
Sumario: 18 octobre 2000: Intervention prononcée par la Présidence de l'Union européenne. Elimination du racisme et de la discrimination raciale (New York)
Madame la Présidente,
J'ai l'honneur de prendre la parole au nom de l'Union européenne sur "L'élimination du racisme et de la discrimination raciale". Les pays d'Europe centrale et orientale associés à l'Union européenne (Bulgarie, République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lithuanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), ainsi que les pays associés (Chypre, Malte, Turquie), ainsi que le Liechtenstein, en tant que pays de l'AELE, membre de l'Espace Economique Européen, se rallient à cette déclaration.
Madame la Présidente,
La lutte contre le racisme et la discrimination raciale est plus que jamais à l'ordre du jour. La tenue, l'an prochain, de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée marquera une étape importante dans ce combat. Nous félicitons l'Afrique du Sud, pays qui, plus que tout autre, a eu à subir les pires formes de discrimination raciale, d'avoir proposé d'accueillir cette conférence.
L'Union européenne est activement engagée dans le processus qui mènera à la Conférence mondiale, dont le premier comité préparatoire a eu lieu à Genève en mai dernier. Elle est convaincue, comme le dit le slogan de la conférence, que ce n'est qu'en unissant nos efforts que nous pourrons combattre ce fléau. Il est ainsi essentiel que la Conférence mondiale soit l'occasion d'une forte mobilisation générale contre le racisme et la discrimination raciale. Aucune région du monde n'est épargnée par
cette plaie qui a des conséquences sur la vie de millions de personnes. Aussi appelons nous tous les pays ici représentés à saisir l'opportunité qui nous sera offerte en Afrique du Sud d'unir nos efforts pour que les générations futures puissent vivre dans un monde plus ouvert et plus tolérant.
C'est pour cette raison que l'Union Européenne considère qu'il est important de nous tourner résolument vers l'avenir, même si nous devons bien entendu tenir également compte dans nos réflexions des souffrances du passé. Il est indispensable en effet, alors que nous sommes malheureusement toujours confrontés, à travers le monde, aux pires formes de racisme, de discrimination raciale et d'intolérance, que la Conférence mondiale ouvre une ère nouvelle, en débouchant sur des mesures concrètes,
notamment en matière de prévention, d'éducation et de protection ou concernant l'établissement de voies de recours efficaces en faveur des victimes du racisme. Le programme d'action qu'elle adoptera devra permettre de renforcer le cadre juridique de la lutte contre le racisme, de garantir l'application des politiques mises en oeuvre, d'améliorer la formation, l'information et la sensibilisation du public et des professions concernées par la lutte contre le racisme, et de renforcer la
coopération internationale contre ce fléau.
L'Union européenne souligne également l'importance qu'elle attache aux processus nationaux et régionaux de préparation à la Conférence. Elle espère que ceux-ci apporteront une contribution substantielle aux travaux de la Conférence en lui permettant notamment de mieux comprendre les différentes problématiques à l'oeuvre à travers le monde et à partager les expériences. A cet égard, elle attend avec intérêt les résultats des conférences africaine, américaine et asiatique, qui se tiendront
respectivement au Sénégal, au Chili et en Iran. Elle rappelle l'importance qui s'attache à une participation inclusive de tous les pays à ces processus régionaux.
L'Union européenne souligne aussi la place essentielle que doivent trouver les organisations non gouvernementales dans la préparation de la Conférence et dans ses processus régionaux. La lutte contre le racisme ne peut pas être seulement le combat des gouvernements. Elle doit être aussi celle des sociétés et de toutes leurs composantes.
Madame la Présidente,
L'Union européenne, après avoir activement contribué à sa préparation, a pleinement participé à la conférence "Tous différents, tous égaux: de la théorie à la pratique", contribution européenne à la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, qui s'est tenue à Strasbourg du 11 au 13 octobre dernier.
L'Union européenne se félicite que le processus préparatoire pour l'Europe de la Conférence mondiale se soit déroulé dans le cadre du Conseil de l'Europe, organisation régionale qui joue un rôle clé pour la promotion des droits de l'homme, notamment par sa contribution à l'édification de sociétés tolérantes et exemptes de discrimination.
Tournée vers l'avenir, pragmatique, orientée vers l'action, largement ouverte à la société civile, la Conférence européenne a traité la question du racisme dans le contexte des droits de l'homme, mais également de façon globale. Elle a mis l'accent sur les expériences européennes, notamment en matière d'analyse des problèmes et de bonnes pratiques. Elle a élaboré des conclusions générales reflétant les vues de l'ensemble des participants, ainsi qu'une déclaration politique qui a été adoptée par
les Etats membres du Conseil de l'Europe. Première conférence régionale préparatoire à se tenir, elle a ainsi fourni un apport substantiel en vue de la Conférence mondiale.
