European Union @ United Nations, Partnership in Action
 
 
EU-related events in and around New York City: learn more about academic programs and think-tank events, arts festivals and cultural activities.

 
EU in the USA - delegation to Washington, DC

< Back to previous page

Présentation du Commissaire Michel sur 'Le nouveau mandat de la Commission en matière de coopération et d'action humanitaire'

Summary: Le 10 fevrier 2005: Louis Michel, Commissaire européen au Développement et Aide humanitaire. "Le nouveau mandat de la Commission en matière de coopération et d'action humanitaire". Journée organisée par la "Coordinadora de ONG para el Desarrollo España" (Madrid)

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de prendre la parole devant vous. Et je voudrais vous remercier de me donner l'occasion de m'exprimer sur la politique de développement et d'aide humanitaire de l'Union européenne au début de mon mandat.

Vous le savez, j'ai demandé à être Commissaire en charge du développement et de l'aide humanitaire.

En tant que Ministre des Affaires étrangères, j'ai souvent été le témoin du malheur insupportable de populations entières,

exclues du progrès,
exclues de l'égalité des chances,
exclues de la justice sociale,
exclues de l'humanité.

De larges parties du monde - et je pense notamment à l'Afrique subsaharienne - restent en retrait du monde, en marge de nos consciences, privées des avantages de la mondialisation, quand elles n'en deviennent pas les victimes.

A l'heure où tout serait possible techniquement, scientifiquement, politiquement, socialement, des millions d'êtres humains demeurent confrontés à la pauvreté extrême, à la faim, aux maladies, à l'absence de perspectives, coincés sans espoir dans le cul de sac de la misère absolue.

En Afrique, en Asie, en Amérique latine, 750 millions de pauvres sont englués, exclus du progrès et d'un minimum de conditions de vie décente.

L'Union européenne peut et doit changer les choses.

Nous sommes aujourd'hui le plus grand bailleur de fonds et le principal marché pour ces pays. Nous devons continuer à mobiliser cette formidable capacité pour fabriquer plus de paix, plus de solidarité, plus de justice.

Nous l'avons fait à l'intérieur de nos frontières, nous devons le faire dans le monde.

Vous le savez, l'Union européenne est aujourd'hui à la croisée des chemins, à un tournant de son histoire. L'Europe aura le regard fixé sur vous le 20 février, lorsque l'Espagne donnera le signal d'une série de consultations populaires sur la Constitution européenne. J'appelle de tous mes vœux un soutien massif à la Constitution européenne.

Cette Europe qui vient, je la souhaite encore plus forte et plus engagée. Le referendum sur la Constitution est l'occasion d'expliquer « pourquoi l'Europe ? », à quoi sert l'Europe ? Quel est son projet ?

Pour moi, l'Europe, c'est agir ensemble pour un monde meilleur, le refus d'un égoïsme frileux. C'est un projet unique fondé sur un socle de valeurs fondamentales: la démocratie, les droits de l'homme, l'égalité, la tolérance et la solidarité.

Un projet qui garantit la paix et la solidarité à l'intérieur de nos frontières, mais qui vise également à les promouvoir dans le monde.

Et ce qui fait tout particulièrement la différence européenne, c'est que l'Europe n'impose rien. Elle invite, suggère, encourage. L'Europe respecte l'autre. Elle ne contraint pas. Elle convainc.

En partageant une partie de nos souverainetés, nous pouvons en tant qu'Européens peser sur le destin du monde. Nous le voyons bien dans le commerce international, où nous sommes l'égal des Américains car nous parlons d'une seule voix.

Il faut donc que l'Union européenne agisse davantage comme une entité, et moins de manière égocentrique, désordonnée.

L'Union européenne doit utiliser ses ressources et son expérience pour se transformer en « continent passerelle » et favoriser ainsi l'émergence d'un nouvel équilibre entre le Nord et le Sud.

L'Union européenne peut prendre le leadership mondial du développement durable.

Je sais que la politique de développement est une compétence partagée entre l'Union et ses Etats membres. Mais je sais aussi que nous pouvons créer les conditions d'une véritable stratégie basée sur la coordination et l'harmonisation. Je mettrai toute ma détermination à réaliser cet objectif.

Comment en effet ne pas convaincre les Etats qu'une cession d'une partie de leur souveraineté dans une matière aussi essentielle pour l'humanité est dérisoire au regard des enjeux?

Ces enjeux, justement, quels sont-ils?

Rien de moins que de réduire de moitié l'incidence de la pauvreté à l'horizon 2015.

La communauté internationale s'y est engagée il y a 5 ans. Mais, au rythme actuel, il faudra 100 ans avant que ne se réalisent les Objectifs du Développement pour le Millénaire.

Il y a donc urgence.

