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Commissaire Michel - Financement de l'Education pour Atteindre les Objectifs du Millénaire 2 & 3

Summary: le 22 juin 2005: Louis Michel, Commissaire européen au Développement et Aide humanitaire, "Financement de l'Education pour Atteindre les Objectifs du Millénaire 2 & 3", Audition Parlementaire, Parlement européen (Bruxelles)



Financement de l'Education pour Atteindre les Objectifs du Millénaire 2 & 3

Mesdames, Messieurs les Parlementaires Européens, les représentants des ONGs, chers collègues, chers amis,

Vous m'avez invité à prendre la parole sur le lien inextricable entre éducation et développement, et sur le financement des activités dans ce domine, et je vous en remercie.

Je veux d'entrée réaffirmer solennellement l'importance que j'attache à l'éducation dans les pays en développement. J'ai la profonde conviction que l'éducation est la clé du développement.

Dans le long terme, il n'y a pas d'alternative à l'éducation pour éradiquer la pauvreté:

- L'éducation est à la base de la prospérité. Il n'y pas de progrès économique, social et humain sans accès de tous au savoir.

- L'éducation est le ciment de la démocratie. Aucune démocratie n'est durable sans une société civile active et informée des questions clés de la société et du pays. Ceci nécessite un accès du plus grand nombre des citoyens au savoir.

Pourtant, une partie importante de l'humanité reste exclue des bénéfices de l'éducation:

- 800 millions d'adultes ne savent ni lire ni écrire, dont près de deux tiers sont des femmes.

- 100 millions d'enfants ne vont pas à l'école, dont près de 60% sont des filles.

Ce constat est accablant et je ne peux tirer qu'une conclusion: les progrès vers les Objectifs du millénaire pour l'éducation sont insuffisants.

- On estime que 70 pays risquent de rater l'objectif de permettre à tous d'achever le cycle d'études primaires d'ici 2015 - ce sont avant tout des pays d'Afrique Sub-Saharienne et d'Asie du Sud.

- Quant à l'objectif fixé à 2005 d'atteindre une parité garçons/filles dans l'enseignement primaire et secondaire, nous avons déjà échoué.

Le défi est énorme, j'en ai conscience. Mais croyez-moi je ferais ce qui est en mon pouvoir pour contribuer à atteindre ces Objectifs du millénaire pour l'éducation.

Laissez-moi tout d'abord dire quelques mots sur l'action communautaire dans le domaine de l'éducation.

Vous le savez certainement, mais je le répète: la Communauté fait déjà beaucoup en faveur de l'éducation:

- Son effort financier est considérable: 1.3 milliard d'euros sur la période 2002-2007.

- Pour les pays ACP, l'aide bilatérale pour l'éducation s'élève à 464 millions d'euros au titre du 9ème Fonds européen de développement (FED). Au Niger, nous payons les salaires des instituteurs, en Afrique du Sud, nous construisons des écoles dans des régions défavorisées, et nous soutenons les efforts nationaux de préventions du VIH/SIDA pour l'éducation supérieure.

- La CE a d'énormes programmes en faveur de l'éducation de base dans d'autres régions du monde : 135 millions d'euros au Bangladesh où, avec 9 autres bailleurs de fond, nous contribuons à une approche harmonisée pour le secteur de l'éducation primaire, 98 millions d'euros au Pakistan et 50 millions d'euros en Indonésie.

Pourtant, j'entends, ici et là, que ces chiffres sont insuffisants.

En ce qui concerne les ACP, par exemple, les 464 millions d'euros ne représentent « que » 5,5% des fonds alloués sur une base bilatérale. J'en conviens, c'est une proportion relativement faible.

Il y a toutefois quelques principes forts que j'aimerais rappeler ici, et qui nuancent cette vision:

- Le premier est le principe d'appropriation par le pays partenaire. Cela signifie tout simplement que ce sont nos partenaires qui décident des priorités de leur coopération bilatérale avec nous. Or, seuls 20 pays ACP ont choisi l'éducation comme priorité.

- Le deuxième concerne l'évolution des instruments. Vous le savez, la Commission Européenne a décidé de se focaliser sur les résultats, sur le « output », et non sur le « input ». Ce qui compte au final, c'est l'amélioration des indicateurs, c'est à dire la situation sur le terrain. Pour arriver à ces résultats, il y a plusieurs moyens, à savoir, des projets dans l'éducation, mais aussi de l'appui budgétaire, sectoriel ou général.

