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Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, Louis Michel - "Relancer l'Entreprise Afrique"

Summary: 22 juin 2007, Ghana - Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire; "Relancer l'Entreprise Afrique"; Forum des Affaires UE-Afrique d'Accra

Monsieur le Commissaire,
Madame et Monsieur les co-présidents,

Honorables Invités, Mesdames et Messieurs,

C'est un réel plaisir de me retrouver parmi vous. Je voudrais tout d'abord remercier nos hôtes, la Commission de l'Union africaine et puis les autorités ghanéennes pour leur hospitalité et pour l'organisation tout à fait parfaite du forum, cette "plateforme" de dialogue entre les secteurs privés et les décideurs publics d'Afrique et d'Europe sur l'environnement de l'entreprise en Afrique pour proposer les réformes à entreprendre.

Je suis fort impressionné, pour dire la vérité, par les synthèses des travaux des groupes de travail que vous venez de présenter. Il est clair que le forum est en train de passer de la parole incantatoire ou académique, au dialogue constructif, franc et concret. Les progrès depuis le premier forum de novembre 2006 sont perceptibles. Les documents thématiques que vous avez élaborés sont plus précis et plus concrets. Vos recommandations deviennent beaucoup plus focalisées, et moins nombreuses et donc beaucoup plus précises et beaucoup plus centrées sur l'essentiel.

Avant de vous donner ma première réponse à vos messages, permettez-moi de vous rappeler brièvement les éléments clés de notre politique du développement et qui sont pertinents pour vos débats.

Je vais en distinguer deux.

Le premier concerne l'amélioration du climat des affaires. La Commission sait que c'est un chantier de longue haleine. C'est pourquoi elle cherche à promouvoir aux niveaux national et régional, non pas une lutte effrénée contre la corruption, mais bien la construction d'Etat responsable qui assure à ses entreprises citoyennes l'Etat de droit, la justice, un cadre législatif solide, un cadre macro-économique qui favorise l'initiative privée, par la mise en œuvre notamment de réformes bancaires et douanières.

Lorsque je dis ça, ne pensez pas que je ne suis pas sensible et extrêmement en pointe sur la lutte contre la corruption. Mais réduire la bonne gouvernance à la lutte contre la corruption, c'est un peu se tromper de combat. Je pense qu'il faut d'abord des institutions qui assurent naturellement, évidemment, la sécurité juridique et qui assurent la lutte contre la corruption. En d'autres termes, ce que je dis souvent et je l'ai dit dernièrement à la Banque Mondiale, c'est que je ne partageais pas tout à fait l'évolution conceptuelle par rapport à la gouvernance. La gouvernance, c'est beaucoup plus que la lutte contre la corruption. La gouvernance c'est, par exemple, se poser la question de savoir comment on assure une collecte fiscale juste qui permet une redistribution de la prospérité.

J'ai entendu tout à l'heure Philippe de Buck qui disait que la croissance c'était du développement. Oui, la croissance c'est du développement s'il y a un Etat pour redistribuer la croissance parce que dans le cas contraire ça peut aussi devenir de la dualisation et ça peut créer, accentuer les écarts. Et ce n'est évidement pas ce que l'on recherche si on veut un monde plus harmonieux.

Je pense donc que la place de l'Etat, la puissance publique impartiale a un rôle extrêmement important à jouer. Du reste, aucune entreprise ne trouvera un contexte stabilisé s'il n'y a pas un Etat consolidé. Ca ne veut pas dire trop d'Etat, chacun connaît mes convictions personnelles. Cela veut dire un Etat qui puisse être performant, qui puisse véritablement rendre à sa population un certain nombre de services.

L'Europe veut tout mettre en œuvre pour que les Etats assurent leurs tâches régaliennes.