Comment en effet peut-on continuer à accepter que plus d'un milliard d'êtres humains vivent avec moins d'un dollar par jour?

Que 11 millions d'enfants meurent chaque année, c'est-à-dire 30.000 enfants chaque jour, la plupart étant âgés de moins de 5 ans?

Que la moitié d'entre eux succombent à des maladies que nous pouvons traiter, comme la malaria, la diarrhée et la pneumonie?

Comment peut-on continuer à tolérer qu'un habitant de cette planète sur 4 n'ait pas accès à l'eau potable?

Que 114 millions d'enfants n'aient pas accès à l'école primaire, et que 584 millions de femmes soient analphabètes?

C'est révoltant. Nous n'avons aucune excuse pour ne pas agir.

Mais nous devons en même temps être conscients des menaces nouvelles qui pèsent sur les politiques de développement. Je parle ici de deux questions qui perturbent fondamentalement nos conceptions et les stratégies que nous avons menées jusqu'ici:

- l'émergence du terrorisme international d'une part

- et les risques d'une mondialisation non maîtrisée d'autre part.
Première question: l'émergence du terrorisme international. Onze mois après les attentats barbares de la gare Atocha, cette plaie reste cruellement ouverte dans nos esprits.

Il existe évidemment de nombreux liens et complémentarités entre les actions de développement et les actions de sécurité. Et je ne suis pas fermé à l'idée de débattre sur le lien entre développement et sécurité.

Mais la coopération au développement doit - de mon point de vue - rester centrée sur ses objectifs spécifiques. Elle ne peut à aucun prix être instrumentalisée pour des raisons de pragmatisme ou d'opportunisme politique, sinon elle perdra son efficacité dans le traitement des causes profondes de l'insécurité.

Deuxième question: les risques d'une mondialisation non maîtrisée.

Parce que nous n'avons pas été capables de mettre en place une véritable gouvernance mondiale, la mondialisation a eu un effet d'accélérateur des inégalités dans de nombreuses parties du monde.

Il est aujourd'hui de notre devoir - mais aussi de notre intérêt - de tout faire pour réduire ces inégalités qui sont vécues comme autant d'injustices.

La coopération au développement représente, de mon point de vue, l'instrument le plus pertinent et le plus efficace pour faire face à ces menaces.

On ne lutte durablement contre l'insécurité que si on a la volonté de s'attaquer à ses causes profondes. On ne peut assurer les avantages de la mondialisation pour tous qu'à condition d'avoir la volonté d'en enrayer les effets négatifs ou pervers.

De nombreux programmes de développement,

quand ils s'attaquent à l'exclusion sociale,

quand ils encouragent la bonne gouvernance,

quand ils soutiennent le développement économique,

quand ils permettent aux infrastructures d'être opérationnelles,

quand ils donnent aux pays partenaires une capacité d'accès aux marchés internationaux,

contribuent de manière déterminante à prévenir la montée des réseaux terroristes, qui autrement tirent parti de la précarité de ces populations.

Il s'agit donc de repenser les rapports entre développement et sécurité, entre aide humanitaire et intervention militaire, entre développement et aide d'urgence.

Il s'agit de trouver un équilibre, une interaction utile entre ces éléments, et non pas une subordination de l'un à l'autre.

L'accord de Cotonou qui nous lie aux pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique fournit un cadre exemplaire à ce propos, puisqu'il encourage une approche intégrée qui situe bien les politiques de paix et de gestion des situations de crise et d'après-crise dans une optique et une stratégie de développement.

C'est avec cette approche de spécificité et de finalité propre de la politique de développement que je souhaite aussi conduire mon action dans le domaine de l'aide humanitaire.

L'action humanitaire a sa propre logique et ses propres principes. La Constitution le reconnaît très clairement.

Elle est fondée sur le respect des principes d'impartialité, de non-discrimination et de neutralité.

C'est pourquoi plus les symboles humanitaires sont mélangés avec les uniformes militaires, plus il y a risque que les travailleurs de l'aide soient pris pour cibles, et moins l'aide humanitaire parviendra à atteindre les populations qui en ont besoin.

Je voudrais maintenant aborder les grands axes qui me paraissent indispensables à la mise en œuvre d'une politique européenne de développement crédible et efficace.

(1) Appropriation

En premier lieu, je suis intimement convaincu de la nécessité de travailler en partenariat et d'appliquer en toutes circonstances le principe de l'appropriation.

Trop souvent dans le passé nous avons fixé nous-mêmes les priorités pour les pays en développement. Trop souvent la coopération s'est réduite à de l'aide, ajoutant au confort et à l'humiliation éprouvés par ceux qui attendent tout de l'autre, le sentiment de culpabilité de celui qui n'en finit pas de payer une dette.