- Vous le savez déjà certainement, je souhaite passer de l'aide projet à l'appui budgétaire. Pourquoi ? L'appui budgétaire est premièrement en phase avec l'appropriation car il implique que nos partenaires mettent en œuvre des politiques adéquates. Même si dans le cas d'un appui budgétaire général (soit 30% de l'aide bilatérale aux ACP), il n'est pas possible de déterminer de façon exacte où vont les fonds, nous savons pour autant qu'une partie des décaissements est déterminée par la performance dans les secteurs sociaux, notamment l'éducation. L'appui budgétaire général constitue donc un levier très important en faveur de l'éducation.

- Troisièmement, la programmation pluriannuelle de l'aide. Celle-ci offre une garantie de prévisibilité à nos partenaires, et suppose de leur part la mise en œuvre d'une stratégie cohérente sur plusieurs années. La contrepartie est une flexibilité réduite pour changer de priorités ou en inclure de nouvelles en cours d'exercice.

- Quatrièmement, il faut bien sûr analyser ce que font les autres bailleurs de fonds dans le pays. En effet, si plusieurs donateurs sont déjà actifs dans ce domaine précis, la Commission a tout intérêt à concentrer ses efforts dans d'autres domaines où les besoins sont pressants.

Un mot concernant l'Initiative Fast-Track pour l'éducation. Beaucoup d'entre vous fondent leur espoir en elle. Elle tend pourtant à être décriée pour ses effets restreints.

- Mon point de vue est qu'il s'agit d'une initiative importante, qui a permis d'insuffler une dynamique nouvelle dans le soutien à l'éducation. De nouveaux engagements financiers ont été pris, de nouveaux instruments originaux ont été créés, et on observe sur le terrain un renforcement de la coopération entre bailleurs et gouvernements.

- La Commission n'a mobilisé que peu de fonds additionnels pour le Fast-Track: 15 millions d'euros pour le Burkina Faso et 20 millions d'euros pour le Niger. A cela deux raisons principales: d'une part l'appropriation, peu de pays Fast-Track nous ayant demandé un soutien; d'autre part le manque de flexibilité de la programmation.

- Reconnaissant cette faible mobilisation, la Commission a proposé d'allouer 63 millions d'euros de la réserve du 9ème FED au Fonds catalytique du Fast Track. Ce Fonds bénéficie aux pays orphelins qui ne peuvent pas mobiliser suffisamment de ressources en faveur de l'éducation primaire par le biais des bailleurs au niveau national. Je suis heureux de voir que les pays ACP ont approuvé cette proposition mi-Juin lors de la Session Extraordinaire du Comité Ministériel ACP de Coopération pour le Financement du Développement à Niamey.

Laissez-moi à présent vous tracer quelques orientations pour l'avenir.

L'éducation est et restera une composante centrale de notre aide au développement. Je m'y engage.

Mais quelles sont les grandes orientations et les échéances pour l'avenir?

1. L'Union s'est engagée à augmenter son aide publique au développement. Nous devrions passer de 0.36% de notre Produit Intérieur Brut à 0.56 % d'ici 2010 puis à 0.7% d'ici 2015. Il en résultera un montant additionnel annuel de 20 millions d'euros d'ici 2010. Une part de cette manne bénéficiera évidemment, naturellement à l'éducation.

2. Une nouvelle Déclaration sur la politique de développement est en cours d'élaboration. L'objectif est de la soumettre à l'approbation conjointe du Parlement, du Conseil et de la Commission après le Sommet des Nations Unies sur les Objectifs du millénaire en Septembre. Ces Objectifs, et en leur sein l'éducation, en formeront naturellement le socle.

3. En parallèle, la Commission élabore une stratégie pour l'Afrique visant à contribuer à atteindre les Objectifs du millénaire sur ce continent. Là encore, l'éducation occupera une place centrale.

Quand nous aurons ces éléments, il s'agira alors de concrétiser ces orientations au niveau de la programmation bilatérale de notre coopération. La balle sera alors dans le camp de nos partenaires. Il leur reviendra de fixer les priorités de leur coopération avec nous dans les nouvelles stratégies nationales conjointes qui entreront en vigueur vers 2007-2008.

J'espère tout comme vous que l'éducation y occupera une place de choix.

Je conclurais avec une citation que j'ai découverte par hasard:

« L'éducation, c'est l'Homme qui passe de la certitude ignorante à l'incertitude réfléchie ».

Si nous pouvions tous faire preuve d'un peu plus d'incertitude réfléchie, y compris dans le domaine du développement, le monde s'en porterait sans aucun doute mieux.

  • Ref: SP05-271FR
  • EU source: European Commission
  • UN forum: 
  • Date: 22/6/2005


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