Commissaire Michel - La Commission européenne et la Communauté Internationale confirment leur engagement en faveur de Haïti
Summary: Commissaire Michel - La Commission européenne et la Communauté Internationale confirment leur engagement en faveur de Haïti (21 octobre 2005: Bruxelles)
Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, «La Commission européenne et la Communauté Internationale confirment leur engagement en faveur de Haïti», Conférence Haïti 20/21 octobre 2005, Bruxelles
La Commission européenne et la Communauté Internationale confirment leur engagement en faveur de Haïti
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et les Chefs de Délégation,
Chers collègues,
Chers amis,
Nous sommes réunis ce matin avec nos amis de la République d'Haïti. Haïti qui a aujourd'hui besoin de notre amitié et de notre soutien.
Après des années d'incertitudes, Haïti connaît une des périodes les plus importantes et les plus délicates de sa longue histoire. Trop d'attentes et d'espérances ont été déçues sur les deux dernières décennies. L'Etat a trop souvent été instrumentalisé pour servir les intérêts des uns et des autres.
Lors de ma dernière venue en Haïti, en mars 2005, j'ai été frappé par le pessimisme d'une population désabusée. Une population qui a trop longtemps douté de son Etat, de ses dirigeants et de l'efficacité de l'aide. Une population qui a été le témoin de ce que peut devenir n'importe quel pays, quand l'État vient à disparaître.
Nous pouvons tous témoigner que depuis l'arrivée du Gouvernement de transition, d'importants efforts ont été réalisés, avec détermination et courage.
Souvenons-nous de l'état du pays il y a 18 mois seulement: un pays déchiré, une polarisation politique extrême, des régions sinistrées et enclavées, une corruption généralisée et le recours presque systématique à des intimidations et des menaces.
Avec une réelle volonté politique, vous avez, Monsieur le Premier Ministre, facilité et encouragé le retour des principales coopérations externes. Vous avez encouragé le redémarrage de l'économie.
Même si beaucoup reste à faire, la situation d'aujourd'hui est source de beaucoup d'espoirs. Elle est le gage d'une normalisation en cours. Mais ce retour à la normale est encore fragile et hypothéqué par de fréquentes tentatives de déstabilisation.
Nous en avons convenu ensemble hier : l'insécurité reste préoccupante et ralentit considérablement le redémarrage de l'économie et la restauration de l'Etat.
Je félicite la MINUSTAH pour son travail de ces derniers mois, effectué dans ce contexte difficile. Confrontée à de multiples provocations, la MINUSTAH assume une tâche de proximité courageuse et appréciée.
Je me réjouis également de ce que de nombreux Etats latino-américains et africains aient accepté de déployer des troupes et des policiers en Haïti, sous la férule des Nations Unies. Ceci traduit une authentique volonté de solidarité interrégionale et intercontinentale.
Avec le concours actif de la MINUSTAH et de l'OEA, avec l'appui financier substantiel des Etats-Unis, du Canada, et tout récemment du Brésil, des élections générales vont être organisées prochainement dans le pays.
La Commission européenne n'est d'ailleurs pas en reste, puisqu'une convention de financement pour un appui additionnel de 8 millions € porte à 18 millions € le soutien financier total de la Commission pour ce processus électoral.
Cependant, en dépit des efforts de tous, la tenue des élections a pris du retard. Nous en avons convenu hier: il est essentiel que les échéances électorales soient respectées.
Le transfert du pouvoir à un gouvernement élu doit se faire dans les délais constitutionnels. Je me réjouis des propos rassurants tenus à cet égard par M. le Premier Ministre.
Ces élections devront se dérouler dans un climat serein et apaisé. Il est primordial que chaque Haïtien, simple citoyen ou leader, se sente responsable et solidaire du verdict des urnes.
Après des années de dictature, la démocratie reste une idée assez neuve pour le pays. Elle est cependant la condition pour le développement du pays.
Je salue à cet égard les avancées du processus de « dialogue national », et surtout la signature, tout dernièrement, d'un « pacte de gouvernabilité ». Son respect par toutes les parties serait la preuve d'une nouvelle maturité politique.