Les pays membres du Conseil de l'Europe se sont engagés à Strasbourg à prendre des mesures supplémentaires pour prévenir et éliminer le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie, l'antisémitisme et l'intolérance qui y est associée. L'Union européenne souscrit pleinement à celles-ci. Ces mesures sont d'abord d'ordre juridique: mise en oeuvre des instruments internationaux, adoption d'une législation et d'une réglementation, octroi aux victimes d'une information, d'un soutien et de
recours; traduction en justice des responsables d'actes racistes; lutte contre l'incitation à la haine raciale. Elles sont ensuite d'ordre politique: mise en place de politiques nationales et de plans d'action; attention particulière au traitement des personnes appartenant à des groupes vulnérables et à celles qui subissent des discriminations multiples; intégration de la perspective de l'égalité des sexes; protection de l'identité culturelle; lutte contre l'exclusion sociale; respect de la
diversité culturelle. Des actions dans le domaine de l'éducation et de la formation sont également prévues. Le rôle des media en tant qu'outil important dans l'effort antiraciste a également été mis en évidence.
Les positions et les initiatives que l'Union européenne a défendues lors de la Conférence de Strasbourg et qu'elle présentera dans le cadre de la préparation de la Conférence mondiale sont fondées sur un certain nombre de convictions fortes, qu'elle souhaiterait présenter ici.
Madame la Présidente,
Le racisme sous toutes ses formes et la discrimination raciale doivent être combattus en vue de leur élimination totale. Le principe de non-discrimination constitue un élément fondamental du système de protection des droits de l'homme. Le droit de chacun à l'égalité devant la loi et le respect de chacun dans sa diversité sont essentiels au bon fonctionnement de toute société démocratique, ainsi qu'à un développement harmonieux de notre planète, dont ils contribuent à assurer la stabilité et la
sécurité.
Quels que soient les motifs qui les animent, les actes de racisme et de discrimination raciale constituent par essence un déni au droit à la non-discrimination et une atteinte aux droits de l'homme. A ce titre, ils doivent être condamnés et combattus par les pouvoirs publics, qui ont également pour tâche de mettre en oeuvre des politiques préventives. Les gouvernements ont une responsabilité particulière dans le domaine de la lutte contre le racisme, mais leurs efforts doivent également être
soutenus par les éléments de la société civile, notamment les organisations non gouvernementales.
Il nous faut hélas constater que le racisme et la discrimination raciale persistent dans le monde, sous des formes multiples, allant des pratiques discriminatoires, des inégalités à l'accès aux biens et services, des incitations à la haine jusqu'aux actes de violence, aux traitements inhumains ou dégradants et aux persécutions et crimes les plus graves.
Cette persistance doit inciter tous les Etats à renforcer leurs dispositifs de lutte contre ces phénomènes, au niveau national, régional et international. Les Etats membres de l'Union européenne se sont engagés depuis de nombreuses années dans cette voie. Leurs législations nationales ont connu au cours des récentes années des adaptations destinées à renforcer et améliorer leurs possibilités dans le domaine de la lutte contre les discriminations.
Dans ce contexte, l'action de l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes mérite d'être soulignée. Cette structure apporte une contribution importante à la connaissance des actes racistes en Europe et permet de mieux en évaluer l'ampleur. Son premier rapport sur le racisme et la xénophobie dans les Etats membres de l'Union européenne a été publié en décembre 1999, avant même que l'Observatoire ne soit formellement inauguré, en avril 2000.
Madame la Présidente,
L'Union européenne apprécie et soutient la contribution faite à la lutte contre la discrimination par les organisations régionales, notamment le Conseil de l'Europe et l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe.
L'Union européenne a eu l'occasion en 1999, année du 50ème anniversaire du Conseil de l'Europe, de réaffirmer son attachement aux valeurs défendues par cette institution, au premier rang desquelles figurent la protection des droits de l'homme et la lutte contre le racisme et l'intolérance. Elle se félicite aussi de l'action constructive en ce domaine de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI).
L'Union européenne apprécie les activités menées par l'OSCE contre le racisme et la discrimination raciale. Cet aspect de son action constitue une composante importante du concept de sécurité globale qui est au coeur de l'organisation et du travail de ses missions sur le terrain et de ses institutions.
Madame la Présidente,
L'Organisation des Nations Unies est au coeur du combat contre le racisme et la discrimination raciale, dont elle traite de façon globale. Parmi les nombreux instruments internationaux adoptés sous son égide, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale tient une place particulière. L'Union européenne souhaite qu'elle fasse l'objet d'une ratification ou d'une accession universelle, et que ses dispositions soient effectivement mises en oeuvre.
L'Union européenne apprécie le travail accompli par le Comité sur l'élimination de la discrimination raciale, ainsi que l'activité déployée par le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l'intolérance qui y est associée.
L'Union européenne souscrit aux objectifs de la Troisième Décennie de lutte contre le racisme et la discrimination raciale. Elle apporte son plein soutien à la Haute Commissaire aux droits de l'homme, pour l'ensemble de l'action déterminée qu'elle mène, mais aussi spécialement dans ses fonctions de coordinatrice de la Troisième Décennie et de Secrétaire générale de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée.
Madame la Présidente,
Le racisme et la discrimination raciale sont condamnables en eux-mêmes, du seul fait qu'ils sont une atteinte aux valeurs fondamentales sur lesquelles sont fondées les sociétés démocratiques. Mais ils ont aussi des effets néfastes très directs sur les êtres humains, le moindre n'étant pas d'augmenter les difficultés rencontrées par les catégories les plus vulnérables des populations et de contribuer à leur exclusion. C'est la responsabilité partagée des Etats, des institutions internationales,
des organisations non gouvernementales que de les combattre partout où ils sévissent. La Conférence mondiale de 2001 sera une occasion unique de manifester notre volonté commune d'agir en ce sens.
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