Nous devons éviter de reproduire ces erreurs.

Nous devons faire de nos partenaires les acteurs de leur propre développement.

Pour cela, deux conditions sont requises.

(1) Tout d'abord, nous devons associer la société civile locale au dialogue sur le politique et les priorités de la coopération. Et nous devons mobiliser l'expertise là où elle existe.

Je pense aux autorités locales, aux acteurs décentralisés comme les ONG, aux syndicats ou au secteur privé. Tous ces acteurs ont un professionnalisme et un potentiel souvent insuffisamment exploités.

(2) Un deuxième vecteur de l'appropriation, de mon point de vue, est l'aide budgétaire.

Je sais qu'à ce propos, les avis divergent. Pourtant, si nous voulons permettre pleinement aux pays partenaires de devenir les acteurs de leur propre développement tout en pérennisant les acquis de celui-ci, c'est par cette voie-là qu'on peut y parvenir.

Je connais l'argument de la fongibilité de l'aide. Et je pense qu'il est facile à réfuter. En effet, ce risque existe aussi pour les projets mis en œuvre par d'autres acteurs que les autorités locales.

Les incertitudes liées à la technique de l'aide budgétaire peuvent être fortement réduites par le système des tranches, par un monitoring serré et par des choix sectoriels.

Il faut en outre cesser de dévaloriser l'Etat dans les pays en développement. Il faut arrêter de dire que l'Etat en Afrique ou ailleurs est corrompu ou incapable (citer, au risque de paaître iconoclaste...).

Il n'existe pas de développement sans Etat.

L'Etat doit donc rester l'acteur premier et le partenaire principal de la Commission dans sa politique de développement.

(2) Coordination

En second lieu, il me paraît très important de faire progresser l'Union européenne sur la voie de la coordination, comme nous y invite la Constitution.

Ce que je vise, c'est un véritable partage du travail, en tenant compte des avantages comparatifs de chacun, de la riche tradition historique de pays comme l'Espagne.

Nous devons mettre davantage en commun nos politiques, nos analyses, nos positions au sein des enceintes internationales.

Cela nous permettra progressivement d'éviter les doubles emplois, les superpositions, et renforcera la crédibilité et l'efficacité de l'Union européenne dans le dialogue que nous avons avec les pays partenaires.

Cette démarche devrait aussi convaincre les Etats-membres de travailler avec nous à l'harmonisation et à l'unification des règles qui définissent nos politiques de coopération respectives.

(3) Coherence

L'Union européenne doit également veiller à l'effort de cohérence entre ses différentes politiques. Là également, il s'agit d'une exigence forte et claire de la Constitution.

Cela pour deux raisons:

(1) D'abord, parce qu'il est important que des mesures prises dans un domaine - commercial ou environnemental par exemple - ne soient pas en contradiction avec l'objectif du développement.

(2) Ensuite, parce que chaque politique de l'Union peut détenir une valeur ajoutée spécifique à mettre au service de la coopération au développement (recherche scientifique, commerce, etc.).

(4) Transparence

Je fais partie de ceux qui souhaitent la budgétisation du Fonds européen de développement. Et je m'impliquerai pour faire aboutir ce processus.

Mais ce débat ne va pas sans des garanties absolues de protection des moyens du budget développement. Notre enveloppe budgétaire ne peut être affectée, ou ne peut être l'occasion d'une stagnation, voire d'une diminution de nos moyens. Je connais aussi les réticences de l'Espagne par rapport à cette question.

(+ dimension régionale et sous-régionale); UA ; CEDEAO

Mesdames et Messieurs,

J'ai voulu vous présenter un ensemble non exhaustif des préoccupations qui sont autant d'axes autour desquels je souhaite articuler la politique européenne de développement et d'aide humanitaire. Il va de soi qu'il faut approfondir, préciser et réactualiser certains vecteurs de cette politique.

En novembre 2000, la Commission a défini un cadre politique important qu'il est aujourd'hui indispensable de revoir en profondeur, en raison des changements profonds intervenus sur la scène internationale depuis cette date, mais aussi en raison des engagements internationaux souscrits par l'Union.

Je suis donc occupé à mettre au point un nouveau cadre général pour la politique de développement. J'y associe, outre la Commission et le Parlement, la société civile au sens large et les pays partenaires.
J'ai donc lancé une consultation très large sur Internet. N'hésitez pas à me faire connaître votre point de vue, à nourrir la réflexion.

Je ne vous cache pas que je souhaite aussi « re-populariser » la politique de coopération au développement, - notamment auprès des jeunes - et mobiliser davantage les citoyens.

Je parle ici à des convaincus, mais je regrette que si peu de citoyens européens aient conscience des efforts déployés par l'Europe dans le domaine du développement et de l'humanitaire.