Les tâches régaliennes, c'est l'accès à la justice, l'accès à l'administration, l'accès à la santé, l'accès à un certain nombre de biens de base, et cela me paraît évidemment important. Le 10ème Fonds Européen de Développement va consacrer aux alentours de 20% de son enveloppe, ce qui est énorme (environ 3 milliards d'euros) pour inciter les Etats ACP à adopter et à mettre en œuvre des programmes de gouvernance ambitieux et réalistes. Nous ne pratiquerons pas la conditionnalité. Je sais qu'il y a des cultures de la conditionnalité. Aussi en Europe, je le vis en tant que Commissaire européen, et ce n'est pas simple tous les jours. La culture de la conditionnalité et la culture de la sanction. C'est-à-dire qu'il faut démontrer qu'on est innocent avant même d'avoir été accusé. On inverse donc la charge de la preuve. C'est d'ailleurs ce qui rend souvent nos règles et nos lois extrêmement difficiles à appliquer.

Nous n'allons donc pas pratiquer la règle de la conditionnalité, mais bien ce que j'appelle la "sanction positive". On peut l'appeler autrement : l'incitant. C'est-à-dire venir avec des moyens additionnels sans toucher à l'enveloppe de base pour encourager ceux qui ont un projet pertinent, crédible et ambitieux. Et puisque nous sommes au Ghana, je peux déjà annoncer que le Ghana fera partie des 5 pays ACP qui vont bénéficier du maximum possible, c'est-à-dire 30% en plus de leur enveloppe de base, parce que vous avez proposé un programme pertinent, ambitieux et crédible.

Vous avez rappelé le rôle clé des infrastructures. Cela correspond à ma conviction depuis toujours. Il ne faut pas venir deux fois en Afrique pour se rendre compte qu'on ne peut pas demander le redéploiement économique d'un continent, de régions entières d'un continent, avec les infrastructures déficitaires que l'on connaît. C'est impossible. On ne peut pas imaginer de créer la prospérité, être attractif pour les entrepreneurs, etc. si on n'améliore pas les infrastructures.

C'est le deuxième point clé de notre politique.

Le Partenariat entre l'Afrique et l'Union européenne lancé l'année dernière en tant que réponse de l'Europe aux immenses besoins du continent africain en matière d'infrastructures, prend progressivement forme.

Nous avons créé un instrument novateur pour cela, le fonds fiduciaire européen pour les infrastructures qui a été créé en avril dernier par la Commission européenne, la Banque européenne d'Investissement et au jour d'aujourd'hui neuf Etats membres de l'Union européenne. Il est doté dans une phase initiale d'environ 90 millions d'euros qui pourront mobiliser des fonds en capital dans une proportion de 1 euro à 4 ou 5 euros, donc entre 360 et 450 millions juste pour la phase de lancement. Que va faire ce fonds ?

Ce fonds pourra financer :

• des bonifications d'intérêt qui diminueront d'autant le coût des emprunts;

• certaines dépenses importantes en termes d'études ou d'assistance technique;

• des subventions pour les composantes sociales et environnementales de projets;

• certaines primes d'assurance.

Ce fonds pourra, c'est une première, financer des projets mixtes, soit entièrement publics, soit entièrement privés, soit privés-publics. Ce qui est une grande innovation culturelle. J'oserais même dire, pour être un peu impertinent, que c'est une grande audace idéologique de la part de l'Union européenne. Parce que tout ce qui touchait de près ou de loin à un lien entre politique de développement, moyens financiers de l'Union européenne et les entreprises, était généralement frappé d'une certaine suspicion. C'est assez curieux. Alors que dans nos Etats, cette suspicion n'existe plus. On a compris depuis longtemps que la notion d'éthique n'était pas liée à la nature de l'activité ou de l'acteur, mais que c'était lié finalement à une question de morale transversale. On n'est pas plus vertueux dans la puissance publique que dans le secteur privé. Et vice-versa du reste. L'homme et la nature humaine étant ce qu'ils sont. Il y a des défauts et des qualités partout; cela n'a rien à voir avec le secteur dans lequel un homme ou une femme est actif.

Il est prévu que les instances du fonds fiduciaire approuveront avant les vacances une série [quatre] de projets dans les secteurs de l'énergie, des télécommunications, et des transports. D'autres projets sont à l'étude.

