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EUHR SOLANA's Speech at Committees on Foreign Affairs and Defence Policy of EU national Parliaments

Summary: Le 10 septembre 2003 : Discours du Haut Représentant de l'Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier SOLANA. Réunion conjointe des Commissions Affaires étrangères et Défense des Parlements nationaux de l'Union européenne (Bruxelles) September 10, 2003 : Speech by the European Union High Representative for Common Foreign and Security Policy, Javier SOLANA. Joint meeting Committees on Foreign Affairs and Defence Policy of EU national Parliaments (Brussels)

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les députés,

C'est un réel plaisir de vous rencontrer de nouveau. Et je tiens d'emblée à vous remercier de cette invitation. Chacun de nous est bien conscient de l'importance de l'enjeu qui nous occupe aujourd'hui : la définition d'une Stratégie de Sécurité européenne fut le premier point que nous avons évoqué lors du Gymnich, ce week-end à Riva del Garda, avec les Ministres des Affaires étrangères. Dans quelques jours, à New York, l'Assemblée Générale des Nations Unies sera elle aussi l'occasion d'échanges sur ce thème avec cette fois nos grands partenaires.

Entre ces deux temps forts - le Gymnich et l'Assemblée Générale - qui rythment chaque rentrée diplomatique, il était pour moi particulièrement opportun d'avoir avec vous une discussion sur la question et de bénéficier de vos propres réflexions.

Si vous le voulez bien, je tâcherai d'apporter des éléments de réponse aux deux questions suivantes :

Pourquoi définir aujourd'hui un concept stratégique européen ?

Et quel contenu lui donner ?

En conclusion, je vous suggèrerai d'explorer ensemble quelques pistes susceptibles d'éclairer nos discussions futures ainsi que la démarche qui sera la mienne jusqu'au Conseil européen de décembre.

Pourquoi définir aujourd'hui un concept stratégique européen ?

La question est légitime. Elle m'a encore récemment été posée par des journalistes qui soulignaient qu'après tout, un tel concept, si d'aventure nous réussissions à l'élaborer, ne règlerait pas tous nos problèmes en matière de sécurité.

Car c'est bien de cela dont il s'agit : identifier ensemble les menaces pour mieux être capables de faire face. Définir une grille de lecture européenne des défis de ce monde pour mieux garantir l'efficacité de notre système de sécurité collective. Voilà pour l'ambition !

Mais pourquoi maintenant ?

Là encore, on pourrait nous opposer qu'après tout l'Europe a progressé jusqu'à présent sans un tel concept. Et d'une certaine manière, c'est même en évitant tout débat doctrinal entre Etats membres que la PESC et la PESD ont pu avancer. Alors pourquoi cette ambition aujourd'hui ?

Parce que le choc du 11 septembre a révélé un monde plus complexe encore et des menaces plus grandes qu'on ne le redoutait. Parce qu'aussi avec la crise irakienne, l'Europe a dû faire face à un constat sans appel : divisée, l'Europe est condamnée à l'impuissance, alors même que devenant plus vaste, elle se doit de mieux assumer ses responsabilités mondiales.

Si l'on y prend garde, le monde change en laissant gagner un peu plus un nouveau désordre. Pour faire face, l'Europe doit donc s'adapter et être l'un des piliers de l'organisation d'un monde nouveau, plus solidaire et plus libre, plus juste et plus sûr, du monde qui finalement, est au coeur du projet européen.

L'aboutissement de l'élargissement constitue en soi une réponse aux nouveaux défis. En termes de stabilité politique et de sécurité économique notamment. La rédaction d'un projet de Constitution européenne elle aussi, et très bientôt le lancement d'une nouvelle Conférence intergouvernementale procèdent de la même volonté : mieux affirmer le projet politique européen.

Pour ce faire, il faut également veiller à ce que notre projet politique soit bien adapté au nouveau contexte stratégique. Tout autant qu'une ambition, la définition d'une Stratégie de Sécurité européenne est devenue une obligation pour l'Union.

En ce sens, nous parlons bien de franchir une nouvelle étape de la construction européenne. La mise au point d'un concept stratégique commun ne constitue plus un tabou : aurait-on écrit en 1999 que l'Union pourrait conduire une opération autonome en Afrique ? Définir un plan d'action contre les Armes de Destruction Massive ? S'attaquer avec les nouveaux outils au fléau du terrorisme international ? A ses manifestations les plus sanglantes comme à ses causes les plus profondes ?

