
Summary: 1 juillet 2000: Discours du Représentant permanent de la France auprès de l'Office des Nations unies à Genève. Le suivi du sommet mondial de Copenhague (Genève)
J'ai l'honneur de m'exprimer au nom de l'Union européenne. Les pays suivants s'associent à la présente déclaration : Bulgarie, République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, et les pays associés Chypre et Turquie, ainsi que l'Islande.
Cinq ans après le Sommet de Copenhague, les représentants des gouvernements, des organisations internationales, les ONG, la presse et au-delà toutes les composantes de la société civile de nos pays se sont de nouveau réunis, à Genève, pour évaluer les résultats du Sommet et approuver de nouvelles initiatives, l'objectif étant, comme l'indique l'intitulé de notre session, de parvenir au développement pour tous dans un monde globalisé.
A l'issue de cette session spéciale l'Union européenne souhaite exprimer sa satisfaction devant les résultats auxquels nous sommes parvenus, qui ont permis de progresser sur de nombreux sujets cruciaux pour le développement social.
Le bilan contenu dans la partie deux du document final reflète bien les évolutions depuis Copenhague, dans le contexte de la mondialisation, avec tous les risques, mais aussi les opportunités, dont elle est porteuse. Les faiblesses constatées ont inspiré directement un certain nombre de nos propositions pour l'avenir. C'est le cas par exemple pour les initiatives nouvelles relatives aux pays les moins avancés, notamment en Afrique. Les points positifs du bilan nous encouragent à aller de
l'avant, qu'il s'agisse du mouvement de ratification des grandes conventions existantes en matière de développement social, ou de la dynamique du développement de stratégies nationales de lutte contre la pauvreté.
La déclaration nous permet de réaffirmer notre volonté politique, au niveau des Etats, mais au-delà, de l'ensemble de la communauté internationale, d'aller plus loin encore dans la mise en œuvre de Copenhague. Cette déclaration réaffirme clairement les conditions essentielles du développement social. Elle mentionne tous les éléments de ce qu'il est désormais convenu d'appeler la bonne gouvernance. Je marque ici notre déception devant l'impossibilité de s'y référer de manière explicite, alors
même que le concept de bonne gouvernance s'impose dans la plupart des enceintes traitant des questions de développement. La Déclaration complète également les documents de Copenhague en faisant une mention explicite et sans équivoque de la Déclaration de l'OIT sur les principes et droits fondamentaux au travail, condition du développement social. La Déclaration constate le besoin d'un suivi intégré des grandes conférences et sommets des Nations unies, et invite les gouvernements à établir des
liens étroits entre politiques économiques, sociales, environnementales, la parité entre les sexes, la promotion et la participation des femmes. La Déclaration nous invite également à développer des initiatives novatrices en matière d'allégement de dette, en mettant l'accent sur des solutions équitables et durables.
Un consensus a pu également être trouvé sur de nouvelles initiatives qui actualisent et complètent le programme d'action de Copenhague. L'Union européenne se réjouit particulièrement des progrès accomplis sur six points :
1. Nous nous sommes fixé un objectif ambitieux de réduction de moitié de la proportion des personnes vivant en situation d'extrême pauvreté, en insistant sur la nécessaire articulation entre politiques sociales et politiques macro-économiques.
2. Nous sommes parvenus à un accord pour une référence forte à la ratification des conventions fondamentales de l'OIT. Ces conventions sont un instrument essentiel pour le respect des droits des travailleurs, pour l'essor du dialogue social, et tout simplement pour le respect de la personne humaine. Par ailleurs, plusieurs initiatives nouvelles renforcent le rôle de l'OIT, dans le cadre de son mandat. Cela devrait contribuer à dissiper les inquiétudes manifestées sur les risques d'utilisation
des normes sociales comme instrument au service du protectionnisme.
3. Nous avons reconnu le rôle des entreprises dans le développement social, avec le souci d'encourager l'exercice de leurs responsabilités sociales.
4. Nous avons enregistré des progrès intéressants sur des bonnes pratiques en matière de politiques sociales. A l'issue du débat, il ressort clairement que le système des Nations unies doit soutenir les efforts nationaux pour parvenir à une meilleure mise en œuvre et dissémination de ces pratiques.
5. Un consensus fort s'est dégagé sur la question majeure de l'accès aux soins de santé, y compris en recherchant un meilleur accès aux médicaments essentiels à des prix abordables. Nous avons mieux défini la contribution de la santé au développement social. La lutte contre le sida et les grandes pandémies acquiert désormais un caractère prioritaire.
6. Nous avons rappelé la nécessité d'établir des mécanismes participatifs pour évaluer l'impact social des programmes d'ajustement structurel, en coopération avec l'ensemble des institutions internationales concernées.
Tous ces points sont nouveaux et méritaient d'être mentionnés. Nous souhaitons également, Monsieur le Président, exprimer quatre regrets :
1. Nous ne sommes peut-être pas allés assez loin sur la question de la coopération entre les grandes organisations internationales sur les enjeux essentiels du développement social et les implications sociales de la mondialisation.
2. Nous aurions souhaité être plus ambitieux en matière de procédure de suivi et d'indicateurs sociaux, même si nous avons modestement amorcé une approche de synthèse et d'harmonisation. Nous ne pourrons pas évaluer le développement social, sans une démarche commune reposant sur des indicateurs agréés. De même, une approche plus précise des principes directeurs et des bonnes pratiques en matière de politique sociale nous aurait paru utile. Cela aurait pu constituer une avancée importante.
3. Il aurait sans doute été utile de pousser plus loin nos réflexions sur la protection sociale, enjeu majeur pour les vingt prochaines années. L'analyse des crises financières récentes montre à quel point la protection sociale peut contribuer à minimiser les effets sociaux négatifs des crises économiques.
4. Nous aurions également souhaité des références plus fortes, plus imaginatives et plus dynamiques au partenariat avec la société civile dans toutes ses composantes, et du dialogue social. L'initiative prise par le Secrétaire général, et désormais connue sous le nom de " Global Compact " aurait, à cet égard, mérité d'être mentionnée. Mais nous restons confiants, car nous voyons bien que les sociétés civiles se développent et se diversifient partout dans le monde.
Monsieur le Président,
Ce n'est pas la fin de notre travail, beaucoup de chemin reste à faire pour combattre les inégalités et éradiquer la pauvreté. Conscients de nos responsabilités vis-à-vis des générations futures, nous sommes fortement attachés aux principes de justice sociale et du développement social pour tous dans une économie de plus en plus mondialisée.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
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