Mais notre Partenariat ne reposera pas uniquement sur ce fonds. C'est toute notre aide, aux niveaux national et régional qui sera orientée, dans une mesure importante, vers les infrastructures. Je suis d'ailleurs convaincu qu'une partie importante de l'aide au développement additionnelle que nos Etats membres se sont engagés à octroyer va être canalisée vers les infrastructures. Je peux au moins vous assurer que c'est dans son but que je travaille sans relâche.

J'ai bien noté votre demande d'être consultés sur les choix des projets d'infrastructures. C'est une demande légitime et je souhaite y donner une suite concrète. Je voudrais vous offrir, par exemple, un poste d'observateur au comité de pilotage du Partenariat UE-Afrique qui fixera les grandes orientations stratégiques du Partenariat et évaluera ses progrès. Il y a là une ouverture que je désire vraiment faire parce que je crois que c'est important effectivement.

Permettez-moi maintenant de répondre à vos messages, en commençant par le thème de l'entreprenariat :

Je retiens évidemment vos propositions précises d'instaurer ou de faire mieux fonctionner les guichets administratifs uniques pour la création d'entreprises ou de nouvelles activités. Je dois d'ailleurs dire que je partage entièrement l'intervention d' l'interlocuteur précédent qui a rappelé la dimension du genre. Ceux qui parcourent l'Afrique savent que le rôle de la femme dans le domaine économique de subsistance est un rôle tout à fait essentiel. Et de ce point de vue là, un des gros problèmes que nous pourrions essayer de rencontrer aussi avec la Commission au travers de toute une série de projets, c'est notamment l'accès au microcrédit et au crédit tout court. Parce qu'il ne faut pas simplement se limiter à la question de l'accès au microcrédit. C'est important, et je pense à l'autonomisation de la femme; mais il y a plein d'expériences de ce point de vue là et je suis absolument ouvert à cette question.

Le financement des PME est difficile. L'Union européenne a confié cette tâche à la BEI vu ses compétences reconnues en la matière. J'ai bien perçu votre souci d'une utilisation réelle pour un financement des entreprises, en particulier les PME et j'examinerai avec le Président de la BEI, comment on peut progresser dans ce domaine. Je voudrais en faire un point particulier parce qu'un des graves problèmes pour la stabilité des pays africains, si on compare avec nos pays européens, c'est le manque de petites et moyennes entreprises. Et on en revient de nouveau à la stabilité politique. Un pays qui a beaucoup de classes moyennes est en général un pays beaucoup plus stable politiquement, parce que beaucoup dans ces cas-là, je vais le dire très crûment, beaucoup de gens ont quelque chose à perdre. C'est une réalité, vous savez. La stabilité de nos pays en Europe a été portée essentiellement par l'augmentation de la base ou du volant classe moyenne. C'est tout à fait clair. Et donc, c'est un élément que nous retenons indiscutablement.

Maintenant, le thème de l'intégration régionale, qui est un thème qui évolue heureusement plutôt positivement.


Vous le savez, les Accords de Partenariat Economique, sont un instrument pour renforcer l'intégration régionale et développer le commerce intra-régional.

Je voudrais quand même rappeler à ceux qui sont toujours encore dubitatifs sur le bien fondé de ces Accords de Partenariat Economique (je pense notamment à certains représentants d'ONG) que le marxisme n'est plus nécessairement le modèle dominant. En réalité, des décennies de préférence généralisée n'ont strictement rien apporté à l'Afrique. Et donc, laisser croire que l'on peut, dans les régions africaines qui sont en sous-développement, les faire vivre, qu'on peut imaginer avec elles des modèles pseudo-économiques neufs ou spécifiques, un peu en autarcie, en dehors du monde réel qu'est la globalisation, qu'on le veuille ou non, ceci relève d'une gravissime irresponsabilité. Quand c'est inconscient, il ne faut pas leur en vouloir; mais quand c'est conscient c'est plus grave.

Et donc, je le dis très clairement, je ne peux pas accepter cet a priori là et, en tant que Commissaire au développement, je n'ai aucune gêne à l'affirmer avec force. Cette question de "l'a-priorisme" idéologique n'est pas acceptable.

