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Louis Michel - La politique de développement, une projection concrète et ambitieuse de l'UE

Summary: 25 juin 2005: Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide Humanitaire, «La politique de développement, une projection concrète et ambitieuse de l'UE» Conseil des Ministres ACP-UE (Luxembourg)



La politique de développement, une projection concrète et ambitieuse de l'UE

Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

La présente session du Conseil des Ministres ACP-CE revêt d'une importance particulière, tout d'abord, parce qu'elle coïncide avec l'anniversaire des 30 ans de la fondation du Groupe ACP. Cette coopération présente un cadre de coopération unique. Et je suis intimement convaincu que c'est un cadre qui doit servir de modèle.

C'est un modèle, car il crée un espace pour le dialogue beaucoup plus large et beaucoup plus perspectif.

Et l'Europe doit renforcer son ambition sur ce plan-là.

Vous le savez : la part européenne de l'aide mondiale au développement est de 56%. 56% ! Ce qui place l'Europe - Etats membres et Commission confondus - en première position dans la communauté internationale des donateurs, avec un montant de 46 milliards d'euros par an.

Et pourtant, malgré cette position de leader, nous n'arrivons pas à mieux valoriser la politique européenne de développement et à en obtenir l'influence ou les retombées qu'il conviendrait, que ce soit en termes politiques, géostratégiques ou économiques.

La politique de développement constitue sans aucun doute l'une des projections les plus concrètes et les plus ambitieuses de l'Union européenne, et elle doit le rester. Elle est une de ses plus belles expressions, parce qu'elle traduit concrètement notre fonds commun de valeurs : la solidarité, le respect de la dignité humaine, l'égalité, la tolérance, la liberté d'opinion et d'expression, la foi en l'homme et en ses ressources pour construire un avenir meilleur.

La coopération avec les pays partenaires du Groupe ACP s'inscrit dans cette politique, elle en est une expression concrète, fondée sur une histoire commune et orientée vers un avenir commun. Aussi voudrais-je, à l'occasion de ce Conseil, réitérer la grande importance que j'y attache.

Car notre politique de développement ne peut pas se limiter à une opération de charité à grande échelle. Si notre action se réduit uniquement à de la générosité, elle sera vouée à l'échec.

Elle sera vouée à l'échec parce qu'elle ne favorisera pas l'appropriation ; nous devons faire de nos partenaires les acteurs de leur propre développement.

Elle sera vouée à l'échec parce qu'elle conduira à une déresponsabilisation dramatique de ceux-là mêmes que nous voulons aider.

Elle sera vouée à l'échec parce qu'elle sera vécue comme du néo-colonialisme.

Pour éviter ces écueils, la politique européenne de développement doit encourager une conception de l'aide comme une dépendance mutuelle, une conception du développement comme un partenariat (respect mutuel).

L'accord de Cotonou reflète cette idée de partenariat à fond.

Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Nous nous réunissons au moment où plusieurs événements touchent notre coopération. 2005 est une année importante pour le développement :

le développement bénéficie d'un soutien et d'une prise de conscience inédits, sans doute dû à l'effet tsunami, même s'il ne faut jamais confondre compassion événementielle et solidarité durable;

le développement est au cœur de l'agenda des débats dans les plus hautes instances internationales : Conseil européen de juin ; G8 de juillet ; suivi des engagements pris à Monterrey pour le financement du développement ; finalisation de l'Agenda de Doha ; Sommet des Nations Unies consacré à l'examen des progrès réalisés vis-à-vis des Objectifs du Millénaire pour le Développement en septembre à New York.

Dans ce contexte, l'Europe doit faire entendre sa voix :

- d'une part, parce qu'elle est le premier bailleur de fonds, qu'elle doit conserver et renforcer cette position de leader, sinon d'autres le feront ;

- d'autre part, parce que si l'Union européenne est capable de se fixer des objectifs ambitieux, elle motivera les autres acteurs de la communauté internationale à en faire autant, si pas plus.

Cette volonté de montrer le chemin et d'entraîner la communauté internationale dans une démarche concrète et volontariste s'est concrétisée par l'adoption par la Commission, en avril 2005, de trois communications :

- une sur la contribution de l'UE au Sommet de New York. Cette Communication comprend un volet sur la priorité à accorder à l'Afrique. Cette focalisation ne se fera pas au détriment de nos autres partenaires.

- une autre sur le financement du développement, avec les aspects de volume de l'aide (20 mia EUR en plus), mais aussi d'efficacité et de qualité de l'aide ;

- une dernière sur la cohérence des politiques pour le développement, c'est-à-dire comment faire contribuer les autres politiques de l'Union au développement (cf. liste des 11 domaines identifiés par l'UE). En effet, l'Union est décidée d'accroître l'impact de nos différentes politiques et, en même temps, d'assurer leurs synergies pour saisir les opportunités favorisant un développement durable.

Fin mai, le Conseil Affaires Générales et Relations extérieures a entériné les éléments principaux contenus dans les trois communications que je viens de citer. Il a notamment souscrit à la proposition de la Commission de fixer une nouvelle cible intermédiaire collective pour l'APD à 0,56 % en 2010. Ce faisant, l'Union européenne s'assure des fonds additionnels de 20 milliards d'euros par an à partir de cette date.