L'Union européenne encourage de manière concrète le respect des normes démocratiques. Plusieurs institutions de la société civile sont déjà financées sur le budget communautaire pour la mise en place de réseaux d'observateurs nationaux. Par ailleurs la Commission se prépare à envoyer une mission d'observation électorale pour suivre et évaluer le processus.
Je me réjouis également des prochaines missions d'observation électorale américaine et canadienne. Ensemble, nous rendrons compte objectivement du déroulement du processus.
Mais chacun sait que les élections ne sont pas une fin en soi. Elles sont le début d'une nouvelle phase. Les leaders élus devront poursuivre les choix opérés par votre gouvernement de transition, Monsieur le Premier Ministre, notamment dans ses efforts vers une meilleure gouvernance politique et économique.
Je voudrais dire un mot du Cadre de Coopération Intérimaire. Il a indiscutablement permis une meilleure coordination de l'aide externe. Le dernier rapport d'évaluation mentionne des résultats perceptibles dans bien des domaines. Les engagements des bailleurs de fonds pris en juillet 2004, se sont déclinés en programmes, projets et contrats qui s'étaleront sur plusieurs années.
Mais les efforts sont ralentis par une capacité d'absorption du pays encore trop faible. Tous, nous devons travailler pour qu'un effort particulier soit fait en faveur du renforcement institutionnel, afin de doter l'Etat central -et demain, les institutions décentralisées-, de moyens de bonne gestion.
La Commission européenne a joué un rôle majeur dans le pilotage du Cadre de Coopération intérimaire, aux côtés de la Banque Mondiale, de la Banque interaméricaine de développement et des Nations Unies.
Sa contribution de 294 millions € représente 30% des besoins du CCI. Des procédures dérogatoires et exceptionnelles ont été adoptées par la Commission pour prendre en considération la situation de post conflit du pays, et permettre une mise en œuvre plus flexible et plus rapide de notre coopération.
Tout dernièrement, le Conseil européen, a adopté, sur proposition de la Commission, la décision de libérer les 72 millions € qui étaient encore conditionnés à des progrès démocratiques et à l'organisation des élections. Ce montant doit désormais faire l'objet d'une programmation avec le gouvernement haïtien. Mais une partie significative pourrait à mon sens être réservée à des appuis institutionnels.
Vous le savez, Monsieur le Premier Ministre, la transition politique en Haïti s'étendra au-delà de votre mandat. Chacun ici en est conscient.
La Conférence d'aujourd'hui poursuit un processus initié à Washington en juillet 2004. Après les Conférences de Cayenne et de Montréal, notre rencontre d'aujourd'hui a pour objectif de poursuivre les réformes engagées par le gouvernement de transition et de soutenir celles qui devront être mises en œuvre par le prochain gouvernement élu.
La dynamique de progrès doit être irréversible.
Votre gouvernement, Monsieur le Premier Ministre, a initié d'importantes réformes en matière de gouvernance économique, ce qui a facilité le retour des institutions financières internationales. Ces réformes doivent être pérennisées et permettre une gestion transparente et crédible des finances publiques. A cet égard, j'ai chargé mes services d'étudier la mobilisation de fonds pour un appui budgétaire, afin de permettre à Haïti de finaliser son budget.
Il faut aussi préparer l'avenir à plus long terme. Une stratégie globale de lutte contre la pauvreté doit permettre à Haïti d'atteindre les objectifs du Millénaire et de partager, enfin, les fruits de la croissance et les bénéfices de la mondialisation.
Haïti dispose d'atouts : sa situation géographique, la qualité de ses cadres, l'importance de sa diaspora, la force de sa société civile, et aussi le nombre important de ses amis, comme en témoigne une nouvelle fois l'assemblée réunie aujourd'hui.
Le pays a souvent montré, dans son histoire, sa capacité à se mobiliser. La dynamique démocratique actuelle offre un nouveau rendez-vous avec le destin que Haïti et ses amis ne peuvent plus manquer.
Soyez assuré, Monsieur le Premier ministre, de l'appui de l'Union européenne. Avec l'aide de ses autres partenaires, elle sera un allié fiable de la délicate entreprise de restauration de Haïti.
Je vous remercie.
- Ref: SP05-294FR
- EU source: European Commission
- UN forum:
- Date: 21/10/2005
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