Je prends note avec grande satisfaction de l'approche positive du forum à l'égard de l'intégration régionale dont l'importance n'est pas ignorée. J'ai noté que nombre de vos messages s'adressent aux organisations régionales économiques et à leurs Etats membres.

Je vous invite à être actifs dans les débats avec vos interlocuteurs aux niveaux nationaux et régionaux pour présenter vos besoins et vos priorités et les faire bénéficier de votre expertise.

Nous ferons, de notre côté notre travail dans le cadre de l'aide au commerce. Et je dois dire, par rapport aux Accords de Partenariat Economique, que je comprends la crainte de nos partenaires. Et c'est notre devoir d'y répondre point par point. Mais avouez que nous avons déjà fait du chemin. Je dois d'ailleurs saluer le travail de la Présidence allemande qui nous a beaucoup aidés de ce point de vue là. Aujourd'hui, nous avons accepté le financement de fonds régionaux qui permettront de venir accompagner les pertes de recettes dues à la suppression des barrières tarifaires. Nous avons aussi accepté des périodes longues de transition. Nous avons accepté des traitements spécifiques pour certains produits sensibles. Nous essayons de répondre point par point aux demandes de nos partenaires. Et d'ailleurs nos partenaires nous disent parfois "mais vous nous faites croire que ce sont des projets de développement, alors que ce sont quand même des projets économiques". Je ne sais pas comment il faut les appeler. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que la manière dont nous sommes occupés à préparer ces Accords de Partenariat Economique tient fondamentalement compte de la dimension développementale. Les longues périodes de transition, dont le principe est acquis, illustrent bien cette dimension développementale. Il est clair que le chiffre de 15 ans mentionné par un intervenant me semble, au nom de cette dimension, trop court. Nous devons pouvoir envisager un plus long délai dans le cadre des discussions en cours.

Concernant le thème des technologies de l'information et de la communication:

Vous nous dites avoir besoin d'autorités réglementaires indépendantes et d'un cadre réglementaire moderne pour que ces secteurs d'avenir de développent. Si ce message s'adresse d'abord aux autorités nationales et régionales, la Commission européenne pour sa part apportera un appui dans ce sens, dans le cadre de l'initiative Gouvernance dont j'ai parlé au début de mon intervention.

J'ai également entendu votre demande d'augmenter les financements européens, y compris ceux de la BEI, en faveur de ces secteurs. Je n'y suis pas insensible. D'ailleurs, un des premiers projets qui sera approuvé avant les vacances sera dans le secteur des télécommunications, le projet de câble sous-marin EASSY sur le flanc est de l'Afrique.

Ensuite, comme notre aide au développement est décidée en partenariat avec les gouvernements concernés, il leur appartient également de déterminer la priorité à accorder à ces secteurs par rapport à leurs autres besoins.

Le dernier thème qui ressort de vos travaux, c'est la nécessité d'instaurer des conditions de concurrence loyales et donc égales pour tous et reposant sur le respect par les entreprises de normes éthiques, sociales et environnementales.

Contrairement aux deux autres sujets, la responsabilité sociale des entreprises est d'apparition relativement récente dans le domaine de la coopération au développement. Nous sommes tous - entreprises comme responsables des politiques de développement - interpelés par certains comportements non éthiques et par le véritable dumping social qui est la marque de certains investisseurs en Afrique.

J'ai noté avec beaucoup de satisfaction la prise de conscience en la matière des European International Contractors qui rejoint la nôtre et de leur engagement à employer et former la main d'œuvre locale conformément aux standards internationaux, à coopérer avec les entrepreneurs et les fournisseurs locaux, à transférer leur savoir faire et à respecter et protéger l'environnement. C'est là un engagement très fort, un véritable code de conduite qui devrait devenir la norme pour toutes les entreprises européennes et représenter la meilleure carte de visite qui soit. Mais soyons francs. Ce débat en cache un autre. C'est le rôle de la Chine. Je crois qu'il faut que l'Union européenne, les entreprises européennes, le politique européen, le politique africain, les entreprises africaines, ayons une discussion sans tabou sur cette question-là. Je n'ai pas du tout, je vous rassure, l'intention d'entrer en guerre contre la Chine. Et ce n'est pas simplement parce que je n'ai pas assez de bataillon pour les battre militairement. Je n'ai pas du tout envie de faire ça. Je pense que toute puissance économique, tout acteur international ou mondial a le droit de développer une stratégie, qu'elle soit économique, commerciale ou développementale.