L'objectif tracé par les Chefs d'Etat et de gouvernement à Thessalonique est clair : "contribuer sans relâche au renforcement et à la réorganisation tant des institutions de la gouvernance mondiale que de la coopération régionale, ainsi qu'à l'extension du champ d'application du droit international". Telle est l'ambition qui inspire la définition d'une Stratégie de Sécurité européenne dont ils m'ont confié la responsabilité.

Comme vous le savez, le Conseil européen de juin dernier s'est félicité de l'état d'avancement de notre réflexion. Il m'a chargé de prolonger les travaux jusqu'en décembre. Permettez moi donc de vous dire quelques mots sur le contenu actuel de la Stratégie de Sécurité.

Les nouvelles menaces dans un nouvel environnement de sécurité

Une restructuration des relations internationales est en cours : la puissance américaine domine, mais aucun pays, seul, ne peut s'affronter à tous les problèmes; l'Europe s'affirme, mais ses succès restent contrastés; les autres grands acteurs mondiaux sont à la croisée; enfin tout en apportant plus de liberté et de prospérité, la globalisation, faute d'être pleinement maîtrisée, nourrit aussi de nouvelles frustrations.

Il n'en faut pas plus pour ouvrir le champ à de nouvelles combinaisons de menaces : terrorisme de masse capitalisant sur la persistance de conflits régionaux et de leur lot de misères; organisations criminelles s'appropriant des armes de destruction massives, en les dérobant ou en bénéficiant de la complicité d'Etats voyous ou de l'effondrement de structures étatiques; collusion entre fondamentalismes religieux, mafias internationales et cyber-terrorisme. Malheureusement, les risques sont devenus réels.

Les objectifs stratégiques de l'Union

Il nous faut donc trouver des parades adaptées et globales. L'Union européenne veut faire la différence en se fixant trois objectifs.

Conformément au souci de développer une véritable vision stratégique pour l'Europe élargie, le premier objectif vise à étendre la zone de sécurité autour de l'Europe, à créer un cercle de bonne gouvernance sur nos frontières orientales - des Balkans au Caucase - et sur le pourtour de la Méditerranée..

Le deuxième objectif ambitionne de favoriser l'émergence d'un ordre international plus stable et plus équitable - les conflits régionaux autant que les injustices et les frustrations attisent le terrorisme - , de renforcer l'efficacité du système des Nations Unies et du multilatéralisme - la prolifération des armes de destruction massive n'est jamais plus dangereuse que lorsque la communauté internationale est désunie. En clair, il s'agit d'être prêts à agir en conséquence lorsque les principes de la Charte des Nations Unies sont bafoués.

Le troisième objectif consiste à opposer des parades efficaces aux menaces. Cela suppose d'appréhender leur éloignement autant que leur complexité - songeons aux liens entre la culture du pavot en Afghanistan et les attaques du 11 septembre, entre la fragilité des nouvelles démocraties balkaniques et l'expansion des réseaux criminels locaux. Cela exige d'anticiper et de prévenir la concrétisation des menaces en utilisant toute la panoplie d'outils, en développant un politique systématique d'engagement préventif - en Macédoine ou au Congo; en Bosnie ou dans le sud Caucase.

Les implications politiques pour l'Europe

Pour satisfaire ces objectifs, il est impératif que l'Europe développe une vraie culture stratégique. En débouchant sur davantage de ressources pour notre effort de défense et leur utilisation plus rationnelle, elle lui permettra d'être plus capable.

Sur le plan militaire d'abord :

Sur le plan des moyens civils aussi. L'expérience démontre qu'ils sont indispensables au succès d'une gestion de crise.

Sur le plan diplomatique enfin. Il s'agit de renforcer notre appareil en combinant mieux les atouts de l'Union et des Etats membres. Améliorer nos capacités d'action nous permettra d'envisager un éventail de missions plus large, adapté aux exigences des nouvelles tâches de sécurité et à nos ambitions dans ce domaine.

Etre plus cohérentégalement. L'Union européenne est la seule organisation régionale qui dispose d'une panoplie d'instruments aussi large (politiques et diplomatiques, économiques et financiers, policiers et militaires). Une meilleure synergie doit être recherchée dans l'utilisation de ces instruments, mais aussi entre eux et ceux des Etats membres.

Permettez-moi en évoquant cette question de la cohérence de l'action extérieure de vous dire un mot au sujet de la Conférence intergouvernementale.