La politique européenne d'aide humanitaire et de coopération au développement constitue l'une des projections les plus concrètes et les plus ambitieuses de l'Union européenne.

Mais surtout, elle est une de ses plus belles expressions, car elle est porteuse de nos valeurs fondatrices : la solidarité, le respect de la dignité humaine, l'égalité, la tolérance et l'engagement personnel.

Vous le savez, la communauté internationale s'est mise d'accord en 2000 sur les Objectifs de Développement du Millénaire.

Ceux-ci visent à réduire la pauvreté, à combattre la faim et les maladies, à scolariser les enfants, à donner accès à l'eau potable à un plus grand nombre de personnes.

L'Afrique sub-saharienne est à ce jour la région la plus éloignée de la réalisation de ces objectifs.

Et je m'interroge...

Pourquoi la communauté internationale se mobilise-t-elle de façon spectaculaire pour venir en aide aux victimes de la catastrophe qui a frappé l'Asie du Sud est il y a quelques semaines?

Et pourquoi reste-t-elle passive face à ce qu'il est convenu d'appeler les « tsunamis silencieux » qui submergent chaque semaine l'Afrique?

Pourquoi parvient-on à récolter en quelques jours des millions d'euros? Alors que la plupart des pays riches rechignent à respecter leur promesse de consacrer 0,7 % de leur PIB à l'aide au développement?

N'y a-t-il pas là l'aveu d'une solidarité à géométrie variable? Quid quand l'émotion médiatique sera passée?

L'Union européenne doit entraîner la communauté internationale dans une démarche concrète et volontariste, ici et maintenant, afin que ces Objectifs du Millénaire ne restent pas lettre morte.

Nous ne pouvons pas manquer ce rendez-vous de l'Histoire. Nous ne pouvons pas nous permettre de passer à côté de ces défis. Les risques sont trop grands pour l'avenir de l'humanité, mais aussi pour la stabilité du monde.

Un tel comportement serait d'autant moins excusable que, pour l'Afrique sub-saharienne comme pour d'autres régions, nous disposons déjà des outils nécessaires pour remporter une victoire décisive sur la pauvreté.

Et plusieurs d'entre eux sont parfaitement abordables:
- moustiquaires pour combattre la malaria ;
- vaccinations pour lutter contre les maladies infectieuses ;
- thérapies anti-rétrovirales pour soigner le SIDA ;
- engrais pour augmenter la productivité agricole ;
- puits forés pour assurer l'accès à l'eau potable ;
- générateurs au diesel pour l'électricité au village ; etc.
Nous disposons aussi d'une feuille de route précise pour atteindre les Objectifs du Développement pour le Millénaire. Une feuille de route qui peut tracer la voie d'un monde plus prospère, plus sain, plus juste.

Les pays en développement doivent faire de ces Objectifs leur priorité.

En retour, les pays riches doivent honorer leur promesse de consacrer 0,7 % de leur PIB à l'aide aux pays en développement.

Actuellement, cette aide tourne autour de 0,25%, c'est-à-dire moins de la moitié de ce qui a été promis. L'Espagne a fait des efforts récemment, mais il faut faire plus.

Aujourd'hui, nous pouvons dire que nous sommes la première génération qui peut regarder la pauvreté extrême en face et dire avec conviction : nous avons l'argent. Nous avons les médicaments. Nous avons la science. Mais avons-nous la volonté de tirer un trait sur la pauvreté?

Cette volonté doit aujourd'hui inspirer notre démarche de citoyens européens et de citoyens du monde.

Si nous adoptons et respectons les étapes du Plan de mise en œuvre des Objectifs de Développement du Millénaire, nous pouvons remporter dès 2015 une victoire sans précédent sur la pauvreté et l'injustice.

Nous n'aurons pas seulement sauvé des dizaines de milliers de vies. Nous aurons aussi conduit le monde vers plus de sécurité et de paix.

Pour nous, 2005 n'est pas seulement l'année qui succède aux catastrophes humanitaires et aux drames humains liés à la pauvreté.

C'est aussi l'année qui marque la progression d'une nouvelle conception de l'aide au développement.

Une conception dépouillée des accents paternalistes du passé. Une conception qui consacre une relation de co-dépendance, et non plus de dépendance.

Une relation dans laquelle chaque partenaire est respecté en tant que tel.

C'est dans la concrétisation d'une telle démarche que l'Europe marquera son identité en matière de coopération internationale.

A ce titre, 2005, année du développement, est bien une année-charnière.

Je vous remercie de votre attention.


  • Ref: SP05-217FR
  • EU source: European Commission
  • UN forum: 
  • Date: 11/2/2005


< Back to previous page

 

European Union Member States