Enfin, dès le début de mon mandat de Commissaire européen, j'ai aussi décidé de faire de la mise à jour de la politique de développement de l'Union européenne une priorité. En effet, depuis l'an 2000 - date à laquelle la Commission avait défini son cadre politique d'action - plusieurs événements (terrorisme, mondialisation, objectifs de développement du millénaire) ont influencé la direction et les objectifs des politiques de développement et rendent une mise à jour indispensable. Je suis donc en train de travailler à l'élaboration d'une « stratégie commune de développement » à l'instar de ce que nous avons développé en matière de sécurité, et que je présenterai au Collège en juillet prochain.

Dans le plein respect des compétences partagées entre la Commission et les Etats membres, je défendrai une meilleure coordination et des objectifs communs pour notre coopération. Sur ces bases, le « Consensus de Bruxelles » définira, pour la première fois en 50 ans de coopération, le cadre de principes que nous partageons dans lequel l'Union et ses 25 Etats membres mettront chacun en œuvre leurs politiques de développement dans un esprit de complémentarité.

La révision de l'accord de Cotonou de février dernier s'inscrit dans la même optique de rendre notre coopération plus dynamique et sans doute plus bénéfique pour les deux parties. Les résultats de cette négociation constituent une avancée politique déterminante et consacrent la nature exceptionnelle de notre partenariat fondé sur la reconnaissance d'une dépendance mutuelle. Désormais, nous pouvons parler de la coopération conçue comme un lien solide avec des intérêts réciproques.

Un élément clé de cette négociation qui confirme l'engagement de l'Union vis-à-vis des partenaires ACP tant au niveau de l'acquis de Cotonou que sur le plan financier, est la décision de l'Union européenne qui, je cite, « maintiendra son effort d'aide aux Etats ACP au moins au même niveau que le 9ème FED hors reliquats auquel il convient d'ajouter, sur base des estimations communautaires, les effets de l'inflation, de la croissance au sein de l'Union européenne et de l'élargissement de celle-ci aux 10 nouveaux Etats membres en 2004 ». En outre, cet effort d'aide minimum est garanti sans préjudice de l'éligibilité des Etats ACP à des ressources additionnelles au titre d'autres instruments existants ou à créer. Ceci est une formule précieuse, car elle se traduira par un chiffre important, et ce en dépit des difficultés actuelles autour des discussions sur le budget communautaire.

La Commission a au raison de sécuriser le niveau de l'aide aux ACP et de mettre ceux-ci au centre des politiques de l'Union. La conclusion de la révision de l'Accord de Cotonou et les garanties des fonds en faveur des ACP devraient rassurer les derniers sceptiques à ce sujet.

A ce stade, les discussions sur le budget communautaire continuent. Dans ce processus difficile et délicat pour l'Europe, nous sommes tout à fait conscients de notre responsabilité commune vis-à-vis de nos partenaires ACP. La Commission a l'obligation de se préparer. Et je puis vous le confirmer : elle se prépare. Sans écarter la possibilité d'une budgétisation, elle se prépare en parallèle pour un 10ème FED. Nous ne serons pas pris en défaut. Nous serons donc en mesure de répondre aux besoins de financement de nos partenaires.

Enfin, j'aimerais me référer à un autre point significatif de notre coopération, celui du milliard conditionnel du 9ème FED. Grâce à un résultat positif, notamment en ce qui concerne l'absorption des fonds du FED, résultat qui reflète bien une amélioration nette de notre coopération, il s'est avéré possible de mettre à disposition le reste du milliard conditionnel pour financer des programmes en faveur des ACP. La mise à disposition de ces fonds a également été conditionnée par des propositions concrètes quant à leur usage. La Communauté a fait ses propositions en tenant bien compte des souhaits des ACP ainsi que des obligations internationales de notre coopération. L'accord de notre Conseil sur les financements dans les domaines prioritaires de notre coopération sera un résultat très positif et une preuve de la vitalité de notre coopération.

Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Les enjeux du développement sont énormes. Nous progressons, mais le chemin est encore long.

Nos réunions d'aujourd'hui et de demain nous permettront d'approfondir et de moderniser notre partenariat.

Je tiens à vous remercier pour l'esprit constructif dans lequel se déroule le dialogue politique. Ce dialogue politique doit devenir une véritable alliance politique.

Le jour où l'Union européenne et les pays ACP décideront de parler d'une seule voix dans les enceintes internationales, elles auront, je pense, assez facile pour peser sur le cours des Affaires du Monde.

Cette alliance politique est à mes yeux au moins aussi essentielle que notre partenariat économique et que notre partenariat de développement.

Nous avons des intérêts stratégiques communs.

Nous pouvons les faire valoir pour une meilleure harmonie du monde.

La valeur ajoutée de notre alliance, c'est d'abord cela : une stratégie politique portée ensemble au service d'une prospérité mieux partagée.

Réaliser cette ambition, ce serait tourner définitivement le dos à une histoire souvent dramatique et injuste dont vos pays portent le poids depuis si longtemps, depuis trop longtemps.

Si nous le voulons, l'alliance de l'UE qui est une des plus belles idées morales de l'histoire, avec vos pays peut devenir l'énergie vitale qui éclairera l'humanité d'une lumière nouvelle.

Ensemble, j'en suis convaincu, nous pouvons vaincre toutes les fatalités pour que le monde ait enfin les couleurs joyeuses de la justice, de la fraternité et de l'optimisme.

  • Ref: SP05-272FR
  • EU source: European Commission
  • UN forum: 
  • Date: 25/6/2005


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