Il n'y a pas de lien direct ou organique entre l'élaboration de la Stratégie de Sécurité et la CIG. Mais il est évident qu'elles constituent, ensemble, les deux faces, l'une politique, l'autre institutionnelle, d'une même réalité : quel rôle pour quelle Europe? La définition d'un concept stratégique implique d'identifier nos objectifs politiques, notre cadre doctrinal commun. La CIG et la nouvelle Constitution devront nous donner les moyens institutionnels de nos ambitions ainsi exprimées. Je pense ici naturellement à la PESD, mais aussi à l'articulation de notre action extérieure avec celle en matière de Justice et d'Affaires intérieures.

Etre plus actif, capable et cohérent. Cela ne suffirait pas si nous ne réussissions pas dans le même temps à renforcer nos relations avec nos partenaires stratégiques. Une meilleure coopération avec eux reste la clef d'un multilatéralisme plus efficace.

Les Etats-Unis d'abord. Le lien transatlantique est irremplaçable. De sa force dépend une bonne partie de la sécurité du monde. Les Etats-Unis en sont eux mêmes conscients. En témoigne la manière dont ils saluent notre objectif d'une Stratégie de Sécurité européenne. Ce signal doit nous inviter à faire preuve de volontarisme, mais aussi naturellement de pragmatisme : la relation transatlantique ne peut fonctionner que si elle est équilibrée. C'est à ce prix seulement qu'elle est opérationnelle et permet de lutter efficacement contre les menaces.

L'OTAN reste l'une des expressions principales de cette relation. Américains et Européens doivent donc continuer de veiller à développer et à renforcer les liens entre l'Alliance et l'Union.

De ce point de vue, Prague a été un rendez-vous important - nous y avons préparé l'adoption des arrangements de Berlin Plus et le lancement de l'opération en Macédoine. A Istanbul, l'année prochaine, je n'en doute pas, la Stratégie européenne de Sécurité sera saluée comme un nouvel élément clef de cette relation.

Une Europe plus forte dotée d'une vision stratégique commune, c'est également une Europe capable de consolider ces relations avec les autres grands partenaires - la Russie bien sûr, mais aussi le Japon, la Chine, l'Inde et l'Amérique latine au nom de la lutte contre la prolifération et le terrorisme par exemple. C'est enfin une Europe capable d'accompagner les autres grands pôles - l'Afrique et évidemment le monde arabe en ce moment plus que jamais - dans leur quête de stabilité et de développement. Telles sont les ambitions qui gouverne la rédaction de la Stratégie de Sécurité de l'Union.


* * *

Je conclurai en vous indiquant ici quelle sera la démarche concrète jusqu'au Conseil européen de décembre. La Stratégie sera adoptée à la fin de l'année par les Chefs d'Etat et de gouvernement. En même temps, elle devra rester un document bref et surtout compréhensible du grand public. J'y veillerai. Conservant la responsabilité de la rédaction, il me reviendra aussi d'enrichir le document existant à partir des contributions que les Etats membres sont en train de m'adresser, mais également grâce au débat attendu des trois prochains séminaires qui seront consacrés à la Stratégie de Sécurité.

A Rome, avec l'Institut Aspen, le 19 septembre, il s'agira de réfléchir à la définition des menaces. A Paris, avec l'Institut des Etudes Stratégiques, les 6 et 7 octobre, à l'efficacité du multilatéralisme et à l'extension de la zone de sécurité autour de l'Europe. A Stockholm enfin, avec l'Institut suédois pour les Affaires internationales, le 20 octobre, aux questions de cohérence, de capacités et de coopération avec nos partenaires.

Dans le même souci d'un débat libre et ouvert, je ne verrais que des avantages, ce matin, à ce que vous me fassiez part de vos propres commentaires sur les grandes questions stratégiques que se pose aujourd'hui l'Europe. Ces questions, vous les connaissez. Nous venons de les passer en revue : quelles sont les menaces du XXIème siècle ? Comment s'attaquer à leurs causes profondes ? Comment s'assurer que le système de sécurité collective défini depuis 1945 reste pertinent et efficace? Comment renforcer les formules européennes en matière d'alerte, de prévention et de gestion de crises ? Comment garantir la meilleure efficacité possible des instruments existants et de ceux en devenir ?

Ce n'est certes pas aujourd'hui et en si peu de temps que nous trouverons toutes les réponses. Mais notre conviction dans le projet européen et notre détermination à le voir aboutir sont autant de gages de succès, j'en suis sûr. Ne serait-ce que parce que nous n'avons plus le choix.

Je vous remercie.


  • Ref: SP03-254FR
  • EU source: Council
  • UN forum: 
  • Date: 10/9/2003


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