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Commissaire Michel - Tous les donateurs doivent rejoindre l'ambition de l'UE pour augmenter l'aide

Summary: le 28 juin 2005: Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l'Aide Humanitaire, «Tous les donateurs doivent rejoindre l'ambition de l'UE pour augmenter l'aide», Dialogue de haut niveau sur le financement du développement, Nations-Unies (New York)



Tous les donateurs doivent rejoindre l'ambition de l'UE pour augmenter l'aide

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs,

Je suis particulièrement heureux de pouvoir m'adresser à vous aujourd'hui sur la question critique du financement pour le développement et le suivi du consensus de Monterrey.

Le consensus de Monterrey est une réalisation clé de la communauté internationale. Il a pour la première fois institué le partenariat global pour le développement, condition indispensable pour éradiquer la pauvreté et faire des progrès réels sur la voie du développement.

Des progrès ont été enregistrés depuis la mise en place de ce partenariat. Mais ils demeurent insuffisants. Cela a été mis en lumière par le rapport du Secrétaire Général.

Cette situation n'est pas acceptable. Ce n'est pas acceptable. Ce n'est pas acceptable humainement. Ce n'est pas acceptable politiquement. Face aux défis d'une pauvreté persistante, face à une mondialisation qui laisse à la dérive des pans entiers de la population et de nombreux pays ; un changement radical est nécessaire. D'abord pour des raisons de solidarité humaine, mais aussi pour des raisons de sécurité et de stabilité mondiales.

Je suis bien sûr de ceux qui pensent que la responsabilité principale incombe aux pays en développement eux-mêmes. Ils doivent adopter et mettre en œuvre des stratégies nationales ambitieuses, volontaristes, et je dirais même audacieuses, de lutte contre la pauvreté. Ils doivent s'approprier entièrement le processus de développement. Ils ne peuvent le faire qu'en s'imposant des exigences de gouvernance efficaces et intègres.

Si l'on veut concrétiser un partenariat global, les pays en développement doivent prendre eux-mêmes la direction de leur destin pour sortir leurs pays de la pauvreté. Sans cette appropriation complète par les pays, le développement n'a aucune chance de réussir.

Nous ne pourrons jamais faire à la place de nos partenaires ce qu'ils peuvent faire mieux eux-mêmes. Mais ceci étant dit, cela ne permet pas à la Communauté internationale de se soustraire à sa responsabilité. La communauté internationale de donateurs doit accompagner ce processus. Nous devons faire plus. Nous devons faire mieux. Nous devons faire plus vite.

La Commission européenne a convaincu le Conseil européen de s'inscrire dans cette dynamique volontariste et prometteuse. Les 25 Etats de l'Union se sont accordés sur une proposition d'augmentation de leur budget d'aide au développement qui représentera 20 milliards d'euros de plus à l'horizon 2010. L'Union était déjà largement le premier donateur d'aide mondial, comme elle est aussi le plus grand partenaire commercial des pays pauvres. Par les décisions prises, elle entend prendre totalement ses responsabilités.

Cette décision historique était nécessaire si nous voulons réaliser et atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Nous avions pris des engagements à Monterrey pour 2006. Ces engagements seront respectés et même dépassés. Nous nous sommes fixés un calendrier et des cibles précises. Pour 2010, 0,56% ; et pour 2015, 0,7%.

Les sources innovatrices de capitaux peuvent également contribuer à l'effort de développement global. L'Union Européenne a lancé une initiative pour un prélèvement volontaire de solidarité sur les billets d'avion. Nous espérons rallier à cette mesure le plus grand nombre.

La Commission Européenne, quant elle, étudie la possibilité d'utiliser des amendes antitrust, prélevées par la Commission européenne, comme contribution additionnelle au budget du développement.

Au-delà des questions de volume, l'amélioration de la qualité et de l'efficacité de l'aide constitue un autre défi.

Nous devons mettre en œuvre sérieusement nos discours politiques sur l'appropriation, le partenariat, l'alignement sur les processus nationaux, les approches fondées sur les résultats. La décision du Conseil des Ministres en Mai répond à ces exigences par des solutions concrètes en termes d'harmonisation, de complémentarité, de véritable division du travail.

