
Summary: Discours de Commissaire Michel : "Renforcer la concertation, la coopération et la coordination entre la Commission européenne et l'Organisation internationale de la Francophonie" (28 août 2006: Bruxelles)
Discours de Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire; "Renforcer la concertation, la coopération et la coordination entre la Commission européenne et l'Organisation internationale de la Francophonie"; Signature du Protocole d'accord
Monsieur le Secrétaire général,
Je suis très heureux de pouvoir signer un protocole d'accord entre nos institutions afin d'unir nos forces et travailler en synergie.
Ma collègue en charge des relations extérieures et de la politique européenne de voisinage, madame Benita Ferrero Waldner, s'associe à moi pour saluer cette initiative.
En tant que Commissaire européen, je mesure beaucoup mieux aujourd'hui ce que représente l'appartenance à la francophonie, parce que la langue française secrète cette convivialité de l'esprit et cette connivence qu'on ne peut définir, ce sentiment de familier, de déjà vécu.
Belge francophone, je ressens ce frémissement de la pensée qui s'émeut on ne sait trop pourquoi, juste parce qu'on s'est reconnu.
Qu'il n'y ait aucun malentendu. Je suis radicalement opposé à ceux qui s'arc-boutent un peu benoîtement sur l'unilinguisme, comme si la connaissance de plusieurs langues étrangères affaiblissait ou trahissait la sienne propre.
Professeur de langues germaniques, je crois au contraire que chaque fois qu'un homme ou une femme connaît une langue de plus, c'est son regard sur le monde qui s'ouvre plus largement. Et c'est son champ de conscience à l'autre qui s'élargit.
Je me sens particulièrement à l'aise pour évoquer la promotion de la langue française. Au sein de la Commission européenne comme en dehors.
Le français est une langue qui convient si bien aux valeurs de démocratie, de respect de l'autre, de dialogue, de culture. Culture quand elle mêle avec vitalité la créativité, les élans généreux, la recherche du Bon et du Beau, -et du plaisir aussi-, pour communiquer la vie.
Sans la langue française, le monde serait privé de quelque chose.
Au-delà de cette signification philosophique de la langue française, l'espace de la francophonie est un espace géographique étonnant qui concerne les cinq continents.
La francophonie, c'est également un marché économique. Celui-ci compte plus de 100 millions de consommateurs au sein de l'Europe.
Et c'est enfin un espace politique, avec 53 Etats-membres de l'Organisation Internationale de la Francophonie, dont un grand nombre de pays partenaires de l'Union européenne. Langue officielle dans 51 états et 34 pays, le français est la deuxième langue du monde sur le plan du potentiel politique.
Le français occupe des positions stratégiques privilégiées comme langue administrative, langue d'enseignement, langue de l'armée, langue de justice, langue des médias, langue du commerce ou des affaires. Nous devons aussi veiller à utiliser son potentiel d'instrument politique au sein des relations internationales.
Nous devons garder à l'esprit ces dimensions multiples de la langue française. L'Organisation internationale de la Francophonie en a d'ailleurs fait son leitmotiv. La valeur ajoutée du combat qu'elle mène est triple : combat pour la diversité culturelle, combat pour la démocratie, combat en faveur du Sud.
L'année 2006 a été déclarée « année de la diversité culturelle » par la Francophonie. Ceci indique le choix, non d'une défense pointilleuse, combative et exclusive de la langue française. Mais de ce qui, dans son usage même, participe de l'ouverture à l'autre.
La langue française doit renouer avec la culture de l'universel qui a fait sa grandeur. La francophonie doit entendre ce qui vient d'autres univers que les univers nationaux. Elle peut le faire parce que l'identité culturelle francophone révèle un projet de civilisation ouvert sur l'homme universel. Un projet construit sur l'acceptation de sa diversité.
L'Organisation internationale de la Francophonie, comme la Commission européenne, l'ont bien compris. La Commission est particulièrement attentive au nouveau mandat de la francophonie, notamment en matière de promotion de la démocratie, de prévention des conflits, de respect des droits de l'homme et de l'état de droit. Il s'agit d'enjeux dont nous avons fait nous-mêmes une priorité.
Le rôle de « vigie de la démocratie » joué par l'OIF, par rapport aux crises que traversent certains pays de l'espace francophone, ne cesse de gagner en crédibilité: au Togo, en Côte d'Ivoire, en Haïti, etc. Nous nous en réjouissons.
Enfin, la coopération avec le Sud est "inscrite dans les gênes" de l'Organisation internationale de la Francophonie, comme dans ceux de la Commission. L'OIF est un acteur important du développement, spécialement dans les domaines de la diversité culturelle, de la prévention des conflits et de la promotion de la démocratie. Elle partage avec la Commission les mêmes valeurs, les mêmes convictions, une même analyse des défis auxquels est confronté le monde.
C'est là tout le sens de ce protocole d'accord entre nos institutions: indiquer que nous menons un combat commun pour le développement. Et qu'à travers ce combat, l'OIF et la Commission mettent en acte, de façon concrète, les principes d'une culture de l'universel.
Je vous remercie et cède la parole à M. le secrétaire général de l'OIF.
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