La Chine est une réalité; il faut en tenir compte . Elle a besoin de l'Afrique, beaucoup plus parfois que ce que les Africains imaginent et de ses ressources.

C'est une réalité. Dans une certaine mesure, l'Afrique a parfois le sentiment qu'elle a besoin de la Chine. Parce que la Chine est plus flexible; en parlant de conditionnalité, elle a très peu de conditionnalité, elle n'en a d'ailleurs pas du tout; elle est extrêmement rapide, elle est réactive, donc elle peut réagir en temps réel, donc nécessairement, ses politiques "de développement" lui permettent de soutenir une politique géostratégique réelle. Tout ça, c'est une réalité.

Ceci dit, nous vivons dans un monde ouvert et concurrentiel. Tous les acteurs doivent s'adapter en renforçant leurs standards et leurs valeurs.

J'irai en Chine dans trois semaines pour en discuter avec les autorités chinoises et pour tenter sans aucune garantie, de les amener à un dialogue stratégique. Je n'ai pas envie d'aller "jouer à cache-cache" avec les Chinois. J'ai envie de parler très franchement, très ouvertement. Je pense que nous avons de très bons arguments pour les convaincre d'accepter, dans une certaine mesure, d'expérimenter par exemple des projets de développement triangulaire. Parce qu'il ne faudrait quand même pas non plus que nos amis chinois rêvent trop longtemps. Parce qu'il y a déjà en Afrique une prise de conscience et que les Chinois vont nécessairement devoir domestiquer, si vous voulez et c'est avec délectation que je le dis, le libéralisme à la chinoise. Je veux simplement dire par là que des appréhensions se font jour vis-à-vis de l'attitude chinoise. Ils n'ont aucun intérêt dans l'élaboration de leur stratégie géopolitique à ne pas s'insérer dans ce que j'appellerais des standards acceptables et nous pouvons, nous, être de bons témoins de ces standards acceptables. Nous pouvons les amener dans une stratégie commune sur un certain nombre de sujets. Du reste, je dois vous dire que nous avons peut-être intérêt nous-mêmes à amener les Chinois dans des stratégies pour couvrir les frais d'infrastructures. Je vais prendre un exemple : on parle beaucoup de centrale hydroélectrique à Inga. Je ne suis pas certain que si j'invite les Européens à financer Inga, qui est un coût colossal, je ne suis pas certain qu'on va trouver le consortium suffisant que pour faire ça. On peut peut-être le faire Européens, Banque européenne d'Investissement et Banque Mondiale. Rien ne m'interdit de penser qu'on ne peut pas le faire dans un consortium beaucoup plus vaste, avec des conditions et des standards. Je pars en Chine non pas avec un optimisme béat, mais avec une véritable volonté politique ouverte. Je ne vais pas là pour donner des leçons. Ce n'est pas dans ma nature et je ne crois pas à ça.

Il faut qu'on invente aussi. En dehors de la Chine. Nous devons aussi inventer nos propres modèles qui sont une offre alternative à l'hyper-flexibilité des Chinois. Là, je suis persuadé que Banque Mondiale, la BEI, la BAD, la Commission européenne et certains Etats Membres, nous pouvons offrir des modèles alternatifs tout aussi attractifs et sans doute beaucoup moins "colonisants" pour les pays africains. Je suis persuadé que si on combine des frais, des dons, des subventions-intérêts du privé et du public, on sera capable d'offrir un produit plus attractif que ce qu'il y a en face. ça serait absolument idiot de ne pas essayer. Parce que je pense que pour le moment, on laisse faire- en fait, ce n'est pas bon non plus pour nos amis africains de n'avoir qu'une offre, il faut évidemment mettre ça en concurrence; on a connu ça en Amérique latine et ailleurs. En Afrique aussi, il faudra être créatif et envisager des approches trilatérales ou multilatérales.