Nous ne pouvons plus continuer à absorber le temps et l'énergie des Gouvernements et des administrations de nos partenaires en développement en multipliant nos missions, nos exigences et ce qui apparaît encore trop souvent comme des tracasseries déconnectées des réalités.

A cet égard l'aide budgétaire, qui est le symbole de l'appropriation par les partenaires de leur propre développement et permet de couvrir les coûts récurrents tels que le salaire des enseignants ou des infirmières, est sans doute, dans tous les pays où elle est possible, l'instrument le plus efficace et le mieux adapté.

L'Union la renforcera. En même temps elle s'efforcera de la rendre plus prévisible et moins volatile pour donner une sécurité à nos partenaires, sur une perspective de moyen terme, afin de leur permettre de prendre les engagements budgétaires nécessaires à la réalisation des OMDs.

Des ressources accrues et une aide plus efficace sont essentielles mais ne suffisent pas pour atteindre les OMDs. D'autres politiques internes (commerce, agriculture, environnement, recherche …) peuvent apporter une contribution non négligeable au développement. C'est la raison pour laquelle l'Union a pris un engagement politique de cohérence pour le développement.

Cet engagement signifie deux choses :

Assurer que les mesures et actions prises au plan interne de l'Union ne minent pas les efforts vers les OMDs.

Trouver les synergies appropriées de telle sorte que ces politiques puissent apporter une plus value additionnelle pour le développement.

Enfin l'UE entend engager une politique focalisée sur l'Afrique. Et en particulier sur l'Afrique subsaharienne. Le retard y est considérable. La misère insupportable.

C'est la raison pour laquelle l'Union a considéré fondamental de consacrer au moins 50% de l'accroissement de son aide publique en faveur du Continent. Elle va accentuer ses efforts sur 3 plans :

Le plan politique : pour appuyer l'Union Africaine, renforcer la gouvernance, soutenir le mécanisme de revue par les pairs, contribuer à la paix, la sécurité et la résolution des conflits.

Le plan économique : en finançant les grands réseaux transafricains de communication et en renforçant son aide au commerce et à l'intégration régionale.

Le plan social : dans un but d'équité et de cohésion sociale à travers une amélioration de l'accès aux services de bases, un financement adéquat et prévisible des maladies transmissibles et un environnement durable.

Engagement d'autres bailleurs

Mesdames, Messieurs,

L'Union Européenne a pris l'initiative, je viens de vous le montrer. Nous remplissons notre rôle dans le partenariat global créé à Monterrey. Mais la contribution de l'UE seule ne sera pas suffisante.

Toute la communauté des bailleurs doit tenir ses promesses. Nous avons besoin du respect des promesses faites par tous les donateurs pour tenir les engagements liés au développement. Cela a été convenu à Monterrey.

Pour améliorer la qualité de notre aide, nous devons améliorer la coordination de cette aide. Nous avons besoin de partenaires. Nous devons pouvoir répartir le travail entre nous pour focaliser nos énergies dans les secteurs dans lesquels nous sommes les plus compétents.

Conclusion

L'Europe a su prendre ses responsabilités pour que le Sommet de New York en Septembre soit ambitieux et porteur de changement parce que les OMD ne peuvent pas rester lettre morte.

L'UE invite les autres acteurs de la communauté internationale des donateurs à être aussi positifs, déterminés et ambitieux.

Le développement ne se limite pas à une mobilisation exceptionnelle pour récolter des fonds quand un tsunami frappe brutalement l'Asie du Sud Est.

Le développement, c'est plus qu'une opération de charité à vaste échelle, de temps en temps, quand on ne peut pas faire autrement et quand les médias surfent sur l'émotion des peuples.

Le développement c'est un devoir constant de liberté. C'est en user en tant qu'acteur engagé et patriote du monde.

Je terminerais d'ailleurs en citant un Grand Homme, Nelson Mandela, qui a déclaré récemment:

«Eradiquer la pauvreté n'est pas un geste de charité, c'est un acte de Justice. C'est la protection d'un droit fondamental, le droit à la dignité et à une vie décente. Tant que la pauvreté existera, il n'y aura pas de véritable liberté.»

  • Ref: SP05-409FR
  • EU source: European Commission
  • UN forum: Other
  • Date: 28/6/2005


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