautaire de l'aide humanitaire est adéquat. Cette ouverture, combinée à la longue liste d'avantages comparatifs qu'offre la Commission et qui sont reconnus par les Etats membres et le Parlement, ne peut signifier qu'une chose : une prédisposition positive en faveur
d'une augmentation du budget humanitaire. Naturellement, une telle décision ne se prend pas du jour au lendemain. Mais l'autorité budgétaire a été sensibilisée, et elle a reconnu ce problème.
Pour ce qui est du CERF, vous connaissez mes réserves en ce qui concerne l'évaluation des besoins (qui devrait seule guider l'allocation des fonds), la rapidité de ces allocations, le coût administratif du CERF; ainsi que le rôle d'OCHA qui est devenu un bailleur de fonds de taille alors qu'il devrait avoir un rôle de coordonnateur. Mes réserves ont été entendues - et le Consensus dit clairement que les contributions au Fonds Central de Réponse aux Urgences (CERF) de l'UNOCHA doivent être
additionnelles et ne doivent pas devenir un substitut pour d'autres mécanismes de financement bilatéraux. En d'autres termes, le budget Communautaire ne contribuera pas au CERF, en tout cas aussi longtemps que notre budget n'augmentera pas de façon significative.
Quant aux nouveaux acteurs ceux de la protection civile et les militaires, la position qu'adopte le Consensus est la bonne.
Pour ce qui est des militaires, le Consensus est tout à fait explicite : si une implication des militaires est nécessaire dans un contexte humanitaire, elle doit être organisée en pleine coordination avec les humanitaires et en respectant les principes humanitaires.
Je sais bien que la réalité quotidienne est parfois différente. Le message n'est pas encore passé partout. Il est donc important de réussir à faire passer ce message, à ne pas cultiver la division, mais clarifier et expliquer.
Donateurs et partenaires de mise en œuvre, nous devons continuer à nous assurer que les militaires aient une bonne compréhension de la problématique humanitaire, comme nous l'avons fait en République Démocratique du Congo et au Liban, et comme nous le faisons en ce moment même au Tchad.
Des discussions similaires ont lieu avec nos collègues de la protection civile qui, eux aussi, aimeraient agir davantage dans un contexte humanitaire.
Ma position n'a pas changé: ces acteurs sont les bienvenus lorsque la situation requiert leur expertise spécifique, ce qui peut être le cas lors de catastrophes naturelles.
Dans le cadre d'une crise humanitaire complexe, en revanche, une intervention d'acteurs étatiques doit être pleinement justifiée. Elle ne doit en aucun cas se faire, pour des raisons de visibilité politique ou pour des raisons de pression bureaucratique.
Ce que je demande, c'est que le choix soit laissé aux décideurs politiques de trouver pour chaque situation le juste équilibre entre risques et bénéfices lorsqu'il s'agit d'avoir recours à des moyens étatiques dans des contextes de guerre ou de conflit interne.
Le consensus est très clair : le recours à la protection civile lors de crises complexes doit être "plutôt une exception".
Je viens de démontrer je crois, que vos préoccupations et vos revendications, ainsi que les miennes, trouvent des réponses claires dans le Consensus.
Le document est exhaustif et équilibré, et il va bien au-delà du plus petit dénominateur commun entre les 27 Etats membres, le Parlement Européen et la Commission.
La Commission a proposé une liste de 15 points sur lesquels nous devons travailler à moyen terme. Cela va d'un renforcement de la promotion de la cause humanitaire à une coordination UE accrue, une analyse concrète des lacunes au niveau du transport et de la logistique humanitaires et des questions de politiques sectorielles ainsi que de la simplification des règles administratives que nous avons déjà entamée avec le nouvel Accord Cadre de Partenariat.
En tant que premier document sur l'aide humanitaire européenne accordé entre les trois institutions, le Consensus est un document crucial.
Le processus de consultation et de négociation a clairement permis une prise de conscience politique à plusieurs niveaux. C'est la première fois qu'au niveau européen les humanitaires expriment une opinion collective vis-à-vis de leurs collègues qui s'occupent de politique étrangère, de politique de coopération au développement, de protection civile et de défense.
Pourtant, l'heure n'est pas à l'autosatisfaction.
Le Consensus a une valeur politique importante justement parce qu'il représente l'ébauche d'un processus. Il n'a pas été facile de convaincre les Etats membres du besoin d'un effort de coordination au sein de l'Union, mais on y est arrivé.
Maintenant que cette notion est acceptée, il faut agir. Discuter de l'aide humanitaire dans des enceintes dédiées principalement à d'autres questions, telles que la coopération au développement ou la protection civile, ne constitue pas une solution. Il y a une référence à la nécessité d'un forum dédié à l'aide humanitaire au sein du Conseil. Ce forum nous est essentiel: la Commission aura beau traduire le Consensus en un plan d'action - et nous y travaillons - quelle en sera l'utilité s'il
n'existe pas d'enceinte au Conseil qui nous permette d'en discuter avec les Etats Membres?
J'espère que les futures Présidences trouveront une solution satisfaisante à ce problème.
Le défi actuel consiste à nous assurer que le Consensus ne reste pas lettre morte mais qu'il servira bien de fondation à l'aide humanitaire future.
Du côté de la Commission, nous n'allons pas ralentir le rythme. Je vais - endéans les deux mois - envoyer au Conseil et au Parlement un "plan de route" qui montre, point par point, comment nous allons assurer le suivi et mettre en œuvre le Consensus.
Si nous voulons vraiment que l'aide humanitaire soit une politique extérieure forte de l'UE, vous devez nous aider dans ce sens.
La mise en œuvre du Consensus sera un moment crucial. J'attends une forte mobilisation des acteurs humanitaires pendant cette phase de mise en œuvre.
Je propose d'ailleurs de faire un pilotage régulier avec vous.
En conclusion, je souhaite vous remercier encore une fois pour votre appui et votre engagement actif dans le processus qui a abouti à cet accord - j'ose le dire historique - sur la politique humanitaire de l'Union européenne.
Je vous demande - dans l'intérêt de notre travail collectif - de poursuivre ce soutien politique.
Je vais pour ma part continuer à faire de mon mieux pour maintenir le dialogue stratégique et politique avec vous.
Je vous remercie.
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