Enfin, j'ai noté que vous avez adressé de nombreux messages aux autorités nationales et régionales.

Ce Forum est sans doute arrivé au moment où des déclinaisons régionales doivent s'envisager. Je vous invite à réfléchir sur la question de comment assurer la présence des Organisations régionales économiques et des gouvernements nationaux.

La Commission européenne encourage fortement les "business forums régionaux". Il existe en Afrique australe et est en création en Afrique de l'Ouest. Nous serons présents s'ils s'organisent.

Vous le savez, je n'ai jamais fait mystère de mes convictions libérales. Je respecte toutes les convictions, bien entendu. Je suis convaincu que pour se développer, pour sortir de l'état de dénuement extrême qui est aujourd'hui le sien et qui pousse tant de ses fils à tenter de trouver en Europe, au péril de leur vie, des conditions d'une existence meilleure, l'Afrique doit s'appuyer sur un secteur privé déterminé et entreprenant. Il n'y a qu'un chiffre à donner, dans le fond : 1% de croissance, ça fait beaucoup plus finalement que toute l'aide au développement, ça fait des dizaines de milliards d'euros. Nul besoin de faire plus comme démonstration. Il est évident qu'on ne peut pas espérer développer un continent ou un pays si ce pays ne peut pas s'accrocher à un moment donné à la pompe économique au niveau du commerce mondial, et ceci, ça passe par l'intégration régionale évidemment. Je pense, et c'est ça qui me rend très optimiste, qu'on retrouve aujourd'hui en Afrique de plus en plus, par exemple dans des réunions comme celle-ci une envie de culture de prise du risque. Cette illusion étatique qui a guidé les stratégies de développement en Afrique pendant des décennies et qui d'ailleurs donnait l'impression un peu de dédouaner les mauvaises consciences européennes ont fait un tort immense à l'Afrique; c'est ce qui a justifié ou ce qui explique le retard colossal en terme de développement. Je crois qu'on a traversé le Rubicon et qu'il y a aujourd'hui en Afrique des décideurs, des classes politiques, des générations de jeunes qui veulent entreprendre et qui veulent prendre des risques.

Peut-être un dernier message pour terminer, nous devons aussi, cesser de faire semblant de considérer nos politiques de développement et nos relations politiques avec l'Afrique comme étant simplement frappées au coin de l'angélisme. C'est un peu comme si nos politiques de développement ne pouvaient en aucune manière suggérer ou quelque part représenter ou déclencher un return. C'est comme si toutes les entreprises, tous les investissements en Afrique étaient bons sauf les investissements européens. Par induction une mauvaise conscience bizarre. Et on retrouve ces sentiments là en filigranes dans certains Etats membres, dans certaines administrations aussi, et parfois au sein des institutions européennes, il faut bien le dire. On dirait vraiment que dire aux Africains que nous aussi Européens nous avons un intérêt à ce que vous vous développiez économiquement parce que si vous, qui êtes notre continent voisin, vous pour qui nous sommes vos premiers partenaires commerciaux, si vous vous développez économiquement, c'est bon pour vous évidemment et tant mieux, mais c'est aussi bon pour nous, économiquement. Qu'on cesse de jouer aux naïfs angéliques. Je crois très honnêtement que si nous voulons rompre avec la relation paternaliste, un peu à la base de la relation entre un donateur et un bénéficiaire, pour devenir des partenaires égaux en droit et en devoir, qui se respectent mutuellement, on doit affirmer la nécessité que le partenariat doit être un partenariat qui doit faire gagner l'Afrique, ça va de soi, mais qui doit faire gagner aussi l'Europe.

Je vous remercie



  • Ref: SP07-164EN
  • EU source: European Commission
  • UN forum: 
  • Date: 22